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"Le surprésentéisme fait courir un danger aux salariés et aux entreprises" explique Denis Monneuse

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Après avoir travaillé sur l’absentéisme, Denis Monneuse, enseignant-chercheur à l’institut d’administration des entreprises de Paris et expert auprès de l’Institut de l’entreprise, s’intéresse au surprésentéisme auquel il consacre un ouvrage aux éditions De Boeck. Pour lui, certains salariés viennent travailler alors que leur état de santé ne le permet pas. Ce phénomène se développerait pour plusieurs raisons et met en danger la santé des salariés et nuit à la performance de l’entreprise. 

Le surprésentéisme fait courir un danger aux salariés et aux entreprises explique Denis Monneuse © Héléna Mitouard

L’Usine nouvelle - Comment expliquez-vous que la question de l’absentéisme soit très présente dans les débats publics, avec cette idée que tous les arrêts maladie ne sont pas mérités ?

Denis Monneuse - Dans l’inconscient collectif, chacun a l’impression que les autres s’arrêtent au moindre prétexte. Plusieurs études le prouvent. Quand on interroge les personnes sur l’absentéisme, on note qu’ils sous-estiment le nombre de jour où ils ont été absents et, à l’inverse, surestiment la situation de leurs collègues. Cela explique, pour une large part, ces discours sur la fraude, les abus. Il faut ajouter que cette vision arrange bien souvent les entreprises : si telle est la situation, cela veut dire qu’elles ne sont pas responsables de l’absentéisme. Quand je rencontre dans mes activités des responsables RH, j’entends des phrases toutes faites comme  "les gens ont perdu le sens de la valeur travail" ou "les jeunes ne veulent plus travailler". Ce genre de formules est très pratique, car cela évite de se remettre en cause.

Comment définissez-vous le surprésentéisme ?

On parle de surprésentéisme quand une personne déclare être venu travailler au moins une fois dans l’année, alors que son état de santé aurait nécessité un arrêt maladie. On peut estimer le taux de surprésentéisme en France à 55 %.

Qu’est-ce qui vous a conduit à travailler sur ce sujet ?

Depuis huit ans, je travaille sur l’absentéisme sur le lieu de travail. On me parlait régulièrement de personnes malades qui venaient malgré tout travailler. Or, j’ai constaté que, contrairement aux pays anglo-saxons, il n’y avait quasiment rien sur le sujet en France. Or, à mesure que mon enquête progressait, j’ai réalisé l’ampleur du phénomène. Par exemple, il était très facile de trouver des témoins. Ceux que je rencontrais me renvoyaient vers d’autres personnes. 

Quelles raisons expliquent qu’une personne malade vient malgré tout travailler ?

Les raisons sont multiples. Par exemple, les pathologies mentales sont très présentes dans le surprésentéisme, car les personnes concernées ont peur d’être mal vues.

Dans votre livre, vous insistez aussi sur le poids du groupe, ses valeurs. Quelle influence a-t-il ?

Il faut distinguer deux niveaux : le collectif de travail et la culture d’entreprise. Dans une équipe, si les absents ne sont pas remplacés, un arrêt maladie se traduit par une surcharge de travail pour les présents. On va avoir surprésentéisme car le malade viendra pour éviter à ses collègues ce surplus. C’est souvent vrai pour les ouvriers, les employés.

D’autre part, certaines cultures d’entreprise très axées sur le présentisme autorisent plus ou moins de s’absenter pour maladie. Si une personne qui quitte le bureau à dix-huit heures entend dire "tu prends ton après-midi ?", elle va hésiter avant de poser un arrêt maladie. 

Un autre cas relativement répandu concerne les cadres. Ils pensent souvent qu’ils ne peuvent pas prendre un arrêt maladie. Ainsi, certains cadres que j’ai rencontrés pendant mon enquête m’ont expliqué que comme ils étaient très bien payés, ils devaient être là tout le temps, quelle que soit leur santé, en excluant bien sûr les pathologies graves.

Quel problème pose à l’entreprise des personnes viennent travailler en étant malades ?

A court terme, l’entreprise peut penser qu’elle y gagne, que cela est le signe que les salariés lui sont attachés. A moyen terme, pourtant, le risque d’une dégradation de l’état de santé est fort. Les études médicales montrent ainsi qu’une personne qui vient travailler en étant malade risque de rechuter quelques mois plus tard. La durée d’arrêt sera alors plus grande. Le surprésentéisme peut aussi mener à des burn out, sans oublier le risque de contagion. Enfin, une personne malade qui vient travailler est moins productive, son travail est de moins bonne qualité. Si elle fait une erreur, cela peut donc coûter beaucoup plus cher à l’entreprise qu’un arrêt de travail.

Les entreprises auraient donc intérêt à repérer le surprésentéisme ?

Il faut prendre conscience du phénomène, chercher à identifier les personnes à risque. Un manager doit pouvoir dire à un membre de son équipe "tu es malade, il faut que tu rentres chez toi et revenir dans deux ou trois jours quand tu iras mieux". Pour le salarié, ce sera une marque de reconnaissance, il se sentira considéré comme une personne à part entière. Quand il reviendra, il sera deux fois plus motivé.

Vous indiquez qu’absentéisme et surprésentéisme sont souvent présents en France dans les mêmes entreprises. Comment cela est-il possible ?

Les deux sont le signe que des salariés sont malades. Ensuite, ils vont arbitrer entre présence ou absence selon les situations. Par exemple, dans certaines activités, à certaines périodes de l’année, il est plus difficile de s’arrêter. C’est aussi le cas pour les personnes atteintes de troubles musculo squelettiques (TMS). Les gens vont travailler le plus longtemps possible, puis vont se retrouver en arrêt maladie. Ils reviennent travailler à peine guéris. Une sorte de cercle vicieux se met en place où les périodes d’absentéisme succèdent aux périodes de surprésentéisme.

Dans votre livre, vous citez le cas d’une personne qui ne s’arrêtait jamais, ce qui révélait plutôt un problème de management.

Cette personne refusait de prendre un arrêt maladie car elle pensait être indispensable, elle culpabilisait à l’idée d’être absente. Elle pensait que son équipe ne pouvait pas se débrouiller sans elle. Quand elle a dû s’arrêter finalement, elle a réalisé que son équipe était beaucoup plus autonome qu’elle ne l’imaginait et a effectivement assoupli son management à la suite de cette expérience.

Vous avez écrit ce livre pour provoquer une prise de conscience ?

Oui pour sensibiliser les salariés, les managers, les DRH et les dirigeants, mais aussi les pouvoirs publics. Il faut rappeler la règle selon laquelle quand on est malade on ne travaille pas. Les entreprises restent axées sur la lutte contre l’absentéisme, même celles qui ont pris conscience du problème posé par le surprésentéisme. Elles ont peur de créer un appel d’air ou que les syndicats de salariés s’emparent de la question. Elles n’abordent la question qu’en période d’épidémie comme la grippe H5N1, à cause de la peur de la contagion.

Que conseillez-vous aux entreprises ?

En parler, sensibiliser les managers, pour qu’ils n’hésitent pas à conseiller à une personne malade de s’arrêter. Il y a aussi une mesure toute simple qui pourrait être prise : intégrer une question sur le sujet dans les baromètres sociaux. Ce serait un très bon indicateur pour repérer les services ou les situations à risques.

Peut-on dire que là où il y a surprésentéisme il y a des risques psycho-sociaux ?

Je ne serai pas aussi affirmatif. Disons que c’est un indicateur parmi d’autres, qui devrait être surveillé de près.

Christophe Bys

"Le surprésentéisme Travailler malgré la maladie", Denis Monneuse, Editions de Boeck 

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1 commentaire

Nom profil

10/09/2013 - 08h56 -

Et qu'en est-il des salariés ALD? faut il les laisser choir dans leur dépression ou sont ils autorisés a maintenir une activité salarié s'ils le peuvent. Le regard des autres jouent beaucoup dans cet état de surprésentéisme.
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