Le secteur minier entre déprime et déni

 

La chute des prix des matières premières qui perdure depuis quatre ans, aggravée par le contre-choc pétrolier de 2014, a étouffé l’enthousiasme du secteur minier. Sous les spots, producteurs, sous-traitants et financiers réunis à Londres fin juin pour une conférence sur le secteur minier en Afrique se voulaient rassurants, parfois jusqu’au déni. Mais dans l’ombre de la salle, l’ambiance était morose.

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Panel "Financement" du secteur minier. De gauche à droite: Jon Marks (CBI), Laurent Charbonnier (HSBC), Matthew Cobbett (Fluor Mining & Metals), Patrick Pittaway (Cantor Fitzgerald)

"Je m’excuse pour avoir déprimé le monde depuis deux ans." Chris Hinde, directeur des études métaux et mines du consultant spécialisé SNL, a choisi de mettre les pieds dans le plat en introduction de sa présentation devant les participants à la conférence Mining on Top Africa (Mota), qui se déroulait du 24 au 26 juin à Londres. Un événement auquel les miniers se sont faits discrets, comme pour éviter le dialogue avec les ministres africains qui tentaient – un peu désespérément parfois – de convaincre des investisseurs peu enclins à ouvrir leurs portefeuilles.

"Ces dernières années ont incontestablement été particulièrement éprouvantes pour l'industrie minière", annonçait déjà SNL en introduction de sa dernière étude sectorielle intitulée "financement du secteur minier par région, janvier 2013-mars 2015". "Ces quatre ans ont été horribles pour les trois ressources principales, que sont le charbon, le fer et le cuivre", confirmait Chris Hinde à Londres.

Résilience ou pessimisme ?

On en a conclu un peu vite que le secteur allait rapidement se restructurer pour rebondir. Fin 2014, la concentration semblait imminente. Mais nous voici mi-2015, et de concentration, point. "J’avais anticipé plus d’acquisitions", reconnaît à Paris Christian Mion, expert mines et marchés émergents chez EY. Pourtant, "une concentration aurait du sens, non seulement parce qu’il y a sur le marché des actifs à bas prix, mais aussi pour diluer le risque en diversifiant ses actifs", relève Patrick Pittaway, directeur adjoint en charge des mines et métaux chez Cantor Fitzgerald.

Plus de sociétés en difficultés, ce sont plus de sociétés OPAbles. Pourtant les offres d’achat ne sont pas au rendez-vous. Pour Christian Mion, cet attentisme peut s’expliquer de deux manières : la résilience, ou le pessimisme. "Soit les cibles ne sont pas si faibles qu’on aurait pu le penser, soit les acheteurs anticipent une situation pire encore. Soit… Les deux." En tout cas, rien ne bouge.

Et cela pourrait durer. Christian Mion a acquis au fil de ses échanges avec des observateurs privilégiés du secteur la certitude qu’aucun mouvement d’envergure n’interviendra à court terme. "Les avocats ne voient rien, n’entendent rien, tout est flat. Quant aux fondamentaux, nous n’avons aucune visibilité sur une reprise avant 2017. L’année 2015 est presque terminée, et les chiffres réels seront probablement pires qu’attendu, tant du côté de la croissance chinoise que du côté des clôtures de comptes (années fiscales canadiennes et australiennes) et résultats semestriels au 30 juin. Il y aura probablement un certain nombre de profit-warnings."

Les financiers ont l’embarras du choix

A Londres, à la conférence Mota, banques et capital-risqueurs gardaient le sourire face à des miniers qui faisaient grise mine. Laurent Charbonnier, directeur Emea Métaux et mines chez HSBC, décrit un marché de plus en plus sélectif : "l’exubérance a disparu". Le banquier avoue évaluer plus l’équipe que le business-plan : "Nous ne finançons pas des projets, mais des équipes de direction. Une étude de faisabilité n’est qu’un bout de papier".

En termes de volumes de financements accordés, Laurent Charbonnier affirme que la banque internationale continue à investir : "les affaires sont florissantes". Même discours du côté des conseils, comme l’avocat Mouhamed Kebe, associé du cabinet sénégalais Geni & Kebe : "Nous ne voyons pas de baisse d’activité. Ce sont des projets à long terme et la baisse des prix, elle, est conjoncturelle."

Effectivement, selon SNL, le total des investissements de leur panel minier en 2014 était en légère hausse sur 2013 (4%). EY par contre, dans une étude plus exhaustive (et moins enthousiaste), recense une baisse de 15% sur 2013, à 230 milliards de dollars levés par le secteur minier en 2014.

Réduction des coûts et des investissements

En réalité, la période est clairement aux économies dans les groupes miniers, au grand dam des ministres africains présents à Londres principalement pour attirer des investisseurs. Bill Scotting, PDG d’ArcelorMittal Mining rappelle que cette réduction des coûts était indispensable dans les "conditions de marché actuelles".

Entre 2012 et 2015, la société compte réduire ses coûts de production de 14% à 46% selon les produits et les sites.

L’Asie et l’Amérique latine attirent encore des capitaux

"Le secteur continue néanmoins à attirer de nouveaux financements", avec des différences nettes d’un continent à l’autre, relève SNL. La région Asie / Moyen-Orient a reçu la plus grosse part (16,92 milliards de dollars, soit 20%) de ces financements. Il est intéressant de noter qu'il s'agit en majorité de financements nationaux, alors que l'Amérique latine (17% du total) et surtout l'Afrique (8%) agrègent surtout des capitaux étrangers. L'Europe, Russie et Asie centrale comprises, compte pour 10% des investissements dans le secteur sur neuf trimestres (janvier 2013-mars 2015).

L'analyse de SNL inclut l'ensemble des financements recensés sur les métaux et ressources extractibles (métaux précieux et de base, minerai de fer, uranium, charbon, potasse / phosphates et métaux de spécialité comme les terres rares, le graphite et le lithium).

Les majors ne dominent pas partout

Concernant les types de sociétés qui investissent, les majors arrivent sans surprise en tête, générant 43% des 82,92 milliards au cours de la période sous revue. Mais cette domination n'est pas générale, puisque les majors n'arrivent qu'en troisième position en Asie du Sud-est / Pacifique, derrière les minières de taille intermédiaire (29%) et les juniors (27%). Ces dernières dominant même sur le continent africain (46%, contre 31% pour les majors).

Le principal frein, pour les juniors, est l’accès au financement. Pour Laurent Charbonnier d’HSBC, cette différence de traitement avec les majors s’explique par les règles prudentielles de Bâle III : "si vous êtes mono-ressource, sur un seul pays, cela coûtera très cher à la banque de vous financer, à cause des règles prudentielles. Alors que dans les grandes sociétés, le risque est dilué."

La ruée vers l'or

Quant aux ressources qui attirent ces capitaux, il s'agit d'abord d'or, suivi par les métaux de base et l'argent. Le charbon a également fait l'objet d'investissements considérables. Les platinoïdes, les phosphates et la potasse arrivent ensuite à égalité devant les diamants, rapporte SNL.

Myrtille Delamarche

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