Le TGV d’essai roulait trop vite quand il a déraillé

Le rapport d’enquête immédiate commandé par la SNCF à propos de l’accident d’Eckwersheim (Bas-Rhin) est impitoyable. L’erreur humaine est incontestable. Un freinage tardif est la cause unique de ce déraillement.

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La rame d'essai le 26 octobre 2015- Crédits @MarcMatheySNCF

Ce jeudi 19 novembre, tous habillés de noir, les membres du Comité exécutif écoutaient attentivement Christian Cochet, le directeur général des audits et risques à la SNCF, qui détaillait devant la presse les premières conclusions de l'enquête de la direction des audits de sécurité de SNCF. Après le rappel des règles pour les essais et avoir bien précisé qu’une telle situation ne peut arriver lorsque les trains sont en service, - les systèmes de sécurité sont désactivés pour les essais afin de rouler plus vite qu’en vitesse commerciale - il a asséné deux coup de massue coup sur coup.

D’une part, quand il a annoncé que l’origine de l’accident d’Eckwersheim (Bas-Rhin), qui a coûté la vie à 11 personnes, était "une séquence de freinage tardive", et, d’autre part, en indiquant que le train n°914521 roulait à 265 km/h, quand il a abordé la portion de raccordement entre la LGV et la ligne classique au lieu de 176 km/h. Au moment de dérailler, il roulait encore à 243 km/h.

Dix secondes d’inattention

Ces conclusions sont catastrophiques pour les deux conducteurs et notamment celui qui a soutenu mordicus qu’il roulait à la vitesse autorisée. Les sanctions seront impitoyables et la mise en examen du principal responsable ne fait aucun doute.
En analysant la courbe de vitesse sur ces derniers kilomètres, tout indique que le conducteur a été perturbé. Il a passé normalement le premier palier qui exigeait de réduire la vitesse de la rame de plus de 350 km/h à 330 km/h. Puis, il a oublié de freiner pour décélérer fortement.

Un kilomètre de retard et 10 secondes d’inattention encore inexpliquées. La présence de 7 personnes dans la cabine de pilotage laisse entendre que cette dernière séance d’essai avant l'ouverture prévue du prolongement de cette ligne à grande vitesse en avril prochain était un peu festive...

Un trône vacillant

Si aucune défaillance technique sur l’infrastructure et le matériel roulant n’a été décelée, c’est toute la SNCF qui est ébranlée par ce coup du sort, deux ans après le dramatique accident de Brétigny-sur-Orge (Essonne). Pour certains, la SNCF n’est plus gouvernée. Les écarts sur la maintenance et les règles de sécurité confirment des failles béantes.

Et il n’est pas difficile d’imaginer la réaction des pouvoirs publics après un tel accident, s’ils n’étaient pas totalement mobilisés par les suites des attentats barbares de la semaine dernière. Le trône du président Guillaume Pepy est vacillant mais il tient toujours. Des procédures disciplinaires vont être engagées et "conduiront, dès que l'enquête le permettra, aux sanctions justifiées", a prévenu Guillaume Pepy. "Au vu de la gravité exceptionnelle et du bilan humain très lourd, des suspensions conservatoires vont être décidées, après audition des intéressés et de leur chaine managériale", a ajouté la direction de la SNCF.

Tous les essais sont arrêtés sur les lignes LGV jusqu’à la conclusion de l'enquête. Un comité d’expertise a été confié à André Claude Lacoste, ancien patron de l'Autorité de sûreté nucléaire, pour approfondir l’enquête et mener une mission de six mois pour revoir les procédures et leur application dans le cadre des essais. Cela ne sera pas de trop...
Olivier Cognasse

Rapport Denquete Deraillement Rame Dessai 814521 Sur Le Raccordement de La Lgv Ee Le 14 Novembre 2015 by L'Usine Nouvelle

1 Commentaire

Le TGV d’essai roulait trop vite quand il a déraillé

Jm1948
29/11/2015 11h:20

On ne parle que de vitesse. Mais on ne dit jamais pourquoi ce TGV a roulé à droite, donc sur la voie Strabourg-Paris et non Paris-Strasbourg, alors que les trains roulent à gauche. Qui peut me l'expliquer ?

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