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"Le WEF est une opportunité fantastique de développement de nos entreprises", affirme Christophe Béchu, Maire d’Angers

Ridha Loukil ,

Publié le

Christophe Béchu, Maire et président de l’agglomération d’Angers, s’est démené pour accueillir dans sa ville le World Electronic Forum (WEF), le Davos de l’électronique. Un évènement dont il veut faire à la fois la vitrine du savoir-faire français dans les objets connectés et usages smart, et une opportunité de développement des entreprises de son territoire. Il se prépare à recevoir la visite de trois membres du gouvernement dont le Premier ministre Edouard Philippe le vendredi 27 octobre 2017. Il répond aux questions de L’Usine Nouvelle.

Le WEF est une opportunité fantastique de développement de nos entreprises, affirme Christophe Béchu, Maire d’Angers
Christophe Béchu, Maire et Président de l'agglomération d'Angers
© Droits collectivités

L'Usine Nouvelle - Qu’est-ce que ça vous fait d’être l’hôte du WEF ? Cela vous donne de la fierté ou c’est juste la reconnaissance de la qualité de l’électronique dans votre territoire ?

Christophe Béchu - La fierté évidement et aussi la satisfaction car il y a fallu beaucoup d’efforts pour en arriver là, et au même temps une part d’humilité. C’est super d’accueillir cet évènement, et après ? Sur le papier, arriver après Singapour en 2016 paraissait juste impossible. Ma satisfaction est d’autant plus grande que je suis convaincu que je ne le fais pas uniquement par chauvinisme mais parce que c’est utile pour mon territoire où il y a des compétences, des talents, une histoire avec l’électronique. Pour les entreprises partenaires c’est une opportunité de développement. Dans le même temps, accueillir le WEF n’est pas une fin en soi. Cela s’inscrit dans une stratégie, celle de rendre visible les forces dont nous disposons localement avec un alignement des astres sur une politique nationale qui, à travers la French Tech, montre que la France est de retour. L’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République est vue à l’étranger comme le signe que France is back, et que notre pays se tourne vers l’avenir et la modernité. Pour nous, c’est important d’avoir l’occasion d’un rayonnement international. Nous sommes dans un territoire qui cultive une veille devise « pour vivre heureux, il faut vivre caché ». Il n’a pas l’habitude de se mettre en avant et de faire parler de lui. Cette discrétion n’est pas compatible avec le fait d’avoir des ambitions économiques élevées. Si vous ne faites pas le buzz, vous n’existez pas sur une carte de France, et si vous n’existez pas sur une carte de France, on ne pense pas nécessairement à vous pour implanter une usine, conclure un partenariat ou tester un produit.

Qu’est-ce que vous attendez comme retombées à la fois localement et sur le plan national ?

Des retombées locales, il y en a une qui est atteinte quoi qu’il arrive. C’est celle de parler de nous. La présence des congressistes, la venue de trois membres du gouvernement, la présence de beaucoup de patrons d’entreprises… Autant d’éléments qui montrent qu’en termes de visibilité, nous aurons marqué des points même si la pédagogie est l’art de la répétition et pas de parler de soi très fortement un jour puis de tout arrêter. Nous attendons que les entreprises du territoire bénéficient directement du WEF en trouvant des partenaires étrangers, en devenant fournisseurs, adaptateurs, clients... Nous voulons créer des opportunités et un système où les entreprises étrangères qui viennent pourront mettre l’Ouest de la France sur la carte de possibles implantations industrielles. Jusqu’à il y a quelques années, la principale préoccupation dans la production électronique de masse était d’avoir les prix les plus bas. Cela reste vrai pour le consommateur qui veut toujours payer le moins cher possible, mais il aimerait maintenant avoir un produit personnalisé. Cette personnalisation suppose d’avoir une capacité industrielle en proximité avec le consommateur. Or où sont-ils les consommateurs ? Ils sont en Europe. Cela ne suppose pas d’avoir seulement des compétences en créativité, mais aussi des capacités en manufacturing. L’Ouest de la France compte 50 000 emplois en production tous secteurs confondus. En Bretagne, il y a Eolane et Lacroix, qui emploient plusieurs milliers de personnes en production électronique,  et quantité d’entreprises de plus petites tailles. Ce n’est pas un hasard si le principal partenaire de la cité des objets connectés à Angers est Eolane, et qu’au cœur de l’organisation du WEF se trouve Vincent Bedouin, le patron de Lacroix.

Vous recevez la visite d’Edouard Philippe au dernier jour du WEF. Quel message souhaitez-vous lui adresser ?

Le WEF est l’occasion aux entreprises de l’ensemble de la filière électronique française de présenter un livre blanc sur les moyens de digitaliser leur industrie. Depuis des mois, Vincent Bedouin, président de We Network, le cluster qui rayonne sur les deux régions de l’ouest – Bretagne et Pays de Loire – a conduit des groupes de travail sur la stratégie qui permettrait à notre pays d’accélérer dans le domaine de la Tech. Le résultat de ce travail va être remis au Premier ministre le vendredi 27 octobre, avec des préconisations autour de l’industrie 4.0 et la digitalisation de la filière électronique. Et ce qui est vrai pour We Network l’est aussi pour le Medef qui s’est engagé dans un chantier de réflexion sur la transformation digitale de l’économie. Lui aussi va utiliser le WEF à Angers pour valoriser des briques de son travail et présenter ses suggestions sur le sujet.

Mais vous avez une demande particulière à faire au gouvernement dans ce cadre ?

Le contexte politique est favorable. Nous sommes au début du mandat présidentiel. J’aurai deux messages à transmettre à Edouard Philippe. Le premier c’est que le gouvernement explique comment il compte soutenir la compétitivité des entreprises. C’est maintenant qu’il doit le faire parce qu’il y a une crédibilité et les gens à l’extérieur y croient. On le sent dans les échanges avec les congressistes du WEF. En revanche, si à cause de pression quelconque, il ne libère pas le travail dans notre pays et qu’il ne va pas au bout des réformes permettant d’améliorer la compétitivité des entreprises, la déception risque d’être à la hauteur des attentes suscitées. Les pays extérieurs nous regardent et attendent les mesures qui indiquent que nous soutenons ceux qui créent la richesse. Nous en avons besoin moins à l’échelle de notre pays que pour renvoyer des messages forts au reste du monde. Il y a une vraie occasion de conduire des changements et faire des choses. Ensuite, nous Angers, la 20e ville de France, avons décidé de faire preuve d’audace en nous disant que bien que ça l’air impossible nous allons tenter de le faire. Je veux que le Premier ministre nous aide à prendre des initiatives et qu’il nous encourage. Nous avons besoin de liberté, de capacité d’expérimentation, d’audace. Car au final, cela bénéficiera aux entreprises.

Qu’est-ce que vous entendez par audace ?

On peut se dire que ce n’est pas le rôle du Maire d’aller à Singapour pour plaider la cause de sa ville. Après tout, c’est le job des chefs d’entreprises. J’aimerais bien que l’on ne se fixe pas de règles qui, pour réduire les dépenses publiques, nous empêcheraient de prendre des initiatives.

Le grand ouest a beaucoup souffert de l’effondrement des télécoms. Comment les deux régions ont réussi à s’en remettre ?

Nous sommes dans un département qui a subi deux vagues de la mondialisation, la première dans le textile, la seconde dans les télécoms. Le Maine et Loire, et tout particulièrement le secteur Cholet, était le cœur de l’industrie textile et des chaussures. La manufacture des mouchoirs est toujours là, sauf qu’elle a été rachetée par la ville de Cholet. Ce bassin d’emploi est aujourd’hui l’un de ceux ayant le taux de chômage le plus faible en France. Il fabrique aujourd’hui beaucoup moins de textile et de chaussures même s’il reste encore des entreprises comme Eram. Je connais une entreprise qui avait une technologie de colle de semelle. Elle ne l’utilise plus pour coller des semelles de chaussures mais pour plein d’autres applications industrielles. Si les emplois sont là c’est que nous avons su relancer l’économie par autre chose. Mon message : nous avons les ressources pour le faire, il faut juste y croire. Ce n’est pas parce que l’électronique devient mondiale qu’il il n’y a pas de place pour nous. Il ne faut pas nous laisser piéger par notre propre humilité. Celui qui crée sa startup doit penser conquête mondiale. C’est cette ambition là qu’il faut être capable d’écouter et de soutenir. Il ne faut pas s’interdire de voir loin et d’espérer. C’est ça la métaphore du WEF à Angers. Nous arrivons comme le type qui lance son idée dans son garage. L’échelle de compétition entre Angers et Shanghai est celle-là. La question est de savoir sur quoi nous pouvons miser.

Une entreprise phare de votre territoire, Eolane, très impliquée dans la cité des objets connectés à Angers, traverse une mauvaise passe. Comme vous réagissez à cette situation ?

La vie d’une entreprise n’est pas un long fleuve tranquille. Eolane a connu une croissance remarquable pendant des dizaines d’années. Elle emploie quelques 3 500 salariés, dont la moitié en France, avec des implantations en Europe de l’Est, en Chine ou encore en Tunisie. Aujourd’hui, elle affronte une situation compliquée avec une première année de pertes. De cette difficulté peut sortir un bien, puisqu’elle a trouvé le moyen de s’adosser à un partenaire financier, de conforter une stratégie qui continue de faire d’Angers le cœur de son business. C’est le lieu fort où elle va continuer à se développer, avec la réaffirmation du rôle stratégique de la cité des objets connectés. Pour des besoins de taille critique, elle ferme des usines pour en rapatrier la plupart des salariés sur son site à Angers. Mais il faut regarder le tableau général dans le territoire avec des sociétés qui naissent et celles qui se développent comme Evolis, leader des imprimantes de cartes à puce. La question est de savoir quelles vont être les Evolis de demain et d’après-demain. La société japonaise Faith, qui développe des solutions d’ambiance musicale pour les magasins, s’est implantée à Angers avec une équipe de 7 personnes. Elle a choisi Angers comme base pour partir à l’assaut du marché européen. Nous avons aussi une filiale de Parrot dans les drones agricoles avec 15 personnes. Et Bull, du groupe Atos, est en train d’ouvrir un labo de test de supercalculateurs de 15 personnes et d’un investissement de plusieurs millions d’euros.

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