Le Sénat saborde la réforme des ports

Un rapport sénatorial voté à l’unanimité par la haute-assemblée propose 15 mesures pour relancer les ports français qui ne décollent pas. Un aveu d’échec à peine voilée pour une réforme appliquée aux forceps.

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Le Sénat saborde la réforme des ports

Trois ans pour ça ! C'est un peu le constat que chacun peut faire à la lecture du rapport du Sénat : "Les ports français, de la réforme à la relance". Ce travail présidé par le sénateur UMP Charles Revet, qui a fait l'unanimité au Palais du Luxembourg, pointe le doigt où cela fait mal.

La réforme portuaire, engagée il y a trois ans et qui vient de se traduire par le transfert des grutiers à des entreprises privées le 11 juin dernier, ne répond finalement pas aux besoins des ports français de plus en plus distancés dans le concert de la mondialisation. 90 % du transport international passe par la mer.

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Le sénateur UMP Louis Nègre souligne dans ce contexte le paradoxe français : "Nos ports sont les mieux situés géographiquement, mais ils sont les derniers de la classe." Rotterdam, le premier européen, traite plus de marchandises que tous les ports français réunis.

Quand le port de la Hollande-Méridionale a traité 430 millions de tonnes en 2010, Marseille s'est contenté de 86 millions de tonnes. Classé cinquième, il devance d'une place Le Havre avec 70,2 millions de tonnes.

Si l'on ne prend en compte que les conteneurs, symboles de l'internationalisation du commerce, les résultats sont encore moins flatteurs. Le porte haut-normand se classe huitième avec un trafic de 2,35 millions de conteneurs (équivalent vingt pieds) contre plus de 11 pour Rotterdam. Le second port français, Marseille avance un chiffre dérisoire de 0,95 million d'EVP.

La réforme des ports devait résoudre tous les problèmes avec des investissements importants, le transfert du personnel de manutention à des sociétés privées et une gouvernance mieux adaptée. Le rapport pointe pourtant de nombreuses insuffisances.

30 000 emplois directs en jeu

"Si la crise sociale a eu un effet important, polariser uniquement sur ce fait serait une erreur", reconnait Charles Revet. Le manque de proximité et d'autonomie est criant. "Le système français fait qu'il y a des lourdeurs dans les prises de décision." L'hinterland des ports français est souvent ridicule, notamment en raison de transports ferrés calamiteux et de voies d'eau encore très insuffisantes.

Ce rapport émet donc 15 propositions. Il met l'accent sur une stratégie des ports davantage définie au niveau local et régional, alors que l'Etat aurait un rôle de facilitateur. Il souhaite encourager les procédures dérogatoires pour réaliser les projets plus rapidement (terrains, voies ferrées, canaux,…), mais aussi garantir une concurrence saine et loyale…

Le président Charles Revet, regrette que la France applique trop fidèlement les directives européennes, notamment pour la libéralisation des activités. "Seul Rotterdam est totalement privatisé."

Toutes ces mesures pourraient permettre de doubler le trafic dans les ports français et créer au moins 30 000 emplois directs. Des propositions seront faites à la rentrée pour modifier la loi. Et si elles ne rencontrent pas d'échos, le sénateur PS Robert Navarro jure d'en parler à son "ami François Hollande s'il est élu président de la République et de faire voter une loi dans ce sens".

Si ce rapport corrige – sur le papier - les nombreuses imperfections de la réforme des ports, pourquoi ne pas avoir mené cette enquête avant le vote de la loi en 2008. On aurait gagné trois ans… Charles Revet, qui était le rapporteur de cette loi, reconnait ne pas avoir été suivi dans cette direction …

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