Economie

"Le sourire est une arme redoutable pour réussir sa vie professionnelle", assure Laurence Bourgeois

Christophe Bys ,

Publié le

Entretien Auteure de "13 trucs infaillibles pour être bien vu en entreprise", Laurence Bourgeois s’appuie sur son expérience au sein de directions des ressources humaines. Pour elle, il ne suffit pas d’être le meilleur, il faut savoir se vendre, faire savoir ce qu’on fait. Si le travail est important, il ne doit pas prendre toute la place dans la vie, conseille cette professionnelle.

Le sourire est une arme redoutable pour réussir sa vie professionnelle, assure Laurence Bourgeois

L'Usine Nouvelle - Vous publiez 13 trucs pour être bien vu en entreprise. Est-ce à dire que ce n’est pas le travail qui paie ?

Laurence Bourgeois - Dans nos vies professionnelles, nous sommes des produits et le salarié qui veut progresser ne doit pas l’oublier. Au-delà des compétences, le critère primordial pour être bien vu et bien noté c’est l’apparence. De la même façon que le packaging, à propriétés égales, fera la différence entre deux produits. La quantité ou la qualité de travail fourni c’est la base. Après, ce sont les qualités pour bien se vendre qui vont faire la différence. Il ne suffit pas d’être bon voire d’être le meilleur, il faut savoir se mettre en avant, rendre visible le travail qui a été fait. D’ailleurs, les systèmes d’évaluation prennent en compte ces deux dimensions : le travail réalisé mais aussi la manière dont il est fait, ce qu’on appelle aussi les savoir-être. Par exemple, forte de mon expérience, je suis convaincu de la force du sourire. C’est une arme redoutable. Un salarié qui sourit envoie le message qu’il est heureux au travail, qu’il aime son entreprise, ce qu’il fait. C’est un signe d’engagement.

Pourtant, dans vos 13 trucs, vous mentionnez l’importance de faire son travail rien que son travail mais pas plus que son travail. La clé du succès c’est donc d’en faire le minimum mais de le faire savoir au maximum ?

L’air chaud monte plus vite que la matière grise, c’est bien connu. On promeut davantage les gens sur la petite musique qu’ils dégagent que sur le fond de leur travail.

Comment le manager d’une équipe peut-il lutter alors contre cette tendance ? Existe-t-il des outils managériaux pour mieux contrôler les compétences et le travail des uns et des autres ?

Plus il fixera des objectifs précis, mesurables et réalisables, plus le manager pourra bien suivre les collaborateurs qui travaillent pour lui. A la fin de la période, on peut constater si le travail est fait ou non. A l’inverse, des objectifs flous donnent d’une certaine façon le pouvoir au collaborateur qui pourra toujours faire croire qu’il a fait tout ce qu’il pouvait.

Quand vous insistez sur la nécessité de mesurer son effort, de garder un espace pour la vie privée, voulez-vous dire que le surinvestissement dans le travail n’est pas rentable ?

Cela ne sert à rien de se donner corps et âme dans le travail, au risque de tomber malade... A force de vouloir trop en faire, on risque de se brûler. J’ai envie de dire aux salariés, il n’y a pas que l’entreprise dans la vie. Mieux : je considère qu’un salarié est un meilleur professionnel s’il a d’autres centres d’intérêt dans la vie. Etre trop dans son travail n’est pas un bon signe.

Un autre sujet d’étonnement en vous lisant vient du fait que le salarié idéal, qui progresse, est plutôt du genre obéissant et assez peu innovant.

On aime bien les salariés qui entrent dans le moule de l’entreprise, qui adhère à ses valeurs. Il ne faut pas prendre au pied de la lettre les discours qui disent "Prenez des initiatives, sortez du cadre". Le salarié doit être méfiant car bien souvent s’il le fait, on lui reproche de ne pas respecter les procédures, de ne pas être en accord avec les valeurs de l’entreprise. Le lien de subordination définit la relation de travail, qui a une nature autoritaire. Remettre en cause son chef, les décisions stratégiques, ce n’est jamais très bien vu, surtout si c’est fait en public. Les critiques pour être acceptées doivent être faites en privé et avec de la diplomatie.

Une autre règle que vous mettez en avant indique qu’il faut "penser individuellement mais agir collectivement". Si je comprends bien au-delà des discours sur le travail en équipe, l’entreprise c’est le lieu du chacun pour soi ?

Bien sûr, l’individualisme est ce qui prévaut dans l’entreprise. Les systèmes de rémunération sont de plus en plus individualisés. Pour gagner plus, il faut faire mieux que son voisin. Dans ce contexte, l’ambition est bienvenue mais il ne faut pas trop le montrer, au contraire : il faut mettre en avant les autres, s’en servir, pratiquer ce que j’appelle une manipulation bienveillante.

Propos recueillis par Christophe Bys

Le blog de Laurence Bourgeois

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1 commentaire

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06/12/2013 - 17h19 -

La mentalité française dans toute sa splendeur, on parade pendant que les autres pays innovent. Et après on s'étonne que nos experts partent à l'étranger.
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