Economie

"Le télétravail est plus une affaire d'accompagnement psychologique que de logistique technique", Thibaut Champey (Dropbox France)

Christophe Bys , ,

Publié le

Entretien Comment s'adapte-t-on au télétravail total dans une entreprise comme Dropbox, qui développe des solutions à même de faciliter le travail à distance ? Nous l'avons demandé à Thibaut Champey, directeur général France. De l'importance de garder des rituels et de ne pas croire que télétravailler est facile et immédiat. Il importe de ne pas oublier la dimension psychologique.

[Le conseil RH du jour] Le télétravail est plus une affaire d'accompagnement psychologique que de logistique technique
Chez Dropbox, chacun remplit son mode d'emploi pour que les autres connaissent les habitudes de travail des uns et des autres.
© Dropbox DR

L’Usine Nouvelle.- Comment allez-vous faire avec le Covid-19 pour travailler ?

Thibaut Champey.- Tous les salariés de l’entreprise dans le monde sont passés en mode remote et ce jusqu’au 13 avril, pour le moment. Pour cela, nous bénéficions d’un environnement avec des outils numériques, à commencer par Dropbox évidemment mais aussi Zoom ou Paper. Chez Dropbox nous avons une bonne culture du télétravail depuis longtemps. Chacun est libre de travailler d’où il veut, quand il veut.

La spécificité du moment est que tout le monde - c’est-à-dire vos 2 900 employés à travers le monde - va devoir télétravailler en même temps. Quelles mesures managériales allez-vous prendre pour que cela se passe le mieux possible ?

Le télétravail général n’est pas notre mode de fonctionnement habituel. En étant à distance, il faut garder certaines habitudes, certains rituels. Ainsi, nous encourageons les salariés à faire par équipe des pauses café virtuelles, ces moments où on parle de tout et de rien. C’est important. Vendredi 13 mars on a beaucoup parlé de l’organisation des uns et des autres pour s’occuper des enfants avec la fermeture des écoles… Mais c’est super important de garder ces moments d’échange libre.

Nous sommes très flexibles sur les horaires de travail et sur la façon dont les gens vont travailler. Si certains prennent deux heures pour s’occuper de leurs enfants le matin et commencent plus tôt et/ou terminent plus tard, pourquoi pas ? Nous travaillons à donner des jours en plus pour les parents d’enfants en bas âge.

Avez-vous d’autres rituels, mis en place d’autres mesures ?

Toutes les semaines, on organisait déjà des ateliers sur le travail à distance, où notre équipe learning et development venait nous dire ce qui marchait ou pas, donnait des idées pour améliorer l’efficacité du télétravail.

Chez Dropbox, chaque employé remplit un document, ‘Work With Me’ dans lequel il explique son mode d’emploi en quelque sorte, les règles à suivre pour bien travailler avec lui. C’est dans la culture de l’entreprise, chacun remplit un doc où il expose ce qu’il aime, ce qu’il n’aime pas. Par exemple, une personne va dire « je suis quelqu’un qui travaille mieux le matin de 9 h à 11 h en étant isolé ». Après en avoir pris connaissance, les autres vont éviter de le contacter à cette heure-là. Dans les circonstances actuelles, certains vont mettre à jour ce « mode d’emploi » en précisant par exemple que tel jour à telle heure, ils sont avec leurs enfants. C’est important de savoir que si on se définit un temps off, il sera respecté par les autres, ça réduit le stress.

Les outils numériques sont-ils importants pour bien travailler ?

Je ne vais pas vous dire le contraire. Dropbox est une plate-forme collaborative autour du contenu et nous offre un outil collaboratif très adapté pour le travail à distance, et il y a aussi Dropbox Paper qu’on utilise plus que jamais dans la situation actuelle. Zoom nous sert pour les communications parce que tout le monde a des ordinateurs portables avec des caméras. C’est très important car cela participe au lien social. Là encore nous sommes dans une situation un peu particulière car nous sommes familiers de ces outils. La semaine dernière, nous avons eu une réunion internationale à 500 via Zoom.

Quels conseils donnez-vous aux salariés en télétravail plus généralement ?

Un des dangers du télétravail total est l’isolement et l’enfermement. Nous conseillons à tout le monde de faire des breaks, d’avoir une vie sociale même virtuelle. Nous devons aussi faire attention à la situation de chaque pays. Quand on appelle quelqu’un en Italie, on sait que le confinement est important.

Nous invitons nos salariés à garder un équilibre le plus possible, de ne pas se retrouver enfermer dans le travail. Nous invitons nos managers à être attentifs à cela.

Comment font-ils ?

Nous leur demandons plusieurs choses : garder le contact au jour le jour avec leur équipe, d’organiser des points réguliers, au moins deux fois par semaine. Parallèlement, nous avons invité tous nos salariés à ne pas hésiter à nous contacter si quelque chose ne va pas, ne pas hésiter à nous prévenir. Au bout d’une semaine en télétravail, les liens sociaux changent. Il faut pas laisser des situations difficiles s’installer.

Si vous n’aviez qu’un seul conseil à donner à un manager d’une entreprise qui n’a pas l’habitude de télétravailler, quel serait-il ?

Accompagner les gens. Le télétravail ce n’est pas dire « voici ton ordinateur portable, rentre chez toi et travaille comme d’habitude ». Le télétravail est un mode d’organisation du travail qu’il ne faut pas prendre à la légère du tout, surtout pour des gens qui n’y ont pas été habitués, ceux qui ont un manager très contrôlant par exemple. Il y a tout une logistique technique à mettre en place, mais aussi un accompagnement psychologique au moins aussi, voire plus important encore.

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