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Le vagabond des étoiles

Guillaume Dessaix

Publié le

Le vagabond des étoiles
Forçat de la manufacture prenant le large.
© DR.

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

Les dernières étoiles prennent leur temps pour ranger leur habit, alors que le jour se pose déjà sur la baie. Jack interrompt sa marche et sa lecture. Il observe au loin les premiers voiliers danser sous le Golden Gate rougi par les feux du soleil naissant. Ce pont est pour lui comme une barrière à franchir, une ligne de départ vers l’ancien monde, celui du Pacifique et de l’Asie. Pour l’heure, il reprend son pas vers sa prison quotidienne qu’est la conserverie Hickmott.

Le turbineur de quinze ans travaille pour nourrir sa famille, toujours dans l’excès. Pour 10 cents de l’heure, il s’épuise sur une machine vers laquelle les boîtes de saumon défilent et le temps s’allonge. Au bas mot dix heures par jour, souvent le double. Jack quitte l’usine après minuit, sans répit pour lire ou rêver de lointain. Comme l’alcool, la mer le charme. Il emprunte 300 dollars à sa nourrice et achète un sloop pour naviguer dès le dimanche venu. Comme les autres, il pille les parcs à huîtres avant de rejoindre la police maritime et de traquer les forbans dans leurs coquilles de noix. Il part chasser les phoques dans les mers de Béring et du Japon. Première liberté avant de revenir à Oakland en 1894, où il retrouve sa famille ruinée. Le turbin s’impose et avec lui la volonté de progresser socialement. Embauché à la centrale électrique du chemin de fer, il pellete du charbon pendant 13 heures, pour un dollar quotidien et un seul jour de congé par mois. Un travail de bête en somme, loin de la promesse d’un nouveau métier. Jack apprend qu’il fait le boulot de deux manœuvres, payés chacun 40 dollars mensuels avant d’être virés. L’un a préféré se donner la mort. Blessé mais bourré d’orgueil, il purge sa peine dans ce bagne plusieurs mois encore, avant de tout lâcher. Abusé, abîmé, il part traîner ses guêtres auprès des chômeurs qui défilent.

"Je ne gâcherai pas mes jours à tenter de prolonger ma vie. Je veux brûler tout mon temps." Jack London devient couche-dehors, humaniste socialiste, loup de mer, chercheur d’or et homme de lettres. Il comprend que personne ne choisit d’être sans-travail ou va-nu-pieds. À jamais trimardeur, à toujours nourrir les étoiles vagabondes. 

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