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L'Usine de l'Energie

Le stockage, graal des énergéticiens

Ludovic Dupin , ,

Publié le

Le stockage, graal des énergéticiens
Avec l’acquisition de Saft, Total se positionne sur le stockage de l’énergie.

Les entreprises citées

Total, qui a bien résisté à la baisse des cours du baril, l’a toujours affirmé : en période de crise, il faut savoir investir. On attendait donc de voir la multinationale acquérir les actifs d’un pétrolier modeste au bord de la faillite… Mais Patrick Pouyanné, le PDG du groupe, a surpris tout le monde. Il a mis sur la table 950 millions d’euros, une somme plus que rondelette, pour s’emparer… d’un fabricant de batteries. L’heureux élu est le français Saft qui, en difficulté financière, se réjouit de ce rapprochement [lire l’entretien ci-contre]. Ce spécialiste des batteries lithium-ion a des positions fortes dans les domaines de la défense, de l’aéronautique et des télécommunications. Pas si loin du cœur de métier de Total, à en croire Patrick Pouyanné : « L’acquisition de Saft s’inscrit pleinement dans l’ambition de Total de se développer dans les métiers des énergies renouvelables et de l’électricité. Elle nous permettra d’intégrer dans notre portefeuille d’activités des solutions de stockage d’électricité, complément indispensable à l’essor des énergies renouvelables. »

Conversion des géants du pétrole

Cette ambition n’est pas nouvelle. Elle remonte à 2011, quand Philippe Boisseau, l’ex-directeur marketing et énergies nouvelles de Total, lançait le mouvement après avoir convaincu le pétrolier de racheter l’américain SunPower, l’un des premiers fabricants de panneaux photovoltaïques de la planète. En avril, Patrick Pouyanné annonçait la création d’une branche gaz, renouvelables et électricité « destinée à porter l’ambition du groupe sur la chaîne de l’électricité à travers le développement dans l’aval gaz et dans les énergies renouvelables, mais aussi dans le métier de l’efficacité énergétique ». Beaucoup d’autres pétroliers ont déjà investi dans les énergies renouvelables, comme l’italien ENI qui vient d’annoncer 1 milliard d’euros d’investissement sur trois ans. Mais les initiatives dans le stockage se comptent sur les doigts d’une main. Le norvégien Statoil, lourdement affecté par la chute des cours, a annoncé au début de l’année la création d’un fonds, Energy Ventures, doté de 200 millions de dollars pour investir dans les start-up innovantes en matière d’éolien, de solaire et de stockage.

EDF et Engie à la manœuvre

Les deux grands énergéticiens français, Engie et EDF, s’impliquent déjà dans le stockage des énergies renouvelables. Hasard du calendrier, quelques jours après Total, Engie a annoncé avoir acquis 80 % de l’entreprise californienne Green Charge Networks, spécialisée dans le stockage sur batteries. Une acquisition plus modeste, mais qui découle du même besoin d’accompagner le développement des services énergétiques et des renouvelables. Cette société américaine a développé des solutions de stockage intelligent à destination du secteur privé et des municipalités. Fondée en 2009, elle affiche un portefeuille de projets de stockage sur batteries de 48 mégawattheures, déployés ou en construction sur plus de 150 sites aux États-Unis. « Avec Green Charge, Engie acquiert dès aujourd’hui une position forte sur le marché en pleine expansion du stockage […]. Les solutions offertes par l’entreprise, en batterie seule ou en énergie solaire et batterie, complètent idéalement notre offre existante », assure Isabelle Kocher, la directrice générale d’Engie.

Jusqu’à présent, Engie avait limité cette activité à la Corse, où sa filiale Cofely a inauguré, en octobre, une centrale photovoltaïque de 4,4 mégawatts associée à une capacité de stockage. Mais le 1er mars, Engie et le suisse Susi ont signé un protocole d’accord afin de promouvoir des projets de stockage d’énergie électrique à grande échelle. De son côté, EDF a investi dès 2013 dans la start-up spécialiste des batteries Forsee Power, à travers son fonds d’investissement Electranova. Cette pépite développe des batteries lithium-ion pour la mobilité et travaille sur la réutilisation des batteries usagées. L’électricien mène par ailleurs plusieurs expérimentations. En 2014, un consortium Saft-Alstom livrait à EDF une batterie de 1 mégawatt pour des tests de smart grid sur le site de R & D d’EDF en Seine-et-Marne. Début 2016, le groupe a inauguré à La Réunion une centrale solaire couplée à un système de stockage.

Quand on voit le cinquième pétrolier mondial, le premier énergéticien de la planète et le plus grand producteur d’électricité au monde prendre conscience que leur développement passe par les batteries, on peut affirmer que le stockage est bien le graal de toutes les énergies. 

Ghislain Lescuyer, président du directoire de Saft

Comment percevez-vous l’intérêt de Total pour vos batteries ?

Le stockage de l’énergie est une tendance de fond dans de nombreuses industries, et tout particulièrement dans l’énergie avec l’intermittence des renouvelables. Les batteries sont un élément clé de la chaîne de valeur de l’électricité que Total veut maîtriser. D’autant que les batteries sont aussi un chaînon de la mobilité, qui intéresse Total.

Saft va-t-il changer en passant sous pavillon Total ?

Total ne nous achète pas pour nous transformer. Quand j’ai rencontré Patrick Pouyanné [le PDG de Total, ndlr] mi-mars, je lui ai exposé notre stratégie : nous concentrer sur des niches où notre savoir-faire dans la haute performance nous permet d’apporter une différenciation. Total accorde une grande importance à cette différenciation technologique.

Nous allons poursuivre dans cette voie.quelles opportunités ce rachat offre-t-il à Saft ?

Nous pourrons accélérer notre développement. L’empreinte commerciale de Total dans le monde nous aidera à trouver de nouveaux marchés. Sa présence dans le renouvelable et ses participations dans des start-up nous ouvriront à d’autres applications et technologies. Dans un marché qui évolue, son soutien sera précieux, comme il l’a été pour SunPower [acquis par Total en 2011, ndlr] qui se réaffirme aujourd’hui en leader du solaire. 

 

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