"Le salon doit se renouveler", d'après le commissaire du Mondial de l'Auto

Pour sa 120e édition, le Mondial de Paris a choisi de mettre en avant les nouvelles mobilités, les recherches en cours sur les motorisations alternatives ou les véhicules autonomes, se félicite le commissaire de l'événement, Jean-Claude Girot... Une manière de répondre aux défections de certains acteurs.

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Les salons automobiles sont amenés à se réinventer face à l'absence de certains acteurs.

En 120 ans, l’événement a su devenir incontournable auprès des industriels de l’automobile et des passionnés de voitures. A tel point qu’avec plus d’un million de visiteurs, le Mondial de Paris est le rassemblement automobile le plus fréquenté au monde. Mais, à l’image d’autres salons comme celui de Genève (Suisse) et de Francfort (Allemagne), le salon connaît cette année son lot de défections. Le groupe Fiat-Chrysler, la marque Volkswagen ainsi que Ford, Nissan, Mitsubishi, Opel, Volvo ou Mazda ont renoncé à planter leur stand dans les allées de la porte de Versailles, entre le 4 et 14 octobre.

Un apparent désintérêt aux origines multiples. Les révolutions connectées, partagées et autonomes ont permis depuis quelques années à de nouveaux concurrents de se positionner. Illustration : la place désormais centrale du Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas… dont le succès n’est sans doute pas étranger à la décision du salon de Detroit d’ouvrir ses portes dès 2020 en juin, et non plus en janvier, à quelques jours d’intervalle avec le CES. Sans oublier la montée en puissance des salons chinois de Shanghai et Pékin, dont l’attractivité croît au rythme de leur marché local.

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Une concurrence accrue qui explique le souhait de certains industriels de privilégier un salon au détriment des autres… d’autant que la facture est souvent salée. Selon Auto-Journal, BMW aurait déboursé 50 millions d’euros pour son stand à Francfort en 2017. Un sacré investissement, d’autant qu’en face, l’évolution des manières de se déplacer (surtout chez les urbains), l’achat plus tardif d’une voiture ou encore la croissance des outils numériques dans le processus d’acquisition, pèsent sur la fréquentation des salons. Et in fine, sur le retour sur investissement des acteurs présents.

Interrogé par L’Usine Nouvelle, le commissaire du Mondial, Jean-Claude Girot, reste toutefois confiant sur la capacité de l’événement à rebondir face à ces évolutions et continuer à peser dans la carte mondiale des salons automobiles. Au prix d’une 120e édition totalement repensée.

L'Usine Nouvelle - Comme à Genève ou Francfort, des constructeurs automobiles font l’impasse pour cette nouvelle édition du Mondial. Comment réagissez-vous à ces décisions?

Jean-Claude Girot -Je ne peux évidemment que regretter leur absence. C’est d’autant plus regrettable que cela intervient en plein renouvellement du salon, à la demande notamment des exposants. Nous avions créé à l’issue du Mondial 2016 plusieurs groupes de travail, dans le cadre desquels certains acteurs absents cette année ont travaillé avec nous pour améliorer le Mondial et faire en sorte que celui-ci soit encore plus profitable pour les groupes présents sur place. J’espère que les nouveautés présentées cette année donneront envie à certains de revenir en 2020 (le Mondial se déroulant tous les deux ans en alternance avec Francfort, ndlr).

Pourquoi était-il nécessaire de faire évoluer le Mondial?

Les technologies évoluent rapidement : il n’est plus possible de continuer à proposer la même chose d’une édition à l’autre. Il était nécessaire pour le Mondial de s’adapter et se renouveler. Nous cherchons à donner une plus grande ouverture au salon, et bien sûr pas seulement pour cette édition. Nous allons continuer à améliorer le contenu pour 2020 et y présenter de nouveaux éléments.

Pour cette année, à côté des présentations faites pour les passionnés de voitures, l’objectif est de mettre en avant le travail de recherche et développement des constructeurs sur des éléments variés. A savoir, les questions de pollution des véhicules, le confort à bord ou encore la façon dont ils prennent en compte les nouveaux usages de la voiture. Le Mondial démontrera notamment qu’il ne faut pas opposer les différents modes de transports, mais qu’ils sont en fait tous être complémentaires dans un système bien organisé.

De nombreux acteurs de la mobilité seront d’ailleurs présents, à l’image de Transdev, mais également les nouveaux entrants tels que Google, dont le directeur européen interviendra au Mondial. Les acteurs du numérique ont une place croissante à jouer dans l’automobile, puisque l’arrivée des véhicules autonomes doit libérer le temps des passagers.

En quoi consistent les nouveautés mises en place cette année?

Nous allons sortir des murs de la Porte de Versailles en mettant en place un centre d’essais de véhicules verts place de la Concorde à Paris. L’objectif est de donner une image concrète des avancées de la filière automobile sur les nouvelles motorisations notamment. Ce sera l’occasion de montrer que les voitures électriques, hybrides, hydrogène ou gaz fonctionnent, même s’il ne faut pas oublier que les travaux mis en œuvre par les constructeurs automobiles autour des motorisations thermiques comme le diesel ont permis de réaliser de grands progrès en matière de pollution.

Le Mondial de la mobilité sera l’occasion de voir comment pourrait s’intégrer, par exemple, un véhicule en auto-partage dans les systèmes de transports en commun. Des acteurs variés, comme des spécialistes de vélos électriques, seront présents dans le cadre de ce nouveau volet du Mondial. Nous avons aussi mis en place des initiatives avec des partenaires à destination des jeunes et moins jeunes en recherche d’emploi dans le secteur de l’automobile. Le lancement du Mondial Women le 4 octobre vise enfin à promouvoir les femmes travaillant dans la filière.

Le Consumer Electronic Show (CES) américain capte de nombreuses annonces. Y voyez-vous une concurrence d’un nouveau genre ? Quelle est la vocation du Mondial.Tech?

Pour un salon américain tel que celui de Detroit, le CES peut apparaître comme un concurrent, d’autant que les dates des deux événements étaient jusqu’à présent très proches. Mais pas pour nous, qui sommes implantés sur un autre continent. J’ai d’ailleurs invité son président, Gary Shapiro, sur le Mondial cette année. Le CES Unveiled se déroulera en outre sur une journée (le 3 octobre, ndlr) dans le cadre du salon. Gary Shapiro et moi-même verrons à l’issue du Mondial si nous maintiendrons le partenariat mis en place cette année.

Le Mondial.Tech, que nous avons initié cette année, vise dans ce contexte à faire office en quelque sorte de pendant européen au CES, avec une configuration semblable à celle de Las Vegas. Il a vocation à se dérouler tous les ans et est destiné, à l’image du CES, à un public professionnels. L’événement permettra de faire un état des lieux des recherches en cours sur le plan technique et technologique.

Quelle vision avez-vous de l’automobile de demain?

Je crois que le véhicule particulier aura encore du sens dans les années à venir pour les individus vivant en province ou en banlieue, à la fois pour leur travail et leurs loisirs. Tous les véhicules devraient profiter des améliorations sur le confort, avant peut-être un jour la possibilité de pouvoir faire autre chose à bord. La voiture autonome pourrait se développer vite sur des sites fermés, mais il reste encore un certain nombre d’éléments à mettre en place.

Il faut développer des infrastructures, créer une nouvelle législation, sans oublier les craintes à faire sauter chez les clients. Ils acceptent aujourd’hui de monter dans un métro automatisé, mais ce n’était pas le cas il y a cinquante ans. Comme pour le métro, il va falloir évacuer les inquiétudes autour du véhicule autonome.

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