Le sort du glyphosate, ce désherbant controversé, réglé ce jeudi à Bruxelles

La ré-autorisation du glyphosate, substance chimique utilisée dans de nombreux pesticides, fait l'objet d'une bataille à l’échelle européenne, suite à des désaccords entre scientifiques concernant sa dangerosité. La question devrait être enfin tranchée ce jeudi.

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Le sort du glyphosate, ce désherbant controversé, réglé ce jeudi à Bruxelles

Bruxelles va-t-elle maintenir sur le marché le glyphosate, cette substance chimique présente dans 300 désherbants vendus à travers le monde, dont le Roundup, produit bestseller de Monsanto ? Jeudi 18 mai, le vote des Etats européens devrait mettre fin à ce dossier brûlant, objet de plusieurs mois de bataille. La Commission européenne devrait probablement se prononcer en faveur d’une prolongation de l'autorisation de vente de la molécule – présente sur le marché depuis quarante ans – de neuf ans, au lieu des traditionnels quinze ans.

Dans la foulée, il faut qu’elle recueille demain la majorité qualifiée des Etats membres, c’est-à-dire représentant au moins 55% des votes et 65% de la population de l’Union Européenne. La France risque de voter contre. Un dossier hautement politique à quelques mois de l’élection présidentielle, s’alarment les industriels. Ainsi la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, s’est publiquement inquiétée - à l’instar de plusieurs ONG (la Ligue contre le Cancer, Générations Futures…) et des Verts – de l’impact sanitaire du glyphosate.

La raison ? Un avis publié en 2015 par le Centre international pour le cancer (CIRC). Cette agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – un organisme aux décisions controversées, insiste-t-on chez Monsanto - avait alors mis en garde contre le caractère "probablement cancérigène" de cette substance. Quelques mois plus tard, l'Autorité européenne de sécurité alimentaire (Efsa) rendait un avis diamétralement opposé, jugeant le potentiel cancérogène du glyphosate "improbable".

Sauver la molécule pesticide la plus vendue au monde

Chez les fabricants de pesticides, la mobilisation est intense pour sauver la molécule la plus vendue au monde. Pour faciliter l’enregistrement européen de leur molécule et leur lobbying, les producteurs de glyphosate se sont rassemblés au sein de la Glyphosate Task Force (GTF). Soit une trentaine d’entreprises, dont sept membres actifs au sein de la Plateforme Glyphosate France (Nufarm, Syngenta, Dow, Adama, Monsanto, Arysta, FMC). Pour soutenir leur dossier, leurs entreprises ont fourni à la Commission européenne pas moins de 343 nouvelles études sur le glyphosate depuis son dernier renouvellement en 2002, tandis que le GTF en produisait également 48 nouvelles.

Manque de transparence sur les études

Si Bruxelles s’est aussi penchée sur des études fournies par d’autres sources (universités, laboratoires publics…), celles de l’industrie ont été majoritaires… mais non rendues publiques. Interrogé à ce propos le mois dernier par le Commissaire européen à la santé et la sécurité alimentaire, le GTF ne compte toujours pas jouer la transparence totale. Il propose de rendre ces études consultables dans des "salles de lecture" sécurisées, dont l’accès serait réservé aux personnes déclinant leur identité.

Mais peut-on invoquer le secret industriel alors que cette molécule a déjà perdu son brevet, et que ces études ne portent pas sur la composition finale des désherbants ? "Il y a des informations que nous ne souhaitons pas partager avec d’autres firmes qui commercialisent d’autres matières actives", estime Yann Fichet, le directeur des affaires institutionnelles de Monsanto.

Lui s’oppose à une autorisation du glyphosate limitée à neuf ans. "Compte tenu de la qualité du dossier scientifique, il n’y a aucune raison pour une espèce de marchandage autour de cette durée-là !" Se félicitant de l’avis rendu le 16 mai par le groupe de travail sur les résidus de pesticides (JMPR), une instance commune à l’OMS et le FAO, qui a estimé "peu probable que le glyphosate provoque un risque cancérogène chez les humains qui y seraient exposés par l'alimentation".

Le sort du Roundup et consort pas réglé pour autant

Le sort du Roundup et de ses concurrents ne sera pas scellé cette semaine pour autant. Car leurs formulations, regroupant le glyphosate et des co-formulants, devront ensuite être approuvées produit par produit par chaque pays. Dans l’Hexagone, c’est le ministère de l’Agriculture qui prendra la décision, après avis de l'Agence française de sécurité sanitaire (Anses). Or cette dernière s’est engagée le mois dernier en faveur d’une interdiction des herbicides contenant du glyphosate mélangé à des adjuvants à base de tallowamine. "Toutes nos entreprises ont développé depuis quelques années des formulations avec et d’autres sans", relativise Emilien Guillot-Vignot, chef de gamme FMC France.

Gaëlle Fleitour

Le flou sur les alternatives non chimiques
Le biocontrôle, ces substances naturelles développées par de nombreux PME mais aussi des géants de l’agrochimie comme alternatives aux pesticides, peut-il remplacer le glyphosate ? Chez les fabricants de la substance chimique, on laisse entendre que des désherbants non chimiques ne sont toujours pas au point. Mais le discours est bien différent chez l’IBMA, qui représente les industriels du biocontrôle…

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