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L'Usine Santé

Le virus Zika et la difficulté d'établir un lien entre insecticide et microcéphalie

Marine Protais

Publié le

Doit-on croire la thèse des médecins argentins établissant un lien entre microcéphalie et le pyriproxyfène, un insecticide utilisé pour lutter contre le moustique Aedes, vecteur du virus Zika ? Fabrice Chandre, entomologiste et membre du laboratoire Mivegec (maladies infectieuses et vecteurs) de l'IRD de Montpellier (Hérault) , explique pourquoi il est difficile de valider cette thèse.

L'Usine Nouvelle.- Le pyriproxyfène inhibe le développement des moustiques, peut-il avoir les mêmes effets sur l'Homme, comme le suggère le rapport du Dr Avila Vasquez ?

Fabrice Chandre.- Non, on ne peut pas établir de lien direct, tout simplement parce que l'Homme et le moustique n'ont pas le même mode de développement. Les humains, comme les autres vertébrés, grandissent de manière continue. Le moustique, comme les autres insectes, a une croissance discontinue. C’est-à-dire qu'il va passer par des mues successives à différents stades de sa vie, pour passer du stade de larve au stade de nymphe par exemple. Ces mues sont activées par deux hormones: l'ecdysone et l'hormone juvénile. Le pyriproxyfène est un insecticide qui mime l'action de l'hormone juvénile, et donc qui empêche le moustique de se métamorphoser normalement. Mais l'Homme n'a pas d'hormone juvénile, il n'est donc pas réceptif au pyriproxyfène. Toutefois, il faut tenir compte du rapport de ces médecins argentins, comme il faut toujours tenir compte de toutes réflexions scientifiques.

Cela signifie-t-il que l'on est certain qu'il soit sans danger ?

Le pyriproxyfène a été mis sur le marché il y a dix ans. Avant sa commercialisation, l'OMS a étudié sa toxicité sur des vertébrés: des rats et des lapins, proches génétiquement de l'Homme. Les études ont démontré qu'aux doses recommandées, il n'y avait pas ni effets mutagènes, ni effets reprotoxiques. Il faut des doses 100 000 fois supérieures à celles recommandées pour voir des effets toxiques, comme pour n'importe quel produit chimique. L'OMS a donc recommandé son utilisation sur les points d'eau où vivent les moustiques Aedes.

Nous ne pouvons pas être certains à 100% qu'il n'est pas toxique sur le long terme. Notamment parce que les rats n'ont pas la même longévité que les Hommes, donc il est difficile de mesurer les effets d'une exposition de long court. De plus, si le pyriproxyfène est peu toxique pour l'être humain, il l'est pour l'ensemble des insectes – pas seulement pour le moustique. Il est notamment très nocif pour les abeilles, c'est pour cela qu'il n'est pas utilisé en Polynésie où l'apiculture est importante. Le risque est démultiplié s'il est utilisé directement dans les réseaux d'eau potable au Brésil, comme le suggère le rapport des pédiatres argentins. Cette utilisation de l'insecticide n'est d'ailleurs pas préconisée par l'OMS.

Si le pyriproxyfène agit sur le développement du moustique, peut-il le faire muter et le rendre plus agressif ?

Les insectes en contact avec le pyriproxyfène peuvent devenir, par effet de sélection darwinienne, résistants à cet insecticide comme ce fut le cas pour le téméphos, précédemment utilisé pour lutter contre le moustique Aedes.

Pourquoi est-il si compliqué d'établir un lien entre Zika et les cas de microcéphalies ?

Zika n'est pas étudié depuis très longtemps. 80% des personnes infectées ne présentent pas de symptômes. Et il est présent dans des zones tropicales où existent des virus similaires. Mais le lien entre microcéphalie et Zika est suspecté parce que des médecins ont observé la présence du virus dans le tissu cérébral de fœtus. Des adultes infectés ont présenté des syndromes de Guillain-Barré. Les scientifiques soupçonnent donc le virus d'avoir une affiliation particulière avec le système nerveux. Les études épidémiologiques et l'analyse physiopathologique du virus permettront de prouver le lien entre Zika et microcéphalie. Mais on ne peut pas prouver ce lien en injectant le virus à des rats de laboratoires, car il est possible qu'ils ne réagissent pas de la même manière que l'Homme.

Propos reccueillis par Marine Protais

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1 commentaire

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18/02/2016 - 17h38 -

Une question qui me semble fondamentale:
Il y a eu une épidémie de Zika en Polynésie en 2013-2014.
Est-ce qu'il y a aussi eu une augmentation des cas de microcéphalie en Polynésie?
Si oui, pourquoi n'en a-t-on pas parlé?
Si non, pourquoi fait-on un lien en 2016 entre Zika et microcéphalie?
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