Le Sénat refuse la privatisation des aéroports de Paris

Le Sénat s’est fortement opposé à la modification du statut juridique d’ADP (Aéroports de Paris), qui aurait permis sa privatisation, le mardi 5 février au soir.

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Le Sénat refuse la privatisation des aéroports de Paris

"Brader les bijoux de famille". C’est ainsi que le très libéral sénateur divers droite de Paris, Philippe Dominati, a qualifié le projet de privatiser le groupe Aéroports de Paris (ADP). Le mardi 5 février au soir, le Sénat, majoritairement conservateur, s’est opposé à la privatisation d’ADP. Une coalition trans-partisane mêlant des sénateurs LR (Les Républicains), PS et PCF a voté une série d’amendements de surpression de l’article 44 permettant la privatisation d’ADP avec 246 voix contre 78 et avec 19 abstentions.

Pour les sénateurs de droite, la privatisation d’ADP reviendrait à renouer avec "l’expérience catastrophique" de la privatisation des autoroutes et de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, selon Michel Vaspart, sénateur LR des Cotes d’Armor. Pour d’autres, comme Philippe Dominati, la privatisation de la première porte d’entrée en France est un "abandon de souveraineté" qui n’a "rien à voir avec le libéralisme".

Les sénateurs de gauche ont dénoncé la volonté du gouvernement de "renflouer les caisses asséchées de l’État", selon les mots de président du groupe socialiste Patrick Kanner, aux dépends de la protection d’un actif stratégique. D'autres avait souligné leur inquiétude quant à la reprise des aéroports par le groupe mondial de la construction Vinci.

8 à 10 milliards d’euros

Le groupe ADP, comprenant les trois aéroports franciliens Orly, Roissy Charles-de-Gaulle et le Bourget, est actuellement détenu à 50,6% par l’Etat français. Les dispositions inclues dans la loi Pacte permettaient à l’Etat de vendre une partie de ses parts tout en conservant "au minimum" 20% du capital, selon le ministre de l’économie et des finances Bruno Le Maire.

Selon les défenseurs de la privatisation, la vente d’ADP pourrait rapporter entre 8 et 10 milliards d’euros à l’Etat pour financer un nouveau fonds d’innovation de rupture. Ces fonds auraient été placés au Trésor "avec un rendement de 2,5 %", "soit une recette de 2,5 milliards d’euros disponibles pour l’innovation de rupture sur 10 ans", avait expliqué le ministre de l’économie et des finances Bruno Le Maire. Ils auraient également financé une partie du désendettement de l’Etat. D’autant plus que la licence d’exploitation d’ADP, fixée à 70 ans, aurait permis à l’Etat de reprendre l’intégralité de cet actif passé ce délai.

Décision finale pour l’Assemblée nationale

Le ministre de l’Economie et des Finances s’était voulu rassurant. Il avait assuré que cette opération serait assortie d’importantes conditions, notamment au niveau de la régulation des tarifs et du statut des salariés. Il ne s’agirait pas de s'engager "dans une privatisation sèche qui donnerait au capital privé la pleine possession d'Aéroports de Paris".

Mais cette disposition n’a pas dit son dernier mot. Le gouvernement pourra se reposer sur les députés, qui auront l’occasion de revenir au texte initial en annulant les amendements d’opposition signés par les sénateurs lorsque l’examen du texte sera fixé l’agenda de l’Assemblée nationale.

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