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L'Usine Agro

Le semencier français Limagrain menace de délocaliser sa recherche

Gaëlle Fleitour , , ,

Publié le

Alors que des essais de blé conventionnel qu’il menait dans le Nord de la France ont été vandalisés, accusés d’être de "nouveaux OGM", le champion français Limagrain pousse un coup de gueule et menace de mener sa recherche…ailleurs.

Le semencier français Limagrain menace de délocaliser sa recherche
Champs de blé
© Limagrain

Pour devenir le quatrième semencier mondial, face aux géants Monsanto ou encore Syngenta-Chemchina, il a bien fallu que le français Limagrain investisse massivement dans la R&D. Au 30 juin 2017, les efforts en R&D représentaient encore 14,6% de son chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros, réalisé à 79% à l’international. Et 20% de ses chercheurs se trouvent dans l’Hexagone… Plus pour longtemps ?

Les Faucheurs Volontaires à la manoeuvre

C’est la question que se pose Jean-Yves Foucault, agriculteur et président de Limagrain, dont l’actionnaire reste la coopérative éponyme, fondée en 1965 par des agriculteurs de Limagne (Auvergne) pour disposer des semences nécessaires à leur activité. Car le 14 décembre dernier, deux parcelles d’essais de blés conduits par Limagrain dans le Nord, représentant 37 hectares, ont été "vandalisées", les rendant "probablement totalement inutilisables". Un acte signé selon lui des Faucheurs Volontaires et de la Confédération Paysanne, qui, le 23 décembre, entreprenaient une nouvelle action dans un hypermarché Carrefour, à Givors (Rhône) : "ré-étiqueter" des pains Jacquet et des biscuits Brossard, marques détenues par Limagrain, pour exiger du semencier "les preuves que ses variétés de blé ne sont pas des OGM cachés, alors qu’il est déjà détenteur de brevets, et qu’il est aujourd’hui le principal lobbyiste de ces nouvelles techniques OGM en France et en Europe". Allusion aux nouvelles techniques d’ingénierie génétiques (NBT), que Limagrain assure ne pas expérimenter en Europe, faute justement de cadre réglementaire donné par Bruxelles.

"Du blé OGM, il n’y en a nulle part dans le monde !"

Les parcelles d’essais ravagées étaient donc totalement conventionnelles, assure Jean-Yves Foucault, qui dénonce "un moyen assez radical de bloquer tout progrès, y compris pour apporter des réponses aux attentes sociétales", et rappelle que, contrairement au maïs et au soja, "du blé OGM, il n’y en a nulle part dans le monde !". Malgré cette "dizaine d’années d’efforts de recherches et d’argent gâché", le million d’euros supplémentaire qui devra être dépensé pour semer à nouveau, et le risque que ses variétés n’arrivent in fine après la concurrence sur le marché, le président de Limagrain accuse les pouvoirs publics de n’avoir pas réagi, malgré sa plainte, pour dénoncer cet acte.

La R&D sur les OGM déjà partie outre-Atlantique

"S’il y a répétition de ce genre de problèmes, je serais le premier à conseiller au groupe de faire sortir la recherche de France, annonce-t-il désormais. Ce serait un crève-cœur, et en totale opposition avec ce que l’on a pu faire jusqu’à maintenant, mais là c’est trop grave : il s’agit de sélection classique !". Avec le risque, "dramatique, car cela amènerait tôt ou tard au déménagement et à la délocalisation d’autres choses que la recherche", reconnaît le patron du groupe disposant de plusieurs sites de production en France.

A ses yeux, de nombreux pays européens seraient prêts à accueillir la recherche de semences de Limagrain. Il n’est pas question de l’envoyer vers les Etats-Unis, car il faut qu’elle soit réalisée en Europe pour pouvoir commercialiser de nouvelles variétés en France. Depuis plusieurs années, Limagrain a néanmoins déjà fait migrer outre-Atlantique sa R&D consacrée aux OGM pour pouvoir réaliser des tests en pleins champs. Car, à ses yeux, impossible de se priver du marché des OGM, toujours croissant, s’il entend continuer à être un acteur mondial des semences dans le maïs.

Plus de 200 chercheurs en Auvergne

Dans le Puy-de-Dôme, Limagrain dispose de trois sites de recherche. Un Centre de recherche maïs et blé à Aubiat, le site de recherche de Riom de ses filiales agroalimentaires Limagrain Céréales Ingrédients (pour la meunerie et la maïserie), "qui du champ au silo, de la recherche à la production, met au point, développe, préserve et valorise la qualité des céréales" et Jacquet Brossard, sans oublier son plus grand centre de recherche grandes cultures en Europe, localisé à Chappes. Il bénéficie aussi de la proximité avec l’INRA de Clermont-Crouël, avec laquelle il avait donné naissance en 2005 au pôle de compétitivité Céréales Vallée. Des ressources dont il espère ne pas avoir à se séparer.

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