Le secteur pétrolier dans le rouge et pas d'embellie en vue

La chute des cours pétroliers à des conquéquences : après des années de bénéfices, le secteur pétrolier s'enfonce progressivement dans le rouge. 

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Le secteur pétrolier s'enfonce progressivement dans le rouge après des années de bénéfices imposants, un retournement de situation qui s'explique par la chute des cours pétroliers, sans grand espoir que ceux-ci se redressent spectaculairement.

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Les "majors" ont toutes les peines du monde à s'adapter avec des cours pétroliers qui ont chuté de moitié depuis juin 2014; elles réduisent sans cesse leurs investissements, pratiquent des coupes claires dans leurs effectifs et renoncent à certains projets.

Les retombées de cette situation inconfortable ont été particulièrement sensibles au troisième trimestre: certaines compagnies ont vu leur bénéfice dégringoler, tandis que d'autres ont affiché des pertes. Les provisions pour dépréciation qu'elles ont constituées sont de l'ordre de 25 milliards de dollars (22,8 milliards d'euros) sur la période janvier-septembre.

Sur 10 des 20 premières compagnies pétrolières nord-américaines et européennes qui ont publié leurs comptes du troisième trimestre, sept se sont retrouvées déficitaires.

Il s'agit de Royal Dutch Shell, Eni, Occidental Petroleum, Anadarko Petroleum, Hess, Suncor et ConocoPhillips.

Shell a annoncé ce jeudi une perte de 7,4 milliards de dollars au troisième trimestre, en raison d'une charge de 8,2 milliards de dollars liée à l'arrêt d'un projet controversé de prospection en Alaska et d'un autre dans les sables bitumineux au Canada. A coût courant, il a dégagé un bénéfice de 1,8 milliard de dollars, inférieur au consensus et au résultat inscrit un an auparavant.

Pour moitié, les charges de Shell se rapportaient à une révision à la baisse de ses prévisions d'évolution des prix pétroliers et gaziers, a expliqué le directeur général Ben van Beurden.

Eni a lui accusé une perte nette d'un milliard de dollars et Total a subi un recul de 23% de son bénéfice net ajusté, qui est cependant ressorti supérieur au consensus.

"Le secteur bascule rapidement dans le rouge", dit Jason Gammel, analyste spécialisé de Jefferies. "Il va renouer petit à petit avec les bénéfices en réduisant ses coûts mais ça prendra du temps. Cela dépendra de l'évolution des prix mais quoi qu'il en soit il faudra du temps pour répercuter ces économies dans tout le système".

SALE TEMPS POUR L'INVESTISSEMENT ET LES EFFECTIFS

Même si les majors européennes ont sensiblement abaissé leur point mort en gérant plus rigoureusement leurs charges et leurs dépenses, il leur faudrait un baril à 78 dollars environ en 2016 pour couvrir les dépenses et les dividendes, estimait Jefferies avant les dernières parutions trimestrielles.

Les analystes interrogés par Reuters voient le baril de Brent de Mer du Nord à 58,60 dollars en moyenne l'an prochain.

Shell, qui, selon Jefferies, a le seuil de rentabilité le plus bas, autour de 66 dollars le baril, a dit qu'il supprimerait encore un millier d'emplois en sus des 6.500 suppressions de postes déjà annoncées cette année.

Les pétroliers se tournent aussi vers le marché obligataire, tirant parti de ratios d'endettement relativement bas, pour couvrir les dépenses et les dividendes lesquels, à l'exception d'Eni, sont restés inchangés.

BP a par exemple porté son ratio d'endettement de 15% l'an dernier à 20% à présent, ayant accepté en juillet de régler 20 milliards de dollars d'amendes liées à la marée noire du Golfe du Mexique de 2010.

Le marasme sectoriel a obligé les majors européennes à réduire leurs programmes d'investissement de 15% environ cette année, à près de 107 milliards de dollars, et les coupes risquent d'être encore plus franches l'an prochain.

C'est ainsi que le norvégien Statoil, qui a publié mercredi un résultat bien plus faible que prévu, entend réduire encore ses coûts en retranchant un milliard de dollars de plus à ses dépenses d'investissement, pour les ramener à 16,5 milliards.

Le recul massif des revenus de production a toutefois été compensé par des gains exceptionnels dans le raffinage et le négoce, la baisse des prix ayant dopé la demande mondiale de combustibles.

BP, comme Total, est parvenu à déjouer les consensus des analystes cette semaine en évoquant une hausse de la production, de solides résultats dans le raffinage et d'une manière générale une meilleure gestion.

L'indice européen du secteur pétrolier et gazier perdait 0,6% jeudi dans l'après-midi.

Pour Reuters, Gwladys Fouche à Oslo, Stephen Jewkes à Milan, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny

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