"Le train de l’industrie montrera aux jeunes qu’elle propose des métiers passionnants et bien payés", selon Arnaud Montebourg

Le 19 mars prochain s’ébranlera le train de l’industrie et de l’innovation qui fera étape dans 19 villes pour promouvoir les métiers et les emplois de ce secteur. Cette initiative est soutenue par le ministre du Redressement productif qui en profite pour détailler sa méthode en matière de politique industrielle. Ni plan tombé d’en haut, ni laissez-faire, il vante ce qu’il appelle un "colbertisme participatif".

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L'Usine Nouvelle - Une semaine par an pour l’industrie, est-ce suffisant ?

Arnaud Montebourg - C’est toute l’année qu’il faudrait en parler, car l’industrie est une grande cause nationale ! La renaissance industrielle de notre pays a été placée au cœur du débat public par le gouvernement, à travers le rapport de Louis Gallois. Elle est au sommet des préoccupations dans les arbitrages et les décisions prises. Ainsi en est-il du pacte de compétitivité et du crédit d’impôt compétitivité emploi qui consiste à mettre 20 milliards sur la table pour alléger les coûts des entreprises. L’effort est historique. De même, le crédit d’impôt recherche a été sanctuarisé par François Hollande, après avoir été inventé par Jean-Pierre Chevènement et amplifié par Nicolas Sarkozy. C’est une mesure d’unité nationale.

Qu’avez-vous appris depuis que vous êtes ministre ?

J’apprends tous les jours, en allant dans les usines, les ateliers, aux côtés des ouvriers, des patrons et de tous ceux qui se battent pour le renouveau industriel. J’ai la chance d’apprendre en étant passionné par ce que je fais, tant l’ambition de voir renaître une industrie forte en France m’est chevillée au corps. Nous travaillons sur les politiques de filière. Le nom peut sembler barbare, mais c’est essentiel. Il s’agit d’organiser l’entraide, l’entente et la solidarité financière entre les entreprises d’un secteur.

Que faites-vous pour renforcer la collaboration entre les entreprises ?

Nous réunissons les entreprises pour fixer des caps, des orientations technologiques. Dans l’automobile, par exemple, nous avons fait le choix du moteur deux litres aux cent kilomètres. Pour la première fois dans l’histoire française de l’automobile, deux constructeurs et quatre équipementiers se sont unis pour bâtir une vision partagée de l’avenir technologique du secteur. C’est ainsi que nous travaillons avec eux sur la voiture automatique sans chauffeur. Je pourrais aussi prendre l’exemple du TGV du futur avec un moteur dans les roues, qui augmentera la productivité des rames, ou celui de la chimie où nous souhaitons arriver rapidement au biodégradable 100 % made in France.

Mais qui fait ce choix ? Le ministre ? Est-ce là son rôle ?

Je pratique le "colbertisme participatif". Cet oxymore désigne une méthode inspirée par Colbert qui donne à l’État son leadership. Mais nos méthodes ne sont pas d’essence monarchique. Nous travaillons avec les professionnels. Si leurs propositions ne sont pas assez ambitieuses, nous leur demandons de retravailler, jusqu’à ce que nous trouvions un accord.

À l’heure des économies budgétaires, avez-vous les moyens de vos ambitions ?

Nous avons au moins trois sources de financement : il reste 7 milliards du grand emprunt, nous venons de créer la Banque publique d’investissement, qui sera un outil essentiel, et nous pouvons drainer l’épargne des Français, l’un de nos atouts dans la mondialisation. Enfin, nous maintenons et nous amplifions les pôles de compétitivité. Je ne peux donc pas laisser dire que nous n’avons pas les moyens de notre politique. En outre, certaines mesures non coûteuses ont des effets, comme la réforme de la commande publique. En créant un poste de médiateur de la commande publique, que j’ai confié à Jean-Lou Blachié, qui est par ailleurs vice-président de la CGPME, je veux aider les petites entreprises et le made in France.

Vous avez dénoncé avec fracas certains industriels. Mais pourquoi n’avez-vous pas vanté, dès votre arrivée, les vertus du consensus public-privé ?

Je tenais déjà ce discours quand j’étais député dans l’opposition. Dans mon livre "Des idées et des rêves", je défendais le renouveau productif. J’évoquais la nécessaire alliance des producteurs, des travailleurs, des créateurs et même des consommateurs. Il y avait aussi un chapitre sur la démondialisation. Ce que je fais avec le made in France, c’est de la démondialisation. Je défends dans l’industrie les circuits courts qui privilégient la proximité entre les lieux de production et les lieux de consommation. Je ne vois que de la cohérence. En quoi me serais-je fourvoyé ? En adressant des reproches à quelques actionnaires, aussi célèbres soient-ils, qui ont fait des erreurs ? Que je sache, il n’y a pas d’infaillibilité actionnariale. J’adresse aussi des reproches aux syndicats. Ce qui compte, c’est de se parler franchement, d’avancer et de s’unir. Mon travail, c’est d’en finir avec le laisser-faire et le modèle libéral financier. L’intérêt industriel redevient premier.

Que préconisez-vous pour les secteurs qui connaissent des surcapacités ?

Il faut encourager la reconversion et maintenir les outils de production quand c’est possible. Surtout quand la surcapacité est temporaire. Qu’ont fait les Allemands quand ils en ont eu ? Du chômage partiel. Et une fois la demande repartie, ils étaient prêts. Maintenant ils exportent. Nous avons fait le contraire depuis vingt ans. Pour quels résultats ? Une désindustrialisation généralisée. Je me réjouis donc de la signature de l’accord de sécurisation et de maintien de l’emploi. Ce sera un outil pour lutter enfin contre la préférence française pour le licenciement et le démantèlement.

Comment pouvez-vous contribuer à la création d’emplois ?

Le nucléaire, l’aéronautique et la chimie recrutent des jeunes. Avec le ministère de la Formation professionnelle, nous cherchons à créer des passerelles des filières déclinantes vers celles qui embauchent. Pour cela, il faut trouver des dispositifs de formation et inciter à la mobilité.

L’industrie ne fait malheureusement plus rêver les jeunes. Que pouvez-vous faire pour la rendre plus attractive ?

Je veux conjurer l’idée défendue par des dirigeants d’une France sans usines, et stylisée par Michel Houellebecq dans son roman "La Carte et le territoire" qui imagine un pays transformé en vaste "hotel, resort and spa". Un pays qui ne produit plus ne peut financer ni son modèle social, ni sa défense, ni son influence diplomatique et culturelle. J’ai créé les réunions mensuelles consacrées aux objets de la nouvelle France industrielle. Je veux faire savoir qu’il y a chez nous des technologues, des ingénieurs, des entrepreneurs… Certains d’entre eux seront dans les grandes entreprises de demain. Ils sont les hérauts des temps actuels. Le Train de l’industrie montrera aux jeunes qu’elle propose des métiers passionnants, bien payés, avec de bonnes retraites, puisqu’ils défilent pour défendre leur retraite maintenant. Pendant la Semaine de l’industrie, on ouvre les portes des entreprises partout sur le territoire. Le train, lui, va rapprocher les entreprises des gens.

Qui a eu l’idée de la dénomination de votre ministère ?

Le président de la République ! Il était inspiré, je crois, par Franklin Roosevelt et son National industrial recovering act. Je pensais que redressement industriel était plus accessible. François Hollande m’a répondu que redressement productif était plus large. Je ne pouvais qu’accepter une mission aussi ambitieuse.

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche, Christophe Bys et Pascal Gateaud

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