Le temps de travail, le réel et le perçu

En France plus que chez ses voisins, parler de durée du travail réel sans évoquer la durée du travail perçue serait une erreur. Les suicides chez France Telecom ou la flambée des arrêts-maladie montrent bien qu'un mal-être s’est sournoisement glissé dans nos entreprises ces dernières années.

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Le temps de travail, le réel et le perçu
Provocation pour les uns, révélation pour les autres. La dernière étude parue sur le temps de travail en France suscite la polémique. Elle révèle, grâce à un nouveau mode de traitement des données, que la durée du travail en France a fortement baissé entre 1999 et 2010 (271 heures pour les salariés à temps complet) mais surtout qu'elle serait très inférieure à celle de ses voisins. Nous travaillerions 224 heures de moins que les Allemands par exemple.
Commise par l'institut COE-Rexecode réputé proche du patronat (medef, GFI...), l'étude relance la polémique autour des 35 heures. L'Institut, dans sa note, pointe d'ailleurs très clairement du doigt cette réforme des années 1998-2000 pour expliquer ce décrochage. Elle apporte au passage de nouveaux éléments pour comprendre le déficit de compétitivité français.
Tout cela est intéressant mais l'on reste tout de même un peu interrogatif face à cette "nouvelle donne" contestée d'ailleurs par d'autres instituts à commencer par l'Insee. Non pas que les résultats soient discutables : les économistes de COE-Rexecode ont bien fait leur travail. Mais leur base de calcul a été élargie en intégrant les personnes en congé et celles en arrêt-maladie. Dans leur commentaire, ce dernier point est noté comme une précision méthodologique mais il mériterait d'être creusé. Combien de personnes ont déclaré être malades ? Depuis combien de temps ? Pour quelles raisons ? Répondre à ces questions aurait permis d'apporter plus de profondeurs à cette analyse et de faire avancer la réflexion plus que la polémique à quelques jours du sommet social du 18 janvier.
Hors-sujet ? Pas sûr. En France plus que chez ses voisins, parler de durée du travail réel sans évoquer la durée du travail perçue serait une erreur. Les suicides chez France Telecom ou la flambée des arrêts-maladie montrent bien qu'un mal-être s’est sournoisement glissé dans nos entreprises ces dernières années. Si elles ne peuvent être accusées de cette dégradation, les 35 heures y ont leur part. Elles ont intensifié le contenu d'une journée de travail. Mais, pour être juste, il faudrait aussi évoquer nos particularités culturelles. Le temps de présence par exemple : quand partir après 17h en Allemagne est perçu comme de l'incompétence, en France, c'est de la motivation. On pourrait aussi parler organisations : encore très hiérarchisées, basées sur un modèle inspiré du vieux schéma ouvrier-contremaitre, elles se révèlent anachroniques et inadaptées à l'heure des réseaux sociaux.
Plus qu’une durée qui se dégrade, ce que révèle l'étude du COE-Rexecode en creux c’est une sclérose du travail en France. Depuis les années 2000 et les ruptures induites par le raz-de-marée numérique, elle n'a pas su évoluer, ou trop peu, notamment à cause de réglementations et de lois trop rigides. Pour développer l'emploi (puisque c'est ce que nous souhaitons tous) et introduire plus de flexibilités, l'étude suggère d'ailleurs une voie : celle des ajustements spontanés, sur le terrain, au plus près des réalités. Elles sont presque toujours plus efficaces que les injonctions venues de Paris, des centrales syndicales ou des ministères. A méditer à la veille du sommet social national…

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