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L'Usine Matières premières

Les actionnaires d’Eramet valident le plan de sauvetage de la SLN

Myrtille Delamarche ,

Publié le , mis à jour le 11/05/2016 À 10H02

Bonne nouvelle Réuni à Paris le 9 mai, le conseil d’administration d’Eramet a finalement validé le plan de sauvetage de sa filiale calédonienne. La Société Le Nickel (SLN) va bénéficier de prêts de ses actionnaires qui doivent lui permettre de tenir jusqu’en 2018 et mettre en œuvre un plan de compétitivité renforcé.

Les actionnaires d’Eramet valident le plan de sauvetage de la SLN
La SLN (groupe Eramet) à Nouméa, Nouvelle-Calédonie)
© Myrtille Delamarche - L'Usine Nouvelle

Les négociations auront été ardues en amont du conseil d’administration. Mais c’est dans un climat relativement serein que les administrateurs d’Eramet, réunis en conseil le 9 mai à Paris, ont validé un accord pour éviter la cessation de paiement à la Société Le Nickel (SLN). Articulé en deux volets, ce plan de sauvetage comprend un plan de compétitivité et un refinancement sous forme de prêts destiné à assurer les besoins en trésorerie jusqu’en 2018.

Un plan de compétitivité renforcé

"L'objectif est d'abaisser de 25 % par rapport à la moyenne 2015 le cash cost de la SLN en rythme annuel à fin 2017 à 4,5 dollars par livre, aux conditions économiques [prix du pétrole et taux de change euro/dollar, Ndlr] de début 2016. Ce projet sera soumis aux instances représentatives du personnel ainsi qu'au conseil d'administration de la SLN dans le courant du mois de mai 2016", a indiqué Eramet dans un communiqué diffusé après clôture de la bourse le 9 mai. Ce coût a déjà été réduit de 10 % depuis début 2016.

Un prêt des actionnaires

"Le conseil d'administration d'Eramet a par ailleurs noté que la STCPI s'est vu proposer un financement de l'Etat pouvant aller jusqu'à 200 millions d'euros. La STCPI a accepté d'assurer sa quote-part du financement pour la poursuite des opérations de la SLN et le déploiement du projet de plan de réduction de ses coûts et d'amélioration de sa productivité", ajoute le groupe.

Ce qui n’apparaît pas dans ce communiqué, c’est que la Société territoriale calédonienne de participations industrielles (STCPI), qui porte les 34% des trois provinces calédoniennes, a en fait accepté de s’endetter à hauteur de 127 millions auprès de l’Etat français (via l'agence des participations de l'Etat, APE) pour refinancer la SLN, précise un membre de sa direction à l’Usine Nouvelle. Elle accepte bien la proposition formulée par le Premier ministre Manuel Valls devant les équipes d’Eramet et de la SLN à Nouméa le 29 avril. Mais ne souhaite pas s’endetter au-delà de ce qu’elle considère comme sa responsabilité au vu de sa participation au capital. Quant au différentiel entre ces 127 millions et les 200 millions initialement proposés, "il faudra trouver un moyen de les mettre différemment", commente un participant aux négociations.

"Pour sa part, le conseil d'administration d'Eramet a donné son accord à la mise en place d'un financement complémentaire de 40 millions d'euros pour assurer l'activité de la SLN jusqu'à fin juin, période nécessaire à la mise en place du prêt de la STCPI à la SLN pour sa quote-part", précise Eramet, actionnaire majoritaire avec 56 % du capital. Ces 40 millions d’euros s’ajoutent aux 150 millions déjà décaissés par le groupe français pour assurer les fins de mois de la SLN depuis fin 2015. Selon un participant au conseil, cette décision a été votée à l’unanimité, "fait notable après plusieurs conseils d’administration bien plus houleux". Le japonais Nisshin Steel, qui détient les 10 % restants du capital de la SLN, a par contre refusé de participer à ce refinancement.

Si le nickel au LME ne remonte pas très rapidement, il manque donc quelques dizaines de millions pour combler le trou de trésorerie d'ici 2018. Et Matignon ne compte pas aller au-delà des 127 millions d'euros acceptés par la STCPI. Mais l'Etat considère avoir joué son rôle, en parant à l'urgence que représentait le risque de faillite de la SLN dans les semaines ou les mois qui viennent.

Au sortir du conseil d’administration, la très grande majorité des participants s’est félicitée de cet accord de principe. "Les discussions se sont déroulées dans un meilleur état d’esprit et la volonté est bien de sauver la branche nickel d’Eramet à court comme à long-terme", a commenté Philippe Gomès, le député (UDI) de Nouvelle-Calédonie, président délégué de la STCPI et administrateur d’Eramet, dans la soirée du 9 mai.

La STCPI ferraille encore

L’enthousiasme est plus mitigé dans l’entourage d’André Dang, président de la STCPI, qui réclame depuis longtemps une montée à 51% des provinces au capital de la SLN. "On passe de la faillite à la spirale de la dette", regrette l'expert du nickel Didier Julienne, qui avoue ne pas comprendre pourquoi le renforcement des fonds propres via une augmentation de capital a été écarté au bénéfice d’un prêt, très onéreux, alors que la société va mal. Une demande formulée par André Dang lui-même à quelques jours du conseil d’administration : "On ne veut pas de prêt pour alourdir l’outil. On veut que ses capitaux soient élevés pour pouvoir faire face en cas de nouvelle crise."

Mais la direction d’Eramet a écarté cette possibilité, rétorquant que la SLN n’avait pas un problème de fonds propres mais un problème de trésorerie qui peut être réglé par de l’endettement.

Attention aux règles de la concurrence

Une négociation reste en cours : celle des modalités du prêt (taux et durée). La question du taux, notamment, est cruciale. Car ce prêt de l’APE à la SLN via la STCPI, pour ne pas être jugé anticoncurrentiel, ne doit pas être bonifié par rapport au taux qu’accorderaient les établissements bancaires en fonction du risque de crédit de la SLN.

Les actionnaires et l’APE doivent donc trouver un équilibre entre la soutenabilité du prêt, dans un contexte de marché où le retour aux bénéfices n’est pas pour demain en raison de la faiblesse des prix du nickel au LME, et le risque de se voir accuser de dumping (subvention à la production). Au niveau européen, ce risque est écarté puisque la Nouvelle-Calédonie n’est pas membre de l’Union européenne mais "territoire associé" et à ce titre non soumise aux règles de libre concurrence de l’Union.

Restent celles de l’OMC. Si un concurrent jugeait que ce sauvetage accompagné par l’Etat français fausse la libre concurrence, il pourrait réclamer à l’Organisation mondiale du commerce le droit d’appliquer des taxes à l’entrée compensant cette subvention. Pour pallier ce risque, le taux du prêt ne doit pas être inférieur à un taux de marché ajusté de la notation Banque de France de la SLN. Or les difficultés financières de celle-ci – elle perd quelque 20 millions par mois - justifient un taux supérieur au taux de base du marché. "Dans l’éventualité d’un prêt à 5%¨par exemple, ce taux écrase sans doute l’avantage que représente ce prêt", commente un ancien haut-fonctionnaire à Nouméa.

Ces négociations sur les modalités du prêt, menées début mai par l'entourage du Premier ministre Manuel Valls lors de sa visite en Nouvelle-Calédonie, auront désormais lieu entre Eramet et l'APE, même si Matignon reste vigilant car "le Premier ministre a fait des annonces" qu'il faudra tenir.

La centrale électrique évoquée au conseil d’administration

Cet accord entre actionnaires est sans conteste une bonne nouvelle pour la SLN, qui risquait la cessation de paiement d’un jour à l’autre. Il ne résout pas encore, par contre, la question de l’indispensable remplacement de la centrale électrique de Doniambo, maintes fois ajourné par Eramet. La garantie proposée par l’Etat Français dans le cadre de discussions entre les actionnaires de la SLN et des énergéticiens comme Enercal pour la construction d’une centrale externe étaient également au menu des administrateurs. Les parties ont convenu d’avancer sur ce dossier, qui devra sans doute repasser par la case étude d’un projet au gaz, le projet de centrale au charbon, même "propre", étant devenu difficile à défendre auprès de financiers (Etats et banques) qui ont pris des engagements de ne plus soutenir ce combustible.

Si tout n’est pas réglé, c’est un pas décisif sur la voie de la poursuite d’activité de la SLN. Avec 2 200 emplois directs et 8 000 indirects, l’entreprise minière et métallurgique est le premier employeur privé et le premier exportateur de Nouvelle-Calédonie.

Myrtille Delamarche

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