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Le sidérurgiste marocain Maghreb Steel plonge dans le rouge

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En attendant la publication officielle des résultats attendus fin mars, le sidérurgiste marocain avertit que ses résultats 2012 seront mauvais. En cause, de lourds investissements à contre cycle et une déprime à la fois des prix et du marché de l'acier .

Le sidérurgiste marocain Maghreb Steel plonge dans le rouge © Reuters

Il fallait s'y attendre. La surproduction européenne sur le marché de l'acier, la faiblesse du BTP au Maroc l'an dernier associées à la concurrence des produits importés d'Espagne ou de Turquie vont faire plonger dans le rouge le résultat net 2012 de Maghreb Steel. C'est ce qu'a reconnu l'entreprise dans un communiqué publié le 12 mars.

La contraction des marges commerciales explique donc ce résultat tout comme un lourd plan d'investissement réalisé à contre cycle et financé par endettement.

Un très important investissement de 5,7 milliards de dirhams

Le site principal de Maghreb Steel implanté sur 30 hectares entre Mohammedia et Casablanca comprend notamment depuis 2001 une ligne de laminage à froid transformant des bobines laminées à chaud initialement importées.

Le groupe y a finalisé en 2012 un très important investissement de 5,7 milliards de dirhams (513 millions d'euros) s'étalant sur plusieurs années pour se doter notamment d'une partie chaude à savoir une aciérie électrique et deux laminoirs à chaud de bobines et de tôles fortes. Cet investissement avait été inauguré en grandes pompes par le roi Mohammed VI en avril 2012.

Dirigé par l'industriel Fadel Sekkat, le groupe créé en 1975, et dont la capacité globale serait de 2,9 millions de tonnes, exporte plus de la moitié de sa production vers l’Europe, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie.

Affronter la concurrence des géants européens

Mais, dans un contexte économique déprimé sur le Vieux continent, il doit affronter la concurrence des géants européens de la sidérurgie que ce soit à l'export ou sur son marché intérieur. En 2012, les importations marocaines d'acier ont atteint 250 000 tonnes alors que.le groupe ne tournerait qu'à 40% de ses capacités.

Résultat : Maghreb Steel a affiché une perte nette de 245 millions de dirhams (22 millions d'euros) au premier semestre 2012 (contre un résultat net positif de 42 millions de dirhams  en 2011 avec un chiffre d'affaires semestriel en recul de 8% à 1,4 milliard de dirhams (126 millions d'euros). Le groupe emploie 2 000 salariés.

Le sidérurgiste a formellement demandé en novembre l'ouverture d'un enquête anti dumping auprès des autorités marocaines. Et Fadel Sekka dans une interview à l’hebdomadaire Maroc Hebdo a estimé mi-janvier que seul "l'État pouvait sauver notre groupe de la faillite."

La cessation de paiements évitée de peu

L'unique producteur d'acier plat au Maroc veut aussi "diversifier son activité et rationaliser ses coûts de production". Il a par ailleurs décidé de surseoir à un investissement d'un milliard de dirhams (90 millions d'euros) prévu pour se doter d’un haut fourneau pour le traitement du minerai de fer.

En effet, fin décembre 2012, l'aciériste a été dans l'incapacité de rembourser ses dettes auprès des banques et a alors évité de peu la cessation de paiements. Le groupe n'est pas coté en Bourse mais a émis des billets de trésorerie sur le marché financier.

Dans cette affaire d'importance pour le Maroc, suivie de très près par le monde politique et des affaires, certaines des banques du groupe (Attijariwafa Bank, BCP, BMCE, Crédit du Maroc...) sont venues à son secours en rééchelonnant ses dettes.

Par ailleurs, "les actionnaires de la société ont procédé, en décembre 2012, à une augmentation du capital social de 600 millions de dirhams [NDLR : 54 millions d'euros] par apport en numéraire" précise le groupe par communiqué.

Une dette nette qui représente le quadruple des fonds propres

Avec une dette nette de 7 milliards de dirhams qui représente le quadruple de ses fonds propres, selon l'hebdomadaire Tel Quel, le sidérurgiste marocain doit donc négocier un virage très difficile. L'amélioration de sa situation est suspendue à la vigueur de l'économie marocaine (5,5% de croissance prévue en 2013 par le FMI) et au redémarrage hypothétique du marché européen toujours en berne comme l’illustrent les difficultés d'ArcelorMittal ou de ThyssenKrupp.

Quant à l'autre sidérurgiste du Maroc, la Sonasid, filiale à 32,4% d'ArcelorMittal et spécialisée dans les produits longs, il a vu son cours à la Bourse de Casablanca divisé par trois en l'espace d'un an.

Nasser Djama avec Pierre-Olivier Rouaud

 


 


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