Les 7 grandes causes de disparition d’emplois industriels

 Alors que le Premier ministre reçoit les partenaires sociaux ce 29 mai, Laurent Rivoire, directeur associé de Secafi, revient sur les causes de la casse des emplois dans l’industrie.

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Les 7 grandes causes de disparition d’emplois industriels

Son cabinet écume les entreprises, conseillant les salariés, épluchant les comptes et projets des groupes pour tenter d’enrayer les fermetures, les plans sociaux, les suppressions de postes. Alors que le premier ministre et quatre autres membres du gouvernement reçoivent les partenaires sociaux, ce mardi 29 mai, Laurent Rivoire, directeur associé de Secafi, livre son analyse des causes de la disparition des emplois industriels.

L'Usine Nouvelle - Comment vont les entreprises dans lesquelles vous intervenez ?
Laurent Rivoire -
Elles doivent faire face à un double mouvement. D’une part, les problèmes de trésorerie s’aggravent, couplés à une raréfaction des offres de crédit et de financement. Les plus fragiles sont les PME/PMI, mais aussi les groupes qui se sont développés par LBO, et qui vont devoir rembourser. Or les entreprises ont besoin d’argent pour se maintenir à flot, ou pour se développer.
D’autre part, depuis 18 mois, on assiste à une envolée des fusions/acquisitions. Sur un marché atone, racheter des parts de marché est quasiment le dernier moyen de se développer. Les proies deviennent chères, et les prix d’achat s’envolent. Ceci a un impact sur l’emploi : on élimine les postes des fonctions support qui font doublon.

En dehors de la conjoncture, quelles sont les grandes causes de disparition de l’emploi industriel ?
Première catégorie : le déplacement des marchés, qui rend certains sites français surcapacitaires. Je pense à l’automobile, qui se tourne vers l’Asie, ou à la pétrochimie, dont le centre de gravité bouge vers l’Algérie, le Qatar.

Deuxièmement, les industriels cherchent à saturer leurs sites à bas coûts. Honeywell ferme un site en France et en ouvre un en Roumanie. Goodyear a pour projet de fermer son site d’Amiens Nord alors que le groupe s'est implanté en Europe de l'Est il y a quelques années. Les équipementiers affirment qu’ils suivent les constructeurs. En réalité, une partie de leur production dans ces pays peut parfois revenir en France.

Troisième cas de figure : la poursuite de la recherche de rentabilité entamée dans les années 90. On continue à spécialiser les sites, ou on réduit les points morts, en passant de trois sites à deux, par exemple.

Quatrièmement : des secteurs comme la pharmacie ou la banque suppriment des emplois essentiellement pour maintenir ou renforcer les dividendes versés aux actionnaires.

Les crises et mutations technologiques forment une 5e source de problèmes. La papèterie, par exemple, souffre du développement des médias en ligne. Les crises technologiques, c’est aussi l’arrêt du nucléaire au Japon après Fukushima, qui a des répercussions en France, puisque le gros du volume traité à la Hague venait du Japon. On s’attend à des annonces de gels des embauches dans les fonctions support chez Areva.

Sixième catégorie : les crises ou contraintes environnementales. Fukushima a eu un impact sur les fabricants de composants électroniques, les inondations en Thaïlande ont bloqué la production de disques durs… La mondialisation est telle que les sites sont fragilisés par des événements qui se passent à des milliers de kilomètres. La fin des permis d’exploitation de carrière ou de stockage d’énergie peut provoquer aussi des plans sociaux ou fermetures de sites.

Enfin, la pénurie durable et latente de matières premières, notamment terres rares, a un impact dans l’électronique. On ne constate pas encore de fermeture de site pour cette raison, mais c’est un enjeu des années à venir.

Face à cette situation, craignez-vous une vague de licenciements ?
Il est sûr, nous en avons vu des exemples, que certaines annonces, de licenciements ou de fermetures, ont été reportées après l’élection présidentielle, voire après les législatives.

Mais on voit de plus en plus de suppressions de postes se faire sans Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Les restructurations annnoncées par Peugeot ou par Areva se feront sans licenciement, mais par non remplacement de départs à la retraite, ou par des départs volontaires non remplacés. Mais cela reste des emplois industriels disparus…

Parfois, les interventions du ministère du Travail pour défendre certains sites ont été efficaces, mais malheureusement trop peu souvent.

Et celles du ministère de l'Industrie ?

Pas vraiment...

Quelles solutions pour limiter la casse sociale ?
En attendant les réformes de fond, on peut mettre un pansement, essayer de stopper l’hémorragie. Cela peut passer par une meilleure indemnisation du chômage partiel, la fin des heures supplémentaires défiscalisées, un rôle accru des régions… Mais il faut surtout définir une vraie politique industrielle cohérente, secteur par secteur, y compris au niveau européen.

Cécile Maillard Journaliste relations sociales / régions / biens de consommation

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