LE VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION CONDAMNE-T-IL AU DÉCLIN ÉCONOMIQUE ?

Le Conseil d'analyse économique publie un rapport intitulé " Démographie et Economie "

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OUI MICHEL GODET professeur au Cnam

" Cheveux gris et croissance
molle vont de pair "


Que le vieillissement d'une population annonce son déclin, l'histoire le rappelle. Alfred Sauvy citait les exemples de la Grèce, de Rome et de Venise. Aujourd'hui, on constate la même corrélation négative au Japon. Et si la croissance américaine a été supérieure de 1,5 % à celle de l'Europe alors que celles des PIB par tête sont proches, c'est surtout parce que la population des Etats-Unis continue d'augmenter alors que l'européenne stagne. En France, à partir de 2006, la population active va commencer à diminuer alors que le nombre des retraités va exploser. Cela va poser un grave problème financier. Sans doute va-t-on s'orienter vers un système de retraite à points incitant à travailler plus longtemps. Mais il y aura des blocages corporatistes qui coûteront cher. Sur les liens entre vieillissement et innovation, il faut être prudent. Mais si la créativité n'a pas d'âge, la faculté d'entreprendre est quand même l'apanage de la jeunesse et de la maturité. Cheveux gris et croissance molle vont de pair. Une société qui ne se reproduit pas a peu de chances d'être ouverte au changement et à l'extérieur. Conséquence dramatique du déclin démographique : il creuse l'écart entre les grandes métropoles, qui explosent, et les régions rurales, où l'on ferme des écoles pour ouvrir des maisons de retraite et agrandir les cimetières. Or, si les immigrés peuvent dans une certaine mesure combler les déficits démographiques, leur intégration se fera plus facilement si leurs enfants sont mêlés aux autres dans les mêmes écoles. Pour cela, il faut relancer la politique familiale. Et rendre compatible la maternité avec le travail.

NON
MICHEL AGLIETTA
professeur à l'Université de Paris-X Nanterre

" Nous pouvons préserver
notre niveau de vie "

Face au vieillissement de la population, nous ne somme pas condamnés au fatalisme, mais nous devons faire des choix. Le taux d'emploi à partir de 55 ans est faible en France (34 %) et en Italie (27 %), contre 58 % aux Etats-Unis et 63 % au Japon. Si l'on fait remonter ce taux de 14 points en dix ans pour les 15 à 64 ans, ce qui le mettrait au niveau des pays anglo-saxons, la croissance tendancielle serait de 3 % au lieu de 2 % et l'augmentation du poids des retraites dans le PIB réduite de moitié. Autre handicap français, la faible augmentation de la productivité du travail par tête : 1 % de 1996 à 2001, contre 3 % aux Etats-Unis, à cause de la faiblesse de l'investissement productif. Une hausse du taux d'emploi inciterait à un effort d'investissement qui améliorerait les perspectives de croissance. Comme dans les dix prochaines années les classes d'âge qui épargnent beaucoup seront encore nombreuses, cet effort pourrait être financé sans forte augmentation du taux d'intérêt. Il existe donc des solutions pour que le vieillissement ne menace pas notre niveau de vie. Mais le financement des dépenses sociales en forte hausse (retraites et santé) ne se fera pas aisément. A long terme, l'augmentation irréversible du poids des retraités avec l'allongement de la durée de vie implique un choix de répartition entre les générations. Ce choix s'inscrit dans l'hypothèse de la transition démographique où la population converge vers un état stationnaire assurant son renouvellement. A cet égard, la position de la France est relativement satisfaisante.

Propos recueillis par Jean Meilhaud

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