Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Le sage de l'atome

Ludovic Dupin ,

Publié le

En mars 2011, la catastrophe de Fukushima l'a révélé au grand public. Pourtant, André-Claude Lacoste se bat pour la sûreté et la transparence du nucléaire depuis plus de trente ans. Le président de l'Autorité de sûreté nucléaire est aujourd'hui incontournable.

La réputation d'André-Claude Lacoste s'est forgée un matin de septembre 2000. Depuis plusieurs mois, la centrale de Dampierre, dans le Loiret, enchaîne les incidents. Inacceptable pour le directeur de la direction de la sûreté des installations nucléaires au ministère de l'Industrie. Il décide donc de se rendre sur place. Après avoir rencontré la direction et les syndicats, André-Claude Lacoste réunit les 800 salariés du site et leur donne six mois pour redresser la situation. Il finit son discours par un avertissement en forme de menace : « Il est plus facile de fermer une centrale que de la rouvrir ! » Seul un « roc », selon le terme choisi par plusieurs spécialistes français du nucléaire, pouvait ainsi tenir tête à EDF...

La sûreté sera d'ailleurs le fil rouge de la carrière de ce polytechnicien, ingénieur des mines. De 1978 à 1990, il gère et coordonne la sécurité des installations industrielles. Adjoint au directeur général de l'Industrie en 1990, il devient, trois ans plus tard, le premier directeur de la sûreté des installations nucléaires. Il n'aura alors qu'une obsession : conquérir sa nécessaire indépendance. Il y parviendra en deux temps : en 2002, avec la création de la direction générale de la sûreté nucléaire et de la radioprotection, puis en 2006, avec l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). « Beaucoup de juristes n'ont pas admis et ne sont toujours pas enthousiastes à l'idée que l'État délègue l'un des ses pouvoirs à une autorité indépendante », sourit André-Claude Lacoste.

 

Une carrière au service de l'État

 

En évoquant cette réussite, Jean-Louis Beffa, l'ex-président de Saint-Gobain et camarade de l'École des mines, juge que le président de l'ASN a fait « la plus belle carrière de notre promotion au service de l'État ». « Il incarne le sens de l'intérêt général et la rigueur de l'ingénieur », estime Luc Oursel, le président du directoire d'Areva. D'aucuns s'étonnent qu'avec une telle expertise, André-Claude Lacoste n'ait jamais accepté de pont d'or offert par le privé. Loin de s'en offusquer, l'intéressé, qui n'évoque jamais sa vie privée, rappelle que son père était officier du génie, qu'un de ses grands-pères fut commissaire de la marine nationale, et que l'autre, officier, est mort durant la Première Guerre mondiale. « Dans la famille, il y a une certaine vision du service public », souligne-t-il sobrement.

André-Claude Lacoste oeuvre aussi pour la transparence du nucléaire. « Une réalisation forte a été la mise en ligne sur internet des lettres de suite des inspections des installations nucléaires », assure Marie-Claude Dupuis, la directrice générale de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs. À chaque visite, les inspecteurs envoient un courrier aux exploitants pour leur décrire leurs conclusions. Les rendre accessibles fut traumatisant pour les inspecteurs. Mais pas question de passer en force pour André-Claude Lacoste. « Une de ses visions a été de faire fonctionner le collège de l'ASN par consensus et non pas par vote », explique Jean-Christophe Niel, le directeur général de l'ASN. « Les associations anti-nucléaires en tirent des phrases qui font mal ! », s'amuse André-Claude Lacoste.

Cette transparence est devenue évidente pour le grand public avec la catastrophe de Fukushima. Quelques jours après le tremblement de terre et le tsunami géant du 11 mars 2011, le Japon annonce un accident nucléaire de classe 4 sur l'échelle internationale des événements nucléaires (Ines) qui en compte 7. Immédiatement, André-Claude Lacoste indique qu'en France l'ASN l'aurait classé au niveau 6... Les dents grincent au Japon. « C'est fondamental d'être capable de dire d'emblée que c'est une crise extrêmement grave pour être plus à même d'expliquer vraiment ce qui se passe », se défend-il aujourd'hui.

André-Claude Lacoste quittera son mandat en novembre prochain, quelques jours avant ses soixante et onze ans. « Il faudra trouver quelqu'un qui aura le même poids à l'international pour le remplacer », prévoit Jean Tandonnet, inspecteur général pour la sûreté nucléaire chez EDF. André-Claude Lacoste s'impliquera-t-il au niveau international ? Le président de l'ASN a créé l'association des Autorités de sûreté des pays d'Europe de l'Ouest et il a influé sur plusieurs réglementations européennes. « Aujourd'hui, un nouveau monde s'ouvre, observe-t-il. Fukushima pose la question d'une harmonisation mondiale de la sureté. » Il se verrait bien jouer un rôle dans ce nouvel ordre nucléaire...

EN QUELQUES MOTS

International Connu dans le monde entier, il est écouté et respecté par l'ensemble des autorités nucléaires de la planète. Haut fonctionnaire Issu du corps des mines, il a passé sa carrière au service de l'intérêt public, délaissant les ponts d'or offerts par l'industrie. Transparent La transparence qu'il a souhaitée pour le nucléaire, il la pratique dans le management de ses équipes.

Luc Oursel, président du directoire d'Areva

« Il incarne le sens de l'intérêt général et la rigueur de l'ingénieur. »

inscrivez-vous aux webinaires

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle