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Le successeur de Jacques Servier veut sortir le laboratoire de l’ombre

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Profil bas dans l’affaire Mediator, volonté de communiquer, management plus participatif… A peine nommé à la tête du laboratoire pharmaceutique, le successeur de Jacques Servier, Olivier Laureau, veut imprimer sa marque. Rencontre.

Le successeur de Jacques Servier veut sortir le laboratoire de l’ombre © Servier

Il est "dans la maison" depuis trente-deux ans. Et il a été désigné par Jacques Servier, dont les obsèques ont été célébrées à Orléans (Loiret) ce lundi 12 mai, pour lui succéder. Olivier Laureau, l’ancien directeur financier du groupe Servier, est pourtant bien décidé à imprimer sa marque. Et à sortir définitivement le premier laboratoire pharmaceutique indépendant français (avec 4,2 milliards d’euros de chiffre d'affaires en 2013) de son historique culture du secret. Lors d’une rencontre organisée au siège du groupe, à Suresnes (Hauts-de-Seine), le nouveau président du laboratoire et de sa fondation a dévoilé la stratégie qu’il avait présentée la veille à ses collaborateurs. Les mots sont pesés, choisis avec soin.

Olivier Laureau souhaite incarner une nouvelle ère pour le groupe Servier, faire oublier les tourments médiatiques de ces dernières années avec l’affaire Mediator. On avait reproché à Jacques Servier son indifférence vis-à-vis des victimes de cet adjuvant au diabète détourné comme coupe-faim. Le discours de son successeur est tout autre. "Malgré des attaques injustes et quelquefois excessives [à l’égard du groupe], nous avons toujours eu le plus grand respect pour les patients et pour l’institution judiciaire, affirme-t-il. Nous sommes tous touchés au sein du groupe par cette affaire. Dans le cadre de l’Oniam et des affaires civiles, nous assumerons nos responsabilités pour tous les patients qui ont souffert du produit" en les indemnisant. Même si le laboratoire n’entend cependant pas pour autant abandonner la bataille judiciaire, dans le cadre des procès qui doivent encore se tenir pour déterminer son degré de responsabilité. "Nous allons défendre notre position avec détermination, car on estime que beaucoup d’éléments du dossier n’ont pas été entendus ou compris, c’est un dossier très complexe car il est scientifique", estime-t-il. L’ancien directeur financier rappelle que le groupe a déjà provisionné, depuis deux ans, "les montants qui étaient nécessaires".  

Poursuivre les investissements en recherche

Côté stratégie, l’internationalisation du groupe amorcée par le dauphin écarté il y a quelques mois, Jean-Philippe Seta, sera poursuivie. Afin d’être moins dépendant de l’Europe, qui représente encore 49% des ventes. Dans les filiales d’Europe du Sud, challengées par les baisses de prix et l’arrivée des génériques, le laboratoire entend "retrouver de la rentabilité". Via des prises de licences sur des produits locaux dans ses cinq axes thérapeutiques, du co-marketing, ou en s’appuyant sur ses deux filiales de médicaments génériques, Biogaran et Egis. Les efforts seront poursuivis pour gagner des parts de marché dans les pays où le groupe connait une belle croissance : Russie, Chine, Brésil. Aux Etats-Unis, premier marché pharmaceutique au monde, il entend se limiter à des partenariats sur des licences.

Autre priorité du nouveau patron : continuer à investir dans la recherche. Etabli en fondation, le groupe peut réinvestir ses bénéfices dans la R&D, à laquelle il dédie 25% de ses ventes, une proportion colossale dans la pharmacie qu’Olivier Laureau veut maintenir. "Vaincre la maladie, c’est vraiment le cœur de notre maison, ce qui fédère les 21 000 collaborateurs du groupe", insiste-t-il. Problème : aucun médicament important ne va arriver sur le marché avant le lancement d’un anticancéreux d’ici trois ans. Le groupe intensifie donc les partenariats. Et promet d’ici là le lancement de trois associations de molécules, puis de quatre autres produits dans l’oncologie d’ici 2020. Et après ? "Notre ambition, c’est de sortir un produit tous les deux ans, annonce, ambitieux, Olivier Laureau. On va s’en donner les moyens." Signe de la qualité de sa recherche contre le cancer, le Français vient en tout cas de signer un accord de co-développement sur une de ses molécules avec le numéro deux mondial de l’oncologie, le géant pharmaceutique suisse Novartis.

Impulser un changement culturel au sein du groupe

Dernier pilier de la stratégie : maintenir l’équilibre entre les médicaments issus de sa recherche, qui représentent encore les trois quarts de ses ventes, et les médicaments génériques, pour diversifier le risque. Ses filiales Biogaran, présente en France et au Brésil, et Egis, dans les pays de l’Est, vont devoir "travailler ensemble sur un plan mondial de développement de l’activité générique", annonce Olivier Laureau. Et intensifier leurs synergies, notamment sur le plan industriel.

C’est aussi un changement culturel que veut amorcer le nouveau dirigeant. Finis l’obligation pour les futurs collaborateurs de soumettre de multiples références, professionnelles et personnelles. Le management conduit par le seul patriarche. Olivier Laureau promet "plus de délégation dans la responsabilité", de promouvoir "l’entreprenariat interne" et… plus de transparence. "J’ai décidé de plus communiquer, notre maison a peut-être pâti injustement d’appréciations car elle ne communiquait pas assez, estime-t-il. La transparence existait, mais l’information n’était pas partagée." Une pratique que Jacques Servier aura donc emporté avec lui.

Gaëlle Fleitour

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