"Le télétravail réduit les divorces et l’absentéisme", rappelle le sociologue Philippe Planterose

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Entretien Pionnier de la promotion du travail à distance, Philippe Planterose, sociologue du travail, est aussi président de l’association française du télétravail et des téléactivités (AFTT). Il publie aux éditions Eyrolles Télétravail, "Travailler en vivant mieux". Dans l’interview qu’il nous accorde, il revient sur les atouts de cette organisation du travail et sur les moyens pour en faire un levier de performances.

Le télétravail réduit les divorces et l’absentéisme, rappelle le sociologue Philippe Planterose © Printemps Numérique

L’Usine Nouvelle - Où en est-on aujourd’hui en matière de télétravail en France ? Qu’en est-il du retard souvent évoqué en la matière ?

Phillipe Planterose - Longtemps, le télétravail, défini comme la possibilité de travailler à distance, en se connectant au serveur de l’entreprise, a été peu développé en France. Beaucoup de gens télétravaillaient au noir, c’est-à-dire en dehors d’un cadre légal. Toutefois, la situation a évolué. Aujourd’hui, les derniers sondages indiquent que 17 à 20 % des salariés travaillent à distance. C’est un bon résultat.

Quelles modifications managériales implique le télétravail ?

Pour qu’il soit vraiment opérant, mieux vaut travailler par objectif et par processus, plutôt qu’avoir un management au fil de l’eau, où les tâches sont traitées à mesures qu’elles arrivent. Beaucoup d’entreprises de travail intellectuel fonctionnent de cette façon, sans aucun processus pré-établi. On y traite la charge de travail à la journée, réagissant immédiatement. Dans ce type d’organisations, le télétravail est plus complexe à faire fonctionner. 

Le management par processus n’est pas encore généralisé en France. Certains cadres, dont la formation initiale remonte à avant les années 2000, ne s’y sont pas encore mis. Cela peut être compliqué pour eux. Mettre en place le télétravail exige des salariés autonomes et des managers qui reconnaissent l’autonomie. Car le rôle du N+1 doit changer : il doit considérer le collaborateur comme son premier client, auquel il apporte des ressources pour être autonome. Le N+1 n’est plus un censeur en chef, un commandant qui donne des ordres mais un entraîneur d’équipe.

Les salariés sont-ils toujours demandeurs de télétravail ? Quels avantages y trouvent-ils  ?

Le télétravail réduit le temps de transport. En conséquence, le salarié est en meilleure forme pour travailler, car il subit moins de fatigue et moins de stress. Les études montrent qu’à l’inverse un indépendant qui travaille depuis son domicile a intérêt à passer du temps à travailler en dehors de son domicile pour être plus efficace. C’est l’alternance qui est bénéfique.  

Y’a-t-il une durée optimale pour le télétravail ?

Le télétravail déploie tous ces effets positifs quand le salarié passe la moitié du temps dans son entreprise et l’autre moitié à distance. Aux Etats-Unis, où de nombreuses études ont été réalisées sur le sujet, il a été établi que cette forme d’organisation du travail a des effets inattendus. Elle réduit le nombre de divorces et l’absentéisme, améliore la santé au travail des salariés, favorise la réussite scolaire de leurs enfants.

N’y a-t-il aucun risque ?

Tout dépend de la manière dont il est mis en place. Tous ces effets bénéfiques pour le salarié, et, j’insiste, pour l’entreprise qui profite de salariés qui vivent mieux, sont réduits si on met en place une surveillance idiote des faits et gestes, si on installe des mouchards qui observent le salarié. Le télétravail demande qu’on vérifie les résultats pas qu’on contrôle la personne. Pour dire les choses autrement, oui, le télétravail peut-être l’instrument de l’imbécilité.   

N’est-ce pas fondamentalement une préoccupation de bobos qui travaillent dans les agglomérations ?

Vous plaisantez ? Les problèmes de transport ne sont pas limités à l’Ile-de-France et à quelques grandes métropoles régionales. Selon l’Insee, le trajet moyen de travail est de 25,9 kilomètres. Et en milieu rural, le temps de transport moyen pour aller travailler est de 40 minutes. Je vais régulièrement dans la Drôme et je peux vous assurer que le matin les routes pour rejoindre Valence ne sont pas vides. La question du temps de transport est généralisée et concerne un grand nombre de personnes. Le télétravail est une question qui renvoie aux paradigmes de l’organisation du travail. Travailler autrement, travailler mieux en étant mieux, ce n’est pas un problème de bobos.

Dans l’industrie, certaines personnes sont postées. Comment faire pour que certains acceptent le télétravail des autres sachant qu’ils n’en bénéficieront pas ?

Généralement, les personnes qui sont obligées de venir sont conscients des contraintes. Ils savent bien qu’on ne le fait pas pour les embêter, pour les punir. Ils ne sont donc pas opposés à ceux qui télétravaillent. D’ailleurs, dans n’importe quelle entreprise, les salariés savent que les commerciaux sont nomades. Ça n’a jamais posé de problèmes.

Ensuite, le télétravail ce n’est pas l’auto-organisation. Si on a besoin de voir quelqu’un on doit savoir que c’est son jour de télétravail. De même, il faut prévoir les horaires auxquels la personne est joignable. Réciproquement, le manager et les autres salairés doivent s’interdire d’appeler le salarié en dehors de ces heures. Le télétravail doit être organisé. Dans les entreprises de plus de 50 salariés, un accord collectif doit être signé. Idem pour l’avenant au contrat de travail qui précise les conditions du télétravail.

De plus en plus de travail se fait en groupe, dans des réunions. Ce qui est gagné en efficacité individuelle n’est-il pas perdu dans le travail collectif ?

En étant présent deux ou trois jours sur le lieu de travail, on peut toujours faire des réunions. En outre, il existe de nombreux outils pour se réunir à distance, notamment la téléconférence. Aujourd’hui, il est même possible de travailler simultanément sur le même document sans jamais se voir. C’est le quotidien des salariés travaillant dans les entreprises qui ont plusieurs sites, en France ou dans le monde.

Aujourd’hui, tous les outils sont disponibles pour que le télétravail se développe dans de bonnes conditions. Je ne vois qu’un seul bémol : pour les petites entreprises qui n’ont pas l’informatique en interne, mais les nouvelles solutions qui se développent leur offrent des perspectives intéressantes.

Christophe Bys

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