Lecture d'été : chez les nouveaux maîtres du monde

Christophe Bys

Publié le

Cinquième volet de notre liste de romans à lire pendant vos vacances. Des romans sur fond d'industrie et d'économie, avec cette fois La fortune de Sila Fabrice Humbert aux Editions le Passage.

Lecture d'été : chez les nouveaux maîtres du monde © D. R.

C'est un très bon roman français qui éclaire le monde contemporain. A partir d'une altercation dans un palace parisien, Fabrice Humbert raconte les nouveaux maîtres du monde. Et si j'avais été juré Goncourt, c'est à ce roman là que j'aurai attribué le célèbre prix.

Fabrice Humbert a déjà quelques romans à son actif, et celui-là confirme le talent de ce jeune auteur français à suivre. Pas de provocations, un très beau style classique et un goût certain pour raconter le présent. Voilà pour les qualités de Fabrice Humbert.

Sila est un immigré africain, qui devient serveur dans un très grand restaurant. Dans la scène d'ouverture, il est agressé par un client de ce 4 étoiles, devant un quatuor de convives.

Une salle de restaurant comme miniature du monde moderne, car là dinaient les nouveaux maîtres du monde. Soit un Nord Américain qui a fait fortune dans la construction de maisons bon marché financé par un effet de levier comme on dit dans le jargon, et qui évoque les subprimes. Soit un ex prof d'économie soviétique devenu un oligarque à la moralité élastique. Et enfin deux jeunes étudiants devenus traders, Mathieu et Simon (l'un des deux est un brillant ingénieur qui va lui aussi chercher des martingales sur les marchés financiers) un duo très réussi entre portrait de Dorian Gray et Illusions perdues de Balzac.

Les choses étant posées, ce pourrait être un roman à thèse, un prétexte pour narrer l'état du monde en prenant prétexte des personnages. Il n'en est rien, car tous existe. Leur entourage aussi, notamment les épouses du bâtisseur américain et de l'oligarque russe, deux consciences dépassées par le cynisme de leurs époux. Deux très beaux portraits de femmes sous influences. Je confesse à cette occasion une tendance particulière pour l'épouse universitaire du Russe, qui incarne tout ce à quoi il a renoncé.

Tous les personnages sont aussi contrastés. Il n'y a pas de méchants une fois pour toutes, chacun a ses fêlures passés, ses ambigüités, des actes monstrueux aussi (la lutte pour le pétrole dans l'ex Urss ferait passer le Far West pour une cour de récréation) ses moments de lucidité, où il pourrait revenir en arrière… en vain.

Quant à Sila, son destin sera tragique, au milieu de ses requins sans état d'âme. Difficile de résister dans un monde de requins quand on n'a pas de bouée à laquelle se raccrocher.

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