Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Le stratège du brevet européen

Aurélie Barbaux ,

Publié le

Benoît Battistelli est le second français à présider l'Office européen des brevets. Fin diplomate, il a réussi à s'y faire élire en 2010 pour cinq ans. Un poste de rêve pour finir une carrière de haut fonctionnaire à Bercy.

A sa boutonnière, non pas une, mais des décorations rouges. Comme un résumé de sa carrière. À côté du ruban de la Légion d'honneur, symbole de ses trente ans au service de l'État, l'épinglette de l'Office européen des brevets (OEB), dont il est président depuis deux ans. Un poste qu'il a voulu et obtenu. « Benoît Battistelli est un stratège, observe Thierry Sueur, le vice-président des affaires européennes et international d'Air liquide. Il sait comprendre les intérêts de chacun et bâtir des alliances pour parvenir à ses fins. » Alors, quand ce haut fonctionnaire de Bercy, ancien responsable des missions économiques en Italie, en Inde et en Turquie, brigue la présidence de l'Institut national de la propriété industriel (Inpi), en 2004, il l'obtient. Et quand, en 2010, il vise celle de l'OEB, il réussit l'exploit de décrocher une deuxième présidence française - après celle d'Alain Pompidou, de 2004 à 2007. Un poste difficile à arracher, reconnaît-il : « Parce qu'il y a un bon système de gouvernance, il est très difficile d'être élu, mais une fois qu'on l'est, on a une base solide. Il faudrait un tremblement de terre pour que le conseil d'administration, où chacun des 35 États membres a une voix, n'accorde pas son soutien aux propositions majeures. » Une force indispensable. Car être président de l'OEB n'est pas une sinécure. « C'est une activité assez lourde, explique Benoît Battistelli. Vous n'êtes pas simplement le directeur d'un office de brevets pour 35 pays avec 7 000 salariés à Munich et à La Haye. Vous êtes aussi le responsable d'une communauté qui comprend près de 35 000 personnes, si j'inclus les familles et les retraités. Car ces gens ne relèvent d'aucun cadre national. Et donc je suis également chargé de l'éducation des enfants, de la politique de santé, de la politique des retraites. »

 

Google comme partenaire

Des responsabilités lourdes, mais associées à une grande autonomie. « Je n'ai jamais été aussi libre, insiste-t-il. Je n'ai pas de ministère de tutelle, de Parlement, de gouvernement. C'est nous qui fixons les règles, les discutons, les négocions. » Même liberté pour le fonctionnement de l'OEB, notamment pour mener le grand chantier de sa présidence : la traduction automatique des brevets. « Je suis pragmatique, précise Benoît Battistelli. Pendant des années, l'Europe a essayé de développer des moyens par elle-même. Résultat : on n'a rien vu. J'ai donc proposé un partenariat à Google, dont la solution fait référence. Sans débourser un centime en moins d'un an, on a déjà sept langues disponibles et dans deux ans maximum, il y en aura 32. » De quoi être prêt en 2014 pour favoriser la consultation dans toutes les langues du nouveau brevet unitaire européen. Belle réussite pour une fin de carrière ! « J'ai 62 ans, c'est certainement ma dernière occupation professionnelle. Je suis très heureux de la boucler en cohérence avec les idées que j'avais à 15 ans. » Celles, déjà, d'un Européen convaincu.

Mais pourquoi les brevets ? « Hasard de la vie, raconte le président de l'OEB. Lorsque le ministère de l'Économie m'a envoyé comme directeur chargé de l'innovation et de la compétitivité auprès du ministère de l'Industrie, qui venait d'être absorbé, la propriété industrielle était dans mon escarcelle. J'ai trouvé ça passionnant, car on était vraiment à la croisée du scientifique, du technologique, de l'économique et du diplomatique. » Et c'est bien ce qui motive Benoît Battistelli. « À ma sortie de l'ENA, en 1978, rappelle-t-il, j'ai choisi de travailler à l'interaction entre les politiques publiques et le développement économique. » Pour lui, la compétitivité d'un pays s'appuie sur celle des entreprises, mais aussi sur celle de ses politiques publiques. « Son passage comme directeur adjoint du cabinet de Nicole Fontaine lui a aussi donné le souci de comprendre ce dont les industriels ont besoin », précise Thierry Sueur. Mais l'OEB fournit aussi à Benoît Battistelli l'occasion de continuer à voyager. « Je reçois des délégations étrangères ou je vais les voir, précise-t-il. L'OEB a des relations étroites avec les grands offices de brevets dans le monde, comme les États-Unis, le Japon, la Corée et la Chine, et des pays stratégiques comme le Brésil, les pays de l'Asean et Singapour. » Ils se réunissent tous les ans pour faire avancer la convergence des procédures, et surtout le niveau de qualité des brevets délivrés, l'une des fiertés de l'OEB... et de Benoît Battistelli.

Thierry Sueur, vice-président des affaires européennes et internationales d'Air liquide

« C'est un stratège. Il sait comprendre les intérêts de chacun et bâtir des alliances pour parvenir à ses fins. »

EN QUELQUES MOTS

Européen de jeunesse Pour son premier poste à Bruxelles, il étudie les mécaniques de la politique agricole commune. Diplomate de luxe C'est ainsi qu'il qualifie les chargés de mission économique des ambassades, son job pendant quinze ans. Négociateur social Il a apaisé une situation très conflictuelle qui minait l'OEB avant son arrivée. Saint-Germanois de coeur Dans sa ville de Saint-Germain-en-Laye, il est adjoint au maire chargé de la vie culturelle.

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle