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Les 8 acteurs décisifs du dossier Alstom

Arnaud Dumas , , , ,

Publié le

Ils sont nombreux à se pencher sur le dossier Alstom ! Après les tractations discrètes entre l’industriel français et le conglomérat américain General Electric, il y a de plus en plus de monde autour de la table. Chacun a son mot à dire, chacun a son propre intérêt à défendre. Revue des différents acteurs en présence.

Les 8 acteurs décisifs du dossier Alstom

Sommaire du dossier

Patrick Kron, PDG d’Alstom

La première fois, il a réussi à sauver Alstom avec l’aide de l’Etat. Lors de la crise de 2003-2004, Patrick Kron, qui venait d’être nommé PDG, négocie l’entrée temporaire de l’Etat dans le capital d’Alstom avec Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Economie, des finances et de l’industrie. Il évite à l’époque un rachat par l’allemand Siemens… Aujourd’hui, à 60 ans, ce major de Polytechnique ayant fait toute sa carrière dans de grands groupes industriels français (Péchiney pendant quinze ans, Imerys pendant quatre ans, puis Alstom), doit de nouveau trouver des capitaux pour redonner de l’air à son groupe. En libéral rétif à l’interventionnisme étatique, Patrick Kron a préféré mener les négociations avec General Electric en toute discrétion, sans en informer le gouvernement. Mais l’ombre de Siemens plane toujours sur Alstom. Et, cette fois, le gouvernement y semble plutôt favorable.

 

Jeffrey Immelt, PDG de General Electric

La vie des affaires à la française n’est certainement pas la tasse de thé de ce républicain bon teint ! Jeffrey Immelt, 58 ans, qui a commencé dans le business pendant l’ère de Ronald Reagan, doit voir l’immixtion du gouvernement et du président de la République dans le dossier d’un œil pour le moins circonspect. Même s’il a été capable, pour la bonne cause, de se rapprocher de l’administration de Barack Obama. Celui-ci l’a choisi, en 2009, pour participer au Conseil économique du président puis, de 2011 à 2013, pour prendre la tête du Conseil sur l’emploi et la compétitivité. C’est que, ce disciple de Jack Welsh, le patron emblématique de GE auquel il a succédé en septembre 2001, sait être pragmatique. En sortant de son rendez-vous avec François Hollande lundi 28 avril au matin, il a qualifié son dialogue avec le Président de la République "d’ouvert, amical et productif". On ne fait pas plus diplomate ! 

 

Clara Gaymard, présidente de General Electric France 

Les codes de l’administration et du gouvernement, Clara Gaymard les connaît par cœur. Un atout dont se sert Jeffrey Immelt pour dialoguer avec l’éxécutif. Cette énarque de 54 ans, mariée à Hervé Gaymard, ancien ministre de l’Economie, a longtemps navigué dans différentes administrations. Jusqu’à être chargée de faire venir les investisseurs étrangers en France. A partir de 2003, en tant que présidente de l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII), elle fait la promotion du site France auprès des entreprises étrangères. Avant de se faire débaucher par l’une d’elles. En 2006, General Electric la recrute pour diriger ses opérations en France et, en 2010, pour prendre la vice-présidence de GE international en charge de la ville.

 

Joe Kaeser, PDG de Siemens

C’est le poil à gratter de l’histoire, celui qu’Alstom ne souhaitait surtout pas voir débarquer dans les négociations. Joe Kaeser, 56 ans, n’a pourtant pas hésité à proposer une offre concurrente à celle de GE, lorsque les discussions entre l’américain et le groupe français sont sorties au grand jour. En 2004, l’industriel allemand avait déjà tenté d’avaler le français. Depuis, Siemens avait réitéré les offres, sans succès. Aujourd’hui, Joe Kaeser ne veut pas voir le groupe français lui passer une nouvelle fois sous le nez. Ce pur produit de Siemens, entré dans le groupe allemand à 22 ans au sortir de ses études, a gravi tous les échelons de l’entreprise. Après sept passé en tant que directeur financier du groupe, il est nommé PDG à l’été 2013, dans un contexte de résultats financiers difficiles. L’acquisition d’une partie d’Alstom lui permettrait de relancer l’énorme machine Siemens.

 

Christophe de Maistre, président de Siemens France

Les différents protagonistes du dossier Alstom, Christophe de Maistre les connaît tous de très près. Ce germanophile de 48 ans, nommé à la tête de la division française de Siemens en février 2011, a fait toute sa carrière au sein du groupe allemand, en grande partie à l’international. Toute sa carrière sauf une année : en 2010, il quitte Siemens pour prendre la vice-présidence de Converteam Asie-Pacifique, un spécialiste de la conversion d’énergie. Cette  ancienne filiale d’Alstom a été revendue en LBO à Barclays Private Equity en 2006, qui l’a ensuite cédée en 2011 à... General Electric.

 

Martin Bouygues, PDG du groupe Bouygues

Il se fait discret. Pourtant, Martin Bouygues, 62 ans, est concerné au premier chef par la vente d’Alstom. Le groupe Bouygues détient 29,4 % d’Alstom. La cession de ses parts lui rapporterait un cash salutaire, notamment pour sa filiale Bouygues Telecom. L’avantage de Martin Bouygues tient sans doute dans la relation qu’il a su nouer avec Arnaud Montebourg, le nouveau ministre de l’Economie et du redressement productif. Une relation d’abord houleuse, le président du groupe de BTP étant plutôt réputé proche de la droite, qui s’est réchauffée petit à petit. Jusqu’à voir Arnaud Montebourg soutenir l’offre de rachat de SFR par Bouygues Telecom. L’affaire Alstom risque toutefois de mettre à l’épreuve la bonne relation de Martin Bouygues avec le gouvernement.

 

Arnaud Montebourg, ministre de l’Economie, du redressement productif et du numérique

Il ne pouvait pas rester de marbre. Un fleuron de l’industrie française risque d’être vendu à un industriel étranger :  Arnaud Montebourg surgit à la rescousse. Cette fois, il n’a pas encore proposé une nationalisation temporaire, comme il l’avait fait pour ArcelorMittal. Il ne semble pas vouloir s’opposer purement et simplement à la vente, comme il l’avait fait lorsque Yahoo a voulu racheter DailyMotion. Mais le ministre de l’Economie entend néanmoins peser de tout son poids dans la solution choisie. Il a déjà fait comprendre qu’il préfèrerait la solution européenne avec Siemens, celle qui permettrait de créer un "Airbus de l’énergie et des transports". Dans l’affaire du rachat de SFR, la solution défendue par Arnaud Montebourg n’a pas été retenue. Aura-t-il plus d’influence cette fois-ci ?

 

François Hollande, président de la République

Alstom est jugé tellement stratégique que François Hollande n’a pas hésité à monter au créneau. Il a rencontré dès lundi 28 avril tous les protagonistes de l’affaire, pour étudier la solution la meilleure pour Alstom et pour les intérêts français. Il ne peut s’en désintéresser, d’autant que son rival de la présidentielle 2012, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Economie et des finances, avait réussi, en 2004, a préserver l’indépendance d’Alstom. François Hollande sera-t-il celui qui laisse vendre le groupe français à un actionnaire étranger ?

Arnaud Dumas

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