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L'Usine Aéro

Les cinq raisons pour lesquelles ArianeGroup supprime 2300 postes

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Analyse Anticipant la fin du développement d’Ariane 6 et visant une amélioration de sa compétitivité, le groupe a confirmé la suppression de 2300 postes sans procéder à des licenciements.

Les cinq raisons pour lesquelles ArianeGroup supprime 2300 postes
ArianeGroup, le maître d'oeuvre industriel d'Ariane6, pâtit d'un marché des satellites en forte baisse et de la concurrence de l'américain SpaceX.
© airbus safran launchers - DR

ArianeGroup a confirmé la suppression de 2300 postes sur la période 2018-2022 parmi ses effectifs et celui de ses sous-traitants. Le groupe compte au total près de 9000 salariés essentiellement répartis entre l’Allemagne et la France. "Cela fait environ un poste sur quatre à supprimer. On ne connait pas encore la répartition de ces suppressions que ce soit entre l’Allemagne et la France, ou entre ArianeGroup et ses sous-traitants", explique Philippe Gery, délégué syndical central CFE-CGC d’ArianeGroup. "Cela se fera essentiellement par des départs à la retraite et une incitation à la mobilité interne vers les filiales d'ArianeGroupe en croissance. Et sans faire appel aux licenciements", précise la société. Alors que le premier vol d’Ariane 6 est prévu pour 2020, plusieurs raisons expliquent ces difficultés.

1 - le marché des satellites géostationnaires s’est effondré

Les opérateurs de satellites, les grands clients de l’industrie spatiale, ont réduit significativement leurs investissements. Ces clients ont commandé seulement 5 satellites en 2018 contre 15 en 2016 et même plus d’une vingtaine les années précédentes. Or s’ils n’ont rien à mettre sur orbite, les lanceurs restent cloués au sol. Les fabricants de satellites et les sociétés de lancement comme Arianespace regrettent cet attentisme qui dure depuis au moins deux ans. La raison : les opérateurs de satellites s’interrogent avec l’arrivée des constellations de mini-satellites. Ils gèlent leurs investissements dans les satellites de communication traditionnels et attendent des certitudes techniques et économiques quant à l’efficacité des constellations.

2 - La concurrence de SpaceX fait mal.

Conçue il y a 20 ans, Ariane 5 ne peut pas être compétitive face à Falcon 9, la fusée de SpaceX. La société d’Elon Musk affiche une cadence de lancement deux fois supérieure à celle de son concurrent européen, en proposant des prix cassés. Arianespace dénonce une concurrence déloyale et la stratégie tarifaire à deux vitesses de son concurrent américain : sur le marché commercial en concurrence, SpaceX pratique des prix ultra agressifs mais elle se rattrape en facturant au prix fort ses clients institutionnels américains la NASA et le Pentagone qui favorisent les lanceurs domestiques. "Les Américains ont décidé, n’ayons pas peur des mots, de faire la peau aux Européens", estime la CFE-CGC sur son site Internet en réaction aux suppression d’emplois. Ariane 6 pourrait rééquilibrer la situation : le démarrage de la phase de production confirme les objectifs de compétitivité du lanceur européen avec des coûts de production réduits de 40 à 50%.

3 -  L’Europe a trop tardé à développer Ariane 6

L’Europe s’est reposée trop longtemps sur le lanceur Ariane 5. Quand les Etats-Unis ont mis à la retraite leurs navettes du fait de leur coût et de leur manque de fiabilité, Ariane 5 en a largement bénéficié dominant outrageusement le marché commercial. Toutefois, l'Europe s'est reposée sur ses lauriers et n’a pas préparé l’avenir. Le programme Ariane 6 a été lancé en 2014 en réaction à la nouvelle concurrence des acteurs privés américains et notamment SpaceX. De plus, les hésitations sur la bonne configuration technique et les règles du juste retour géographique qui imposent que chaque pays récupère la charge industrielle du programme en fonction de son financement, ont fait perdre de précieux mois sinon des années.

4 -  L’Europe ne soutient pas suffisamment son champion

ArianeGroup réclame une préférence européenne. En vain, alors que les Etats-Unis, les Russes, les Chinois, les Japonais n’hésitent pas à privilégier leurs lanceurs domestiques. Résultat : Arianespace réalise à peine plus d'un quart de son activité grâce aux lancements institutionnels, c'est à dire ceux confiés par les acteurs publics ou étatiques européens (Commission Européenne, l'Agence spatiale européenne et ses différents états membres, l'Agence européenne Eumetsat de météorologie...). Cette proportion grimpe à 57% pour les Etats-Unis, 79% pour la Russie, 89% pour la Chine.

Malgré ses demandes répétées et le démarrage de la production des premiers éléments d'Ariane 6, Arianespace attend toujours un engagement officiel des Etats européens garantissant 5 lancements institutionnels par an. On est toujours loin du compte. Le futur lanceur européen n’a reçu que trois commandes institutionnelles : une commande de la Commission européenne pour 2 lancements en 2017 pour la constellation Galileo et une autre pour le lancement en 2018 d’un satellite du ministère français des armées.

5 - Le développement d’Ariane 6 approche de sa fin

Pour développer les innovations du futur lanceur Ariane 6, ArianeGroup a embauché environ 1500 personnes ces trois dernières années. Cela a permis d’actualiser les compétences des équipes dans les domaines de l’ingénierie, l’usine 4.0, la digitalisation… Or le groupe évoque désormais la fin de la phase de développement du lanceur et une forte réduction de la charge de travail d’ingénierie à 2022. Il estime que cette réduction de la charge de travail et les impératifs de compétitivité amènent à un total de 2300 emplois.

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1 commentaire

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14/11/2018 - 13h39 -

Bonjour, Dire que Space X pratique de la concurrence déloyale en bénéficiant de tarifs institutionnels mirifiques n'est-il pas malhonnête en regard des enveloppes et du nombre de CRS lancé pour la Nasa (d’ailleurs la Nasa commence à apprécier de plus en plus, les tarifs hyper concurrentiel de cette société) ? Je crains qu'à force de se trouver des excuses perpétuellement afin de ne pas voir la réalité de mauvais choix architecturaux au niveau des lanceurs, Qu'Ariane groupe finisse par enterrer les derniers espoirs de cette industries européen, qui en avait pourtant tant apportés les premières décennies de son existence (Ariane 4 & 5, Hermes...) Si les dirigeants ne cessent pas leur dogmatisme technologique en « snobant » certains nouveaux principes architecturaux (réutilisabilités totale, ssto...) pouvons-nous espérer être indépendant dans ce domaine, ne serait-ce que la prochaine décennie...
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18/11/2018 - 09h25 -

Arianespace a craché sur le réutilisable, là où SpaceX a gagné son pari. Réduisant les coûts de façon drastique et rendant les lanceurs Ariane dépassés. Même Ariane 6 est déjà dépassée avant même d'être produite. Triste.
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