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L'Usine Agro

Les agriculteurs démunis face aux prochaines crises

Franck Stassi ,

Publié le

Après une année 2016 où la sécheresse a succédé aux inondations, les Chambres d’agriculture entendent concourir au développement du recours aux assurances, à condition que soit résolue la question de leur financement.

Les agriculteurs démunis face aux prochaines crises © Franck Stassi

Marquée par une chute des récoltes de céréales de 23,9%,  d’un repli de 26% du revenu des agriculteurs et d’une baisse de 13,7% de la valeur ajoutée brute (la production valorisée au prix de base dont on retranche les consommations intermédiaires), l’année 2016 s’est avérée éprouvante pour les professionnels du secteur, a rappelé, mardi 18 janvier, le nouveau président des Chambres d’agriculture, Claude Cochonneau. Les solutions à cette crise ne sont, cependant, pas évidentes à mettre en œuvre.

La conjonction de conditions climatiques (intempéries et sécheresse) défavorables et d’une baisse généralisée des prix a accentué les difficultés financières de nombreux exploitants. "Il y a eu des alertes sur les récoltes dès le mois de juin. En septembre, nous pouvions déjà chiffrer une partie de la crise, pour nous tourner vers les pouvoirs publics. Il y a eu un travail psychologique sur le terrain, avec des agriculteurs qui parfois s’effondraient en larmes devant nos techniciens, qui n’étaient pas forcément formés – il faudrait introduire cet aspect dans leur formation", a indiqué Claude Cochonneau, qui demeure également président de la Chambre régionale d’agriculture des Pays de Loire.

Le rôle de l'Europe dans la généralisation des assurances

Dans un tel contexte, se pose la question de l’efficacité des mécanismes de soutien à la filière. Interrogé par L’Usine Nouvelle sur l’intérêt d’une généralisation contrainte de l’assurance, le président des Chambres d’agriculture rappelle que les coûts engendrés par la souscription aux différents contrats restent un frein. Il évoque un cercle vicieux: "Il faut généraliser l’assurance climat. Il faut qu’une majorité soit assurée pour que le tarif ne soit pas prohibitif, mais pour que les gens s’assurent, il faut que le tarif soit raisonnable. Nous comptons un peu sur l’Etat, mais davantage sur les agriculteurs. D’où l’idée, qui émerge actuellement, d’y consacrer une partie du premier pilier de la Politique agricole commune (Organisation commune des marchés). Le deuxième axe de réflexion consiste en l’assurance revenu, mais l’idée phare reste la généralisation de l’assurance climatique", explique-t-il.

"Nous sommes confrontés à une montée du risque conjoncturel et sanitaire, dans un contexte où on nous demande d’utiliser moins de produits phytosanitaires. On a, de plus, des enchaînements de plusieurs calamités dans la même année (inondations, sécheresse). Sur la partie conjoncture, ne faut-il pas réinventer des aides variables selon l’évolution des prix ? Si on ne garantit pas le revenu agricole, on n’aura plus d’installations", poursuit le secrétaire général des Chambres d’agriculture, Dominique Chalumeaux.

La réponse pourrait être européenne, insiste Claude Cochonneau. "Il y a un grand débat autour de la potentielle utilisation d’une partie du budget de la PAC pour inciter les agriculteurs à aller vers des mécanismes assurantiels. L’exemple de l’année 2016 pourrait inciter à l’assurance, encore faut-il en avoir les moyens. Nos collègues européens préconisent d’augmenter le budget de la PAC de 15% à 20% pour cela, ce qui est impossible: la facture du Brexit va se traduire par une baisse du budget de l’Europe. Un minimum d’assurance pourrait être de nature à inciter à l’installation, et à rassurer un peu les agriculteurs. Quasiment tous les pays européens réfléchissent à des formes de protection", souligne-t-il.

La course à la taille n’est pas forcément la solution

Au-delà de la question de la protection, se pose également celle de la compétitivité. La course à la taille – en Europe, la taille moyenne des exploitations augmente, tandis que leur nombre se réduit – n’est pas forcément la réponse à la crise, estime Claude Cochonneau : "Il n’y a pas de crise type. La mise aux normes en élevage peut provoquer des amortissements, par exemple. On doit se préoccuper de cette adaptation obligée des systèmes d’exploitation. La solution peut être dans certains cas d’agrandir l’exploitation, mais ce n’est en aucun cas la situation miracle, car elle nécessite un recours à l’endettement."


Le plan de refinancement patine

Présenté en octobre 2016, le "Pacte de consolidation et de refinancement des exploitations agricoles" élaboré sous l’égide de Manuel Valls, alors Premier ministre, semble éprouver des difficultés à se concrétiser, alerte la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). L’Etat devait se porter garant à hauteur de 50%, par l’intermédiaire de BPIFrance, des emprunts des agriculteurs en difficulté. D’après La France agricole, seuls 215 dossiers auraient été envoyés.

"Très peu de dossiers font actuellement l’objet d’une garantie et la plupart des dossiers présentés à la BPI ne seraient pas éligibles en raison de l’application d’un ratio endettement/fonds propres apparu comme une exigence postérieure à l’arbitrage du 4 octobre", déplore la FNSEA dans un courrier adressé au Premier ministre Bernard Cazeneuve. Pour le président des Chambres d’agriculture, Claude Cochonneau, "les agriculteurs qui auraient besoin du plan de refinancement n’osent pas ou ne peuvent pas le demander, car ils n’apportent pas les garanties suffisantes pour pouvoir y accéder". "En règle générale, en trésorerie, les engrais et les phytosanitaires sont coûteux, au printemps. Nous craignons que ressurgissent à cette période des problèmes restés sous l’éteignoir. Des fournisseurs se demandent s’ils remettent des engrais sur des exploitations qui ont déjà eu du mal à payer", alerte-t-il.

 

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