"Lejaby va lancer une collection Made in France cet automne"

"Non, Lejaby n'est pas mort et ne va pas fabriquer des sacs pour Louis Vuitton", répète Alain Prost, le nouveau PDG de la marque. L'ancien dirigeant de L'Oréal, Chantelle et La Perla a choisi L'Usine Nouvelle pour révéler les détails et le calendrier de la relance de la griffe de lingerie.

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Disposant d'un capital de 7 millions d'euros, Alain Prost va lancer dès cet automne une collection Lejaby haute couture "made in France", avec les 195 salariés de Rillieux-la-Pape et le soutien de Colette Candela, l'ancienne directrice de création de la "maison".

L'Usine Nouvelle - Le sort de l'usine d'Yssingeaux a passionné les politiques pendant plusieurs jours, suite à votre décision de ne pas l'avoir intégrée dans votre plan de reprise. Pourquoi ce choix ?
Alain Prost - Si nous avons été choisis par le tribunal de commerce, c'est parce que nous sommes des professionnels, et les seuls à avoir présenté un projet solide financièrement, permettant d'assurer l'avenir de Lejaby. La situation financière de la société était beaucoup plus périlleuse que ce que l'on pensait. De 80 millions d'euros en 2009, le chiffre d'affaires est tombé à 39 millions en 2011. L'entreprise a cumulé de lourdes pertes : 15 millions d'euros en 2010 et près de 10 millions en 2011.

Nous avons fait une simulation pour une possible reprise de l'usine. Avec un coût minute de 1 euro à Yssingeaux, contre 15 centimes en Tunisie, il aurait fallu vendre 300 000 pièces à environ 90 euros l'unité pour arriver à être rentable, alors que nos prix moyens se situent autour de 50 euros. C'était impossible pour arriver à être viable ! Il a fallu faire des choix... Et même sans cette usine, nous prévoyons quand-même deux années de perte avant d'envisager un retour à la rentabilité en 2014.

Pensez-vous que cela a porté tort à la marque ?
Oui, il y a eu beaucoup de médiatisation sur cette usine. Beaucoup de gens n'ont pas compris que nous n'étions pas responsables des difficultés de Lejaby et du sort de cette usine. Nous ne sommes pas les "patrons voyous" qui ont délocalisé comme je l'ai entendu et vu écrit. Depuis 2010, Lejaby réalisait 93 % de sa production à l'étranger, dont 10 % en Chine et 83 % en Tunisie et au Maroc. Les clients ont aujourd'hui une image brouillée de la marque. Tout est à reconstruire. Non, Lejaby n'est pas mort et ne va pas fabriquer des sacs à main pour Louis Vuitton !

Comment comptez-vous relancer Lejaby justement ?
Nous venons de créer une nouvelle société, baptisée "La Maison Lejaby", avec 195 salariés conservés. Il est important de souligner que nous avons gardé tout le savoir-faire de la marque en matière de création, de développement et de prototypage, avec un total de 100 personnes entièrement dédiées à cette activité à Rillieux-la-Pape. C'est très important de conserver ce savoir-faire là dans la corsetterie.

Vingt couturières vont être dédiées à la ligne haute couture dans un premier temps. Puis soixante ensuite.

Alain Prost, PDG de Maison Lejaby

 

Nous avons rappelé la directrice artistique Colette Candela, qui avait été écartée par le précédent propriétaire, Palmers. C'est elle qui est à l'origine de tous les grands succès de la marque depuis les années 1980. Aujourd'hui, elle travaille avec les stylistes sur la collection printemps-été 2013. Nous voulons redonner à Lejaby son âme, perdue progressivement sous l'ère Palmers.

Le positionnement était devenu banal. On avait oublié le métier de base, le produit. Beaucoup d'enseignes nous avaient déréférencés. Nous allons recréer des produits haut de gamme et de qualité. Nous allons aussi relancer la marque Rasurel, dans les maillots de bain, et Elixir, destinée aux femmes rondes. Entre-temps, nous allons sortir une ligne de luxe, qui va s'appeler "Lejaby Couture". Ce sera la première ligne de haute couture 100 % Made In France.

Vous allez ouvrir un atelier de fabrication pour cela ? Quelles sont vos ambitions sur cette collection ?
Toutes les équipes travaillent d'arrache-pied actuellement pour lancer cette collection pour l'automne-hiver prochain. Il y aura six lignes de corsetterie et quatre lignes de beachwear. Le set sera vendu à environ 200 euros. Nous espérons vendre de 15 à 20 000 pièces dans un premier temps. Nous allons cibler les détaillants et les grands magasins haut de gamme. Nous allons rencontrer les distributeurs un par un à partir de fin mars, dès que nous aurons des choses concrètes à leur montrer.

C'est un gros challenge. Cette collection sera très importante, notamment à l'exportation, où Lejaby réalise 60 % de son activité, car elle servira d'ambassadrice à la nouvelle image de la marque. Pour la fabrication, nous allons rapatrier une partie des machines d'Yssingeaux sur Rillieux-la-Pape. Vingt couturières vont être dédiées à cette activité dans un premier temps. Puis soixante j'espère ensuite. Au total, si tout se passe comme prévu, nous serons 260 dans trois ans.

Avez-vous des capacités financières suffisantes pour mener ces différents chantiers ?
Nous disposons de 7 millions d'euros pour relancer l'entreprise et la marque. Je me suis associé à Michel Desmurs, le PDG d'Isalys, la société qui assurait la fabrication des collections Lejaby en Tunisie, et son principal actionnaire, Christian Bugnon, également fils du fondateur de Lejaby. Ensemble, nous avons réuni 3 millions d'euros. A cette somme se sont ajoutés 4 millions d'euros, grâce à des partenaires Italiens, dont je ne souhaite pas révéler l'identité.

Mais nous avons besoin d'un fonds de roulement aujourd'hui pour poursuivre l'activité en attendant la sortie des nouvelles collections. Il faut 15 mois environ pour créer une collection. Et pendant ce temps, nous devons payer les salaires, acheter de la matière, des fournitures… Mais les banques ne veulent pas nous aider pour l'instant. Elles ne jouent pas leur rôle de prêteur.

Propos recueillis par Adrien Cahuzac

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