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L'Usine de l'Energie

Le solaire se dope à la finance

Manuel Moragues , , ,

Publié le

Enquête De nouveaux instruments financiers ont boosté le marché photovoltaïque aux États-Unis. De quoi attirer les investisseurs en quête de rendement.

Le solaire se dope à la finance
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© Le géant américain de l’énergie solaire SunEdison a introduit sa filiale TerraForm Power en Bourse en 2014.

L’irruption du solaire compétitif sur Euronext aurait été un symbole fort. Malheureusement, faute d’investisseurs, l’introduction en Bourse du français Solairedirect, au printemps dernier, a échoué. Si Engie (ex-GDF Suez) a fini par racheter le développeur de projets photovoltaïques, la frilosité des investisseurs français interroge. Leurs homologues américains se ruent sur ce secteur, dans lequel ils sont prêts à engager des milliards de dollars. Le solaire a explosé aux États-Unis ces dernières années. Il a enregistré une croissance de 30 % en 2013. Elle devrait atteindre 24 % en 2015, avec 7,5 gigawatts (GW), selon l’association de l’industrie américaine du solaire (Seia).

Des installateurs comme Solarcity, Vivint Solar et Sunrun affichent une hypercroissance. Le développeur Sunedison a décollé. Les industriels Sunpower et Firstsolar connaissent un nouvel élan. Ces succès ont un point commun, qui est aussi la spécificité de Solairedirect : une approche financière du solaire qui permet de faire baisser le coût du capital. « Pour une centrale de 10 mégawatts (MW), une hausse de 1 % du coût moyen pondéré du capital renchérit le mégawattheure (MWh) de près de 5 euros ! », calcule Pierre de Froidefond, associé cofondateur du producteur d’énergie renouvelable Cap Vert Énergie. Et pour cause : étant donné que le solaire ne demande presque pas de dépenses d’exploitation, l’essentiel de son coût réside dans l’investissement initial. « C’est une industrie ultra-capitalistique, insiste Thierry Lepercq, le président de Solairedirect. Il faut investir 10 pour un chiffre d’affaires de 1. Trouver des capitaux moins onéreux que ceux des fonds d’infrastructures classiques est essentiel. »

Vertus et limites des yieldcos

Deux innovations financières majeures ont dopé le solaire américain. La première vient de Solarcity, spécialiste du photovoltaïque en toiture. Côté client, il efface l’investissement. Son offre phare consiste à installer à ses frais des panneaux chez un propriétaire qui s’engage à lui acheter l’électricité produite pendant quinze ou vingt ans. À un tarif inférieur à celui de son fournisseur. Séduisant. Surtout, côté refinancement, Solarcity fait des paquets de ces contrats d’achat, synonymes de rentes, et les vend à des investisseurs sous forme d’obligations. Il a multiplié les formules vis-à-vis des clients et des investisseurs. Toutes se résument à la titrisation des paiements de ses clients. Ce qui lui permet de réinvestir. « Le modèle de Solarcity, pour faire simple, c’est : je prends de l’argent à 5 % pour investir dans des actifs qui me rapportent 10 %, analyse Thierry Lepercq. C’est un système très puissant ! » Début septembre, l’installateur américain revendiquait avoir levé suffisamment de fonds pour financer plus de 9 milliards de dollars de projets solaires.

Optimiser le stockage de l’énergie

La quantité d’électricité produite est désormais au cœur des projets solaires. Et pour cause : le kilowattheure est l’actif sous-jacent des nouveaux produits financiers vendus aux investisseurs pour financer le solaire. Cela va stimuler la R & D sur les outils permettant de maximiser la quantité et la valeur du kilowattheure. Et tout particulièrement le stockage de l’énergie. « C’est le sujet clé du solaire dans les années à venir, estime Pierre de Froidefond, associé cofondateur du producteur Cap Vert Énergie. La rupture viendra des batteries qui permettront de vendre plus cher le kilowattheure en maîtrisant le moment de sa fourniture. » Des électrochimistes asiatiques aux assembleurs européens, en passant par les innombrables start-up américaines et les français Saft et Bolloré, sans oublier les tenants de l’hydrogène comme McPhy et EPS, la course au solaire, ce nouveau Graal, mobilise tous azimuts. Tesla, dont le PDG Elon Musk est aussi le président du conseil d’administration de Solarcity, a pris de l’avance avec sa Gigafactory. De quoi, peut-être, infléchir la position française, qui prône des démonstrateurs jusqu’en 2030. 

 

 

La deuxième innovation, qualifiée par Deutsche Bank de « changement le plus important dans le secteur du solaire en 2014 », vient des « yieldcos ». Ces sociétés de rendement achètent des parcs solaires (et éoliens) et s’introduisent en Bourse en promettant de confortables dividendes alimentés par la vente de l’électricité produite par leurs parcs. Rendement peu risqué de 5 à 6 % et promesse de croissance à deux chiffres des dividendes : le succès a été fulgurant. Une quinzaine de yieldcos – la moitié aux États-Unis – a été cotée en moins de trois ans pour une valeur initiale totale d’environ 12 milliards de dollars. Rien qu’au deuxième trimestre 2015, les yieldcos ont levé 1,6 milliard de dollars. Autant de capitaux bon marché qui permettent aux développeurs de projets de réinvestir dans des parcs solaires plus compétitifs !

Les industriels s’y sont mis. « Avec la chute des prix des panneaux, nombre de fabricants remontent la chaîne de valeur vers la production d’énergie. Et cela les amène à développer des outils financiers adaptés », explique Lionel de Maux, le président d’Aqua, qui a créé une Sicav baptisée Energy Transition, fondée sur des actifs d’énergie renouvelables. Les deux plus grands fabricants américains de panneaux, Sunpower et Firstsolar, viennent de créer une yieldco commune, baptisée 8point3, qu’ils ont introduite en Bourse le 19 juin, levant ainsi 420 millions de dollars. Doté d’un portefeuille de 432 MW d’installations solaires achetées à ses deux « sponsors », 8point3 promet aux investisseurs un rendement initial de 4,2 % et une croissance annuelle des dividendes de 12 à 15 % pendant trois ans. Une croissance censée se nourrir de l’acquisition de nouvelles centrales. En priorité celles construites par Sunpower et Firstsolar, qui assurent un débouché final pour leurs panneaux, tout en s’assurant une part des dividendes puisqu’ils conservent 51,8 % de 8point3… Idyllique.

Patatras ! Depuis le début de l’été, les cours de la plupart des yieldcos ont perdu 25 à 50 % de leur valeur. Introduit à 20 dollars le 19 juin, 8point3 en vaut moins de 13 aujourd’hui ! Affolement injustifié des marchés pour les uns, preuve de faiblesses structurelles pour les autres, la tempête boursière ne doit pas faire oublier ce qu’ont révélé les yieldcos : le solaire devient une classe d’actifs à part entière qui intéresse au plus haut point des investisseurs en quête de rendement. Car le solaire ne fait plus peur. « Aujourd’hui, le risque du photovoltaïque est complètement banalisé pour les investisseurs. Les cash-flows d’un parc solaire sont extrêmement prévisibles », observe Christophe Bordes, à la tête de la cellule Infrastructures d’énergie à la Société générale Corporate & Investment Banking. Le financement du solaire n’est plus une activité de niche. En élargissant son portefeuille d’investisseurs aux marchés publics et aux grands fonds, il accède à un capital bon marché et abondant. De quoi accélérer sa compétitivité et alimenter l’essor irrésistible auquel il semble promis.

« Pour nous, la finance est une matière première »


Thierry Lepercq, président de Solairedirect


Le solaire surfe sur une innovation financière débridée aux États-Unis. Pensez-vous que cela soit sain ?

Il faut surmonter les préjugés envers la finance. Le solaire est l’industrie la plus capitalistique du secteur des infrastructures. Pour nous, la finance est une matière première. Faire de l’innovation financière, c’est la condition même de la réussite industrielle.

Qu’est-ce qui intéresse les investisseurs dans les parcs solaires ?

La valeur du solaire, c’est son profil de risque unique. Ensoleillement stable d’une année sur l’autre, technologie mature et fiable… Un parc solaire, c’est une usine à cash-flow ! Tout l’enjeu, c’est d’associer ces flux de liquidités stables et à long terme à des sources de financement adaptées.

Le solaire américain s’est beaucoup appuyé sur ces nouveaux outils que sont les yieldcos. Mais celles-ci ont dégringolé en Bourse cet été…

Les yieldcos visent à lever des capitaux à 3 %, mais promettent 7 % de rendement à leurs actionnaires… Cela peut marcher tant que les cours des yieldcos montent, mais c’est un schéma qui peut s’inverser, on le voit. Les formules magiques n’existent pas. La Bourse, avec ses exigences de court terme, n’est probablement pas bien adaptée aux actifs solaires. Nous préférons travailler avec les fonds de pension. 

 

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