Les 4 épisodes qui ont meurtri la relation Montebourg-Ayrault

Les deux ne s'aiment pas depuis longtemps. Lorsqu'il était président du groupe PS à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault n'hésitait pas à recadrer le jeune député Arnaud Montebourg. Depuis qu'ils cohabitent au sein du gouvernement, les relations ne se sont pas améliorées. Avec le dossier ArcelorMittal, les désaccords feutrés jusqu'à présent ont dégénéré en affrontement public.

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Les 4 épisodes qui ont meurtri la relation Montebourg-Ayrault

Quel rôle pourra bien jouer Arnaud Montebourg dans les prochains mois au gouvernement ? Au-delà du bras de fer contre les plans sociaux, la stratégie volontariste du ministre du Redressement productif a été balayé par de nombreux arbitrages du Premier ministre. Retour sur une série d’ échecs du ministère du redressement productif face à Matignon.

Épisode 1 : Pas de décentralisation pour la banque publique d’investissement

A leur arrivée à Bercy, Arnaud Montebourg et Pierre Moscovici doivent gérer en tandem la création de la banque publique d’investissement, promesse phare du candidat Hollande. Entre les deux hommes, les relations sont crispées. La saillie de Montebourg sur le "Bercy d’en haut" opposé au "Bercy d’en bas" rafraîchit encore plus l’atmosphère. Mais ce sont surtout deux conceptions politiques qui s’opposent sur la banque publique. Le ministre du redressement productif pousse à la régionalisation du dispositif. Son collègue de l’économie défend la prééminence de l’Etat et ne veut surtout pas d’une structure qui pourrait connaître les mêmes déboires que les anciennes sociétés de développement régionales. "Il faut aussi éviter que la BPI ne soit un mammouth étatique centralisé et faire en sorte au contraire qu’elle soit très proche des besoins des entreprises sur le territoire", plaide Arnaud Montebourg. A la rentrée, c’est la ligne de Pierre Moscovici qui l’emporte largement, d’autant que Montebourg, déstabilisé par la polémique autour du choix de la banque Lazard doit se faire très discret. La loi adoptée fin novembre réserve la portion congrue aux régions, malgré le lobbying très intense de ses puissants présidents.

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Épisode 2 : La loi sur la cession des sites rentables remisée

On est fin septembre. Pour forcer ArcelorMittal à mettre en vente les hauts-fourneaux de Florange, Arnaud Montebourg sort sa botte secrète : une proposition de loi pour la reprise des sites rentables. Dans le train qui l’emmène à Florange, il l’a apporté dans une pochette bleue, pour la montrer aux syndicalistes. Le ministre l’a rédigé pendant l’été, mais Matignon freine au maximum. En juillet, le sujet a été mis à l’agenda de la conférence sociale et soumis à la négociation des partenaires sociaux. Pas question de bousculer le dialogue social pour Jean-Marc Ayrault. Arnaud Montebourg a obtenu le feu vert à la dernière minute de Matignon pour communiquer sa proposition. Quelques jours plus tard, le groupe sidérurgiste accepte que l’Etat cherche un repreneur pour le site lorrain. Une première victoire. Devant la fureur des partenaires sociaux – François Chérèque en tête – la proposition de loi, qui devait être adoptée "dans les trois mois" a par en revanche disparue.

Épisode 3 : Pas de contreparties pour le crédit d’impôt compétitivité

Il y a d’abord une victoire. Depuis qu’il est arrivé au gouvernement, convaincu par les industriels, Arnaud Montebourg milite pour un choc de compétitivité. Les 20 milliards d’euros d’allègement des cotisations patronales, c’est en partie son idée. Sur la forme, Arnaud Montebourg milite en revanche pour un autre dispositif. Plutôt qu’un chèque en blanc aux entreprises, le ministre veut conditionner la baisse à la réalisation d’investissements productifs. L’idée lui a été soufflée depuis l’été, entre autres, par le cabinet de conseil Roland Berger, qui a fait plancher ses consultants en interne sur le dispositif le plus efficace. Une stratégie de "donnant-donnant" qu’il a largement fait fuiter dans la presse et qu’il continue à promouvoir même après les arbitrages de Matignon et la présentation officielle du "pacte pour la compétitivité" du gouvernement. Pour les conseillers de Matignon, le dispositif est trop complexe à mettre en œuvre et pro-cyclique. Le Premier ministre préfère opter pour un système plus simple pour le crédit d’impôt pour la compétitivité, qui n’est associé à sans aucune condition ni contrepartie si ce n’est une information de son usage.

Épisode 4 : Pas de nationalisation pour Florange

La nationalisation temporaire prônée par Arnaud Montebourg est écartée par Matignon dans le round final des négociations avec le groupe ArcelorMittal. Le Premier ministre négocie avec le groupe sidérurgiste un accord sans en tenir informé le ministre. Ce n’est pas la première fois qu’il est écarté des négociations finales avec un grand groupe. Avec Sanofi, c’est l’Elysée qui avait repris sur la dernière ligne droite les discussions sur le plan social du groupe pharmaceutique avec Chris Viehbacher, alors que le DG refusait de voir Montebourg. Cette fois, le camouflet est public. Pire, au sein de son cabinet ministériel, deux lignes semblent s’affronter. D’un côté la ligne réaliste du directeur de cabinet, qui aurait travaillé avec Matignon sur le texte de l’accord selon le Point. De l’autre le ministre et son volontarisme.

Solène Davesne

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