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L'Usine Santé

Les 3 interdits des voyageurs en zone Ebola, d'après le docteur Philippe Biberson

Christophe Bys , , , ,

Publié le

Entretien Pas un jour sans qu’il ne soit question des morts occasionnés par le virus Ebola. Quels sont les risques encourrus par les salariés des entreprises présentes sur place ? Faut-il faire rentrer d’urgence les salariés et leurs familles ? Quels sont les risques d’être atteint par le virus quand on vit dans une zone contaminée. Le docteur Philippe Biberson est directeur médical Europe du Sud et Afrique du Nord pour le groupe International SOS, une société de services de santé et de sécurité à destination des entreprises et répond à ces questions pour L'Usine Nouvelle. 

Les 3 interdits des voyageurs en zone Ebola, d'après le docteur Philippe Biberson © European Commission DG

L’Usine Nouvelle - Depuis quelques semaines, le virus Ebola progresse de façon exponentielle. Que se passe-t-il ?

Philippe Biberson - Nous avons pour la première fois affaire à une épidémie d’une telle ampleur (plus de 4500 cas et 2500 décès). C’est aussi la première fois qu’elle touche l’Afrique de l’Ouest et, à bien des égards, c’est une épidémie atypique donc imprévisible. La première épidémie est apparue en 1976 au Zaïre, devenu depuis République démocratique du Congo. Jusqu’à maintenant on disait de ces épidémies qu’elles étaient "autolimitées". En simplifiant, l’épidémie survenait toujours dans des villages très reculés, on mettait la zone en quarantaine, on envoyait Médecins Sans Frontières et l’épidémie finissait par s’arrêter.

L’inquiétude des autorités sanitaires internationales à propos de l’événement récent est l’irruption d’une épidémie à l’intersection de trois Etats, le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée, qui a gagné rapidement les zones urbaines, les capitales, rendant les mesures de contention très difficiles à appliquer.

Quelles sont les particularités de ce virus ?

En l’état de nos connaissances, le virus est hébergé par les chauve-souris, qui le transmettent soit directement à l’homme, soit par l’intermédiaire de certains animaux (singes et autres mammifères de forêt) chassés et consommés comme "viande de brousse". Une fois infectée, la personne peut incuber la maladie durant une période qui va de deux jours à trois semaines, avec une moyenne d’environ huit jours. Elle n’est contagieuse qu’une fois la maladie déclarée. Le malade peut infecter des personnes de son entourage par contact avec ce que nous appelons les fluides corporels du malade, c’est-à-dire l’urine, les vomissements, le sang… etc.

Pour résumer, la maladie pour se transmettre de personne à personne suppose une certaine intimité avec le malade. C’est pour cela qu’elle peut se révéler très contagieuse pour la famille d’un malade, les soignants (le personnel médical) ainsi que pour les personnes qui préparent les cadavres pour les cérémonies funéraires. Ainsi un malade peut en contaminer plusieurs personnes de son entourage si aucune précaution n’est prise. En revanche, le risque de contamination est moins élevé que dans le cas d’un virus grippal ou du SRAS où le mode de transmission se fait par voie aérienne et ne nécessite pas de contact physique.

Encore une fois, j’insiste sur ce point, pour être contaminé, il faut partager l’intimité d’un malade.

Une question naïve : le virus résisterait-il aux températures françaises s’il venait à arriver sous nos latitudes ?

Oui. Ce n’est pas une question de climat, Ebola surgit dans les régions où vivent les chauve-souris qui en sont les hôtes habituels mais il pourrait se transmettre de personne à personne sous d’autres lattitudes. En revanche, le niveau d’alerte et de vigilance qui prévaut en Europe est tel qu’il serait très rapidement circonscrit.  

Les entreprises qui sont présentes dans ces régions doivent-elles prendre des mesures particulières ?

Il est essentiel de bien informer les personnes qui sont sur place ou celles qui doivent partir prochainement dans cette région. Il est indispensable de leur faire savoir quels sont les risques qu’ils prennent, quelle est la réalité des enjeux sanitaires, quels sont les comportements à éviter. J’en compte trois : aller à l’hôpital si on n’a aucune raison impérieuse de s’y rendre (risque de contamination), manger de la viande de brousse, participer à un enterrement.

Ensuite, certains gestes doivent être faits consciemment : se laver les mains très souvent, éviter les contacts inutiles entre personnes sur le lieu de travail ou socialement. Il est aussi d’usage de mettre en place un questionnaire et une prise systématique de température avant d’autoriser le personnel à rejoindre le poste de travail.

Et cela suffit ?

Nous considérons que les voyageurs à motif professionnel et les expatriés sont exposés à un faible risque, sauf s’ils ignorent les conseils que je viens de vous rappeler. Ceci étant dit, pour les trois pays, Liberia, Sierra-Leone et Guinée, notre recommandation aux entreprises est de ne pas envoyer ou de faire revenir toutes les personnes qui le souhaitent et qui ne sont pas stratégiques à la poursuite des activités, notamment les familles.

Pourquoi ? Parce que tant que rien ne vous arrive, vous êtes relativement en sécurité. Imaginez maintenant que quelqu’un a un accident de la circulation ou tombe de son escabeau et doive aller à l’hôpital... Vous me comprenez : on monte d’un cran dans l’exposition au risque, quels que soient la qualité, le dévouement et la puissance du travail des équipes locales. On est dans une zone qui ne fait pas partie des plus riches du monde. C’est un des paradoxes de cette maladie : pour s’en préserver, il vaut mieux éviter les hôpitaux et les soignants !

Ne peut-on pas avoir accès à des soins privilégiés ?

Rapatrier quelqu’un de ces pays est très difficile en ce moment. Les autorités sanitaires, administratives aéroportuaires, etc. sont extrêmement vigilantes et veillent à ne pas laisser sortir ou entrer un malade atteint du virus qui ne serait pas officiellement déclaré. Nous avons eu en juillet dernier beaucoup de difficultés pour rapatrier un salarié d’une organisation internationale qui avait le paludisme. Les symptômes du paludisme et ceux d’Ebola sont très semblables au début. Ce sont les symptômes d’une maladie infectieuse : fièvre, fatigue, nausées…

Ces précautions étant prises, les salariés potentiellement exposés étant informés, y a-t-il un accompagnement particulier à avoir pour les salariés expatriés ?

Les entreprises doivent s’assurer que le message est bien passé auprès de leur personnel, se tenir à jours des informations, des rumeurs, les vérifier et contacter régulièrement leurs employés : ne pas savoir est un facteur de stress important. L’employeur doit se renseigner régulièrement sur le moral de ses équipes, si elles tiennent le coup, vérifier que l’employé reste volontaire. Prodiguer des encouragements, par exemple, si quelqu’un a prévu de revenir une semaine prochainement, l’entreprise peut proposer de rallonger la durée du congé.

Propos recueillis par Christophe Bys

Plus d’informations régulièrement mises à jour sur le site d’International SOS  https://www.internationalsos.com/ebola/

 

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