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Lecture d'été : Houellebecq et l'industrie, ça vaut bien un Goncourt

Christophe Bys ,

Publié le

Quatrième recommandation littéraire pour vos vacances : le dernier roman de Michel Houellebecq, la carte et le territoire, chez Flammarion, distingué par le Prix Goncourt 2011. Le romancier réunionnais y prédit la fin de l'industrie française. Une réflexion sur le monde matériel.

Lecture d'été : Houellebecq et l'industrie, ça vaut bien un Goncourt © D. R.

Qu'écrire de plus sur le prix Goncourt 2010, provoquant les larmes de son auteur, qu'on croyait cynique et qu'on découvrît à cette occasion sentimental ? La carte et le territoire, soit l'histoire de Jed Martin, un artiste contemporain qui se fait connaître en photographiant des cartes Michelin, clichés qu'il juxtapose à des photos aériennes (voilà pour le titre).

Après une entrée triomphante sur le marché de l'art contemporain, Martin décidera de faire ensuite une série de portrait de "professionnels", du patron de café à Bill Gates et Steve Jobs, en passant par Michel Houellebecq lui-même. Dans une conversation entre les des deux personnages (Houellebecq et Martin), le projet du livre est assez clairement expliqué.

Il s'agit d'écrire un roman qui parlerait du monde des objets, de leurs modes de production. Ce qui nous renvoie au passage à la relecture de l'excellent « Les choses » de Perec, LE grand livre sur la société de consommation.

Houellebecq pour sa part explique que pour un tel projet, un écrivain aurait besoin de personnages. Et si Madame Bovary était Flaubert, Jed Martin c'est Houellebecq, un artiste peu sociable et pessimiste.

C'est donc un livre très étrange à la fois très conceptuel avec mise en abyme de l'auteur qui sera assassiné dans la dernière partie, et, en même temps, un roman très accessible, car Houellebecq s'y connaît pour raconter une histoire.

Toujours aussi pessimiste sur l'avenir de l'humanité, Houellebecq prévoit une désindustrialisation de l'Occident, les campagnes se transformant en sorte de zone d'animation pour riches étrangers. Et c'est clairement là que le bât blesse. Quand Houellebecq veut aller au-delà de son histoire.

On passera sur les fiches consacrés aux penseurs socialistes plaqués au récit et sans grand intérêt, ou sur les provocations parfois très faciles. Un exemple : François Mitterrand avait une "tête de vieille momie vichyste". Réservé aux amateurs.

On regrettera qu'un formidable raconteur d'histoires se sente obligés de plomber la sienne par des considérations philosophiques pessimistes assez café-du-commerce et par un humour douteux et lourdingue. Ce qui n'empêche pas néanmoins de dévorer les quelque 420 pages de l'ouvrage…

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