Le torchon brûle chez ERDF et GRDF

Les syndicats ont-ils été dépassés par la base ? Plutôt habitués à des coupures d'électricité chez des députés qu'à des coupures sauvages, ils s'insurgent contre des interpellations de salariés d'ERDF et GRDF.

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Le torchon brûle chez ERDF et GRDF

La polémique enfle. Jeudi dernier, une quarantaine d'agents de GRDF et d'ERDF ont été interpellées après des dégradations dans des locaux du patronat du gaz à Paris, en marge d'une manifestation à l'appel de SUD et de la CGT. De quoi jeter de l'huile sur le feu de la colère des salariés, alors que se prépare une journée de mobilisation nationale demain mardi.

Selon la police, les salariés avaient commis jeudi des dégradations dans les bureaux de l'Association française de gaz (AFG). Cette dernière regroupe les grandes entreprises du secteur du gaz, et se trouve hébergée au siège de l'Union nationale des employeurs des industries gazières (Unemig). Au compteur, des bureaux, une salle de réunion abimés, des dégâts d'ordinateurs et de mobiliers constatés. Les responsables du 62, rue de Courcelles ont alors déposé trois plaintes, l'une pour "dégradations volontaires", la seconde pour "violences", la troisième pour "menaces".

Parmi les personnes interpellées figurent les principaux responsables des syndicats CGT de l'énergie en Ile-de-France, a indiqué la CGT dans un communiqué. La Fédération Sud-Energie fait état de "74 agents d'ERDF-GRDF, qui s'apprêtaient à tenir une assemblée du personnel", affirmant que certains "ont été embarqués par la police, sous un prétexte inconnu". "Après la multiplication des procédures disciplinaires, puis des procès en référés pour grève illégale, la force est une nouvelle fois la seule réponse donnée" par le patronat "à la mobilisation de milliers de salariés de nos entreprises, en grève depuis presque sept semaines pour certains (notamment en Ile-de-France)", ajoute le syndicat.

Au tribunal, la grève. C'est que le conflit semble se judiciariser depuis que des salariés, pas forcément syndiqués, ont pris l'initiative d'exprimer leurs revendications via des coupures d'électricité et de gaz sauvages. Les agents de GRDF et ERDF, filiales de distribution d'EDF et GDF, protestent depuis la fin mars, observant des arrêts de travail sporadiques et procédant à des coupures de courant chez les abonnés ou des opérations "heures creuses" pour réclamer des hausses de salaire de 5 %, une prime de 1 500 euros ainsi que l'arrêt de projets d'externalisation d'emplois. Selon les directions des deux groupes, le salaire médian est de 1.933 euros mensuel brut hors prime, sur 13 mois pour les ouvriers. Le 16 avril, 66.500 clients ont été privés d'électricité "à un moment ou un autre de la journée" et 9.160 foyers de gaz, ont indiqué les deux entreprises. Le 23 avril, trois millions de clients ont bénéficié de tarifs d'électricité heures creuses, offerts par la CGT. Le parquet de Paris a ouvert une enquête au sujet de ces coupures de gaz.

Les sous-jacents. La faute à la perte de repère, pointent Les Echos, alors que le secteur a enchaîné les bouleversements : privatisation partielle d'EDF, fusion de GDF et Suez, filialisation des activités de distribution, réforme des retraites, ouverture du marché à la concurrence... Sur fonds de polémiques soulevées par l'attribution de stock-options aux dirigeants de GDF, qui y ont renoncé depuis, les grèves ont débuté le 23 mars chez Storengy, filiale de stockage souterrain du gaz, où une prime de 1.300 euros a été accordée dès le 26 mars. Les agents GDF des ports méthaniers ont décroché la même prime le 30 mars. La contestation s'est étendue le 28 mars aux stations de compression du gaz, où une hausse de salaire de 4,6% a été concédée après une grève-éclair.

Les agents de la distribution, une partie des 46.000 salariés d'ErDF et GrDF, ont pris le relais le 1er avril en occupant le poste de Concorde, qui alimente en gaz la moitié de Paris. Le lendemain, 400 d'entre eux manifestaient devant le siège d'ErDF-GrDF. La direction signalait alors les premières coupures de gaz et d'électricité.

Les négociations se sont achevées le 25 avril, sur une proposition d'augmentation de salaires de 2,3%, en moyenne, garantie aux salariés percevant moins de 1.750 euros brut mensuel. Une prime de 450 euros doit aussi être versée à tous les salariés si un nouvel accord d'entreprise sur l'intéressement est signé d'ici le 20 mai par des syndicats pesant 30% des voix aux élections professionnelles. Les deux seuls signataires jusqu'ici, CFDT et CGC, représentent moins de 30%.

Un conflit qui a pris de court les directions syndicales, alors que les élections au conseil d'administration d'EDF ont lieu en ce moment et s'achèvent demain. Un conflit qui suscite également la critique : l'énergie n'est pas autant à plaindre que l'automobile sinistrée, dénoncent certains.

A.L. avec agences



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