Les acteurs de la défense sous pression

Comment s'assurer que l'armée reste capable d'assurer ses missions stratégiques alors que les coupes budgétaires s'annoncent sévères pour les années à venir? Elus, industriels et militaires, réunis pour la dixième édition des universités de la défense à Brest les 10 et 11 septembre, tenteront d'y répondre.


 

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Les acteurs de la défense sous pression

Quand l'argent vient à manquer, il faut savoir se montrer innovant. Ca devrait donc phosphorer intensément aux universités de la défense qui s'ouvrent ce lundi à Brest. Ce grand rendez-vous qui réunit durant deux journées des parlementaires spécialistes des questions de défense, généraux et officiers, des industriels fournisseurs de l'armée, aura cette année un relief particulier vu les nouveaux défis qui attendent cette communauté.

Cette dixième édition survient en effet alors qu'un Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, qui doit définir les missions et les grands enjeux de l'armée pour les prochaines années, est en cours d'élaboration. La commission qui en a la charge a été constituée en juillet dernier et devra remettre ses conclusions au début de l'année 2013 au plus tard.

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D'autre part, elle intervient dans un contexte de crise des finances publiques à l'échelle européenne. Or l'armée est déjà engagée dans un vaste mouvement de réduction de son format avec 54000 suppression d'emplois sur la période 2008-2015.

Pour l'exercice 2013, le secteur de la défense en France s'en sort relativement bien avec une stabilisation de son budget à environ 31,5 milliards d'euros contre une hausse de 1% initialement prévue par la précédente loi de programmation militaire (LPM). Suite aux lettres de cadrage et de plafond envoyées par le premier ministre en juin et aout, les premières mesures d'économies n'ont toutefois pas tardé.

Ainsi le ministère de la défense a décidé de geler 4,5 milliards d'euros d'investissements dans les équipements pour les six prochains mois en attendant les conclusions du Livre blanc. Certains grands projets vont en patir notamment le programme ambitieux Scorpion de modernisation des forces terrestres. Las pour les industriels, ce n'est sûrement que le début d'une disette plus sévère à venir.

Vers un "small business act" ?

En juillet dernier, la Cour des comptes dans son bilan à mi parcours de la loi de programmation militaire 2009-2014 estimait que la défense devait réaliser une économie de 15 à 30 milliards d'euros d'ici à 2020 pour rester dans les impératifs budgétaires. "Il reste donc très peu de marges de manoeuvre pour passer de nouvelles commandes tandis qu'il faut trouver les ressources financières pour honorer les commandes en cours d'éxécution", avertit en synthèse le rapport.

Dans ce contexte, l'intervention du ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, sera très attendue. Bien sûr, il devrait revenir sur certaines mesures prises récemment qui réconforteront un auditoire inquiet. Dans ces temps difficiles, il a pu maintenir le budget de recherche en 2013 qui bénéficiera donc environ 750 millions d'euros.

De même le dispostif de soutien à l'innovation duale pour les PME bénéficieront encore d'une enveloppe 50 millions d'euros. Peut-être ira-t-il plus loin et annoncera-t-il un small business act pour les PME du secteur ? Dans tous les cas, il milite pour la mise en place d'un partenariat inventif autour de l'innovation entre les grands groupes et les PME du secteur de la défense.

Et les industriels dans tout ça ? Condamnés à voir leurs commandes réduites voire reportées ? Pas forcément. Ils ne devraient pas être les simples spectateurs de ces universites qui sont l'occasion pour eux d'avancer des propositions sur une nouvelle approche de leur marché.

Déjà, certains leurs conseillent fortement de tirer les leçons de la crise actuelle. "Dans la défense, les industriels ne peuvent pas continuer à se plaindre de la baisse des budgets. C'est une donnée de base. La question pour eux est désormais la suivante: que faire alors que mon principal client ne peut pas à la fois acheter des équipements, les maintenir et préparer le futur ?", précise Philippe Plouvier, du cabinet Roland Berger.

Clairement, à Brest, pour les acteurs de la défense, l'immobilisme ne sera pas une option.

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