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LE ROBOT QUI A REMONTÉ LES BOÎTES NOIRES

Manuel Moragues

Publié le

Enquête Deux ans après le crash de l'Airbus A 330 qui s'était abîmé au large du Brésil en 2009, le navire câblier « L'Île de Sein » d'Alcatel et le robot Remora de Phoenix ont réussi à remonter les boîtes noires. Récit d'une prouesse réalisée par 4 000 mètres de fond.

LE ROBOT QUI A REMONTÉ LES BOÎTES NOIRES
Le câblier « L'Île de Sein » d'Alcatel-Lucent et de Louis Dreyfus Armateurs a été choisi pour sa stabilité et sa capacité à maintenir sa position au mètre près par force 7. Spécialiste des travaux en grande profondeur, il dispose d'une puissante grue arrière qui lui permet de remonter les débris les plus lourds de l'avion.
© BEA/ECPAD ; PHOENIX INTERNATIONAL ; EYEPRESS NEWS

Elles trônent au milieu de la pièce. De l'eau les protège de la corrosion, mais pas de la mitraille des photographes accourus le 12 mai dans les locaux du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), à l'aéroport du Bourget. Les boîtes noires si convoitées sont en bon état. La véritable enquête sur les causes du crash de l'Airbus A 330 du vol Air France AF 447 Rio-Paris, le 1er juin 2009 au large du Brésil, peut commencer. Trois jours plus tard, on apprendra que l'intégralité des données s'avère exploitable.

Ces enregistreurs se sont fait désirer. Leur récupération à 3 900 mètres de profondeur après vingt-trois mois d'immersion constitue une première mondiale. Une prouesse à mettre à l'actif du câblier « L'Île de Sein » d'Alcatel et du robot sous-marin Remora de l'américain Phoenix International. Le 3 avril, l'épave avait été localisée dans l'Atlantique Sud, deux semaines après le début de la quatrième campagne de recherche pour remonter les débris. « L'Île de Sein », qui vient de terminer la pose d'un câble sous-marin dans les Canaries, est sélectionné le 8 avril. Son navire-jumeau, « L'Île de Batz », avait remonté, en 2004, les boîtes noires du Boeing de Flash Airlines qui s'était abîmé en mer Rouge, après son décollage de Charm el-Cheikh en Égypte. « Ce bateau est conçu pour offrir une vaste plate-forme de travail très stable, grâce à des ballasts antiroulis, et capable, avec ses moteurs puissants et ses propulseurs latéraux, de maintenir sa position à 1 mètre près par force 7 », explique Alain Coatanhay, le directeur de la flotte de l'armateur Louis Dreyfus, qui gère celle d'Alcatel.

Le navire est dédié aux fonds des océans : il y dépose de lourds câbles avec délicatesse et précision. Seul hic, ses robots ne descendent qu'à 2 000 mètres. Il faut faire venir par avion le robot filoguidé Remora 6 000 de l'américain Phoenix (lire l'encadré) depuis la côte est des États-Unis. Un engin de 4 millions de dollars, dont la coque de cinq centimètres d'épaisseur en titane supportera les 400 bars de pression. Les systèmes permettant au navire de communiquer avec le robot sont déjà présents à bord ou facilement adaptables. Le 19 avril, une fois installés le conteneur - salle de contrôle du Remora, son portique et son treuil de mise à l'eau, « L'Île de Sein » quitte le port de Las Palmas. Les quatre jours de trajet sont mis à profit par les hommes du BEA et de Phoenix pour analyser les 26 000 photos prises lors de la découverte du champ de débris de l'épave. Cinq points sont identifiés comme prometteurs. Le 26 avril, le Remora est mis à l'eau. Plus de trois heures sont nécessaires à sa descente. Censé remonter à la surface comme un bouchon en cas de panne, le petit robot de deux mètres cubes et de moins d'une tonne descend à la force de ses maigres propulseurs. Une fois au fond, son sonar balaye à 100 mètres à la ronde. Une liaison acoustique adaptée à la grande profondeur lui permet de se repérer par rapport au navire, lui-même positionné par satellite. Le Remora traîne derrière lui les 4 kilomètres de son câble ombilical. Devant des écrans de contrôle, les spécialistes du BEA identifient les débris et guident les deux opérateurs du robot. Mais pas de trace des boîtes noires.

Une semaine d'exploration méthodique, un record

« Nous avons alors opté pour un balayage systématique sur une zone de 600 x 200 mètres », raconte Alain Bouillard, le directeur de l'enquête du BEA. Le deuxième jour, une lente progression, ralentie par des arrêts pour examiner les débris de près, permet d'identifier le châssis de l'enregistreur de vol (la boîte noire qui stocke les paramètres du vol). L'observation minutieuse du fond sur 20 mètres autour du châssis ne donne rien. Toujours pas de boîte noire. « Nous nous sommes ensuite restreints à une zone de 300 x 150 mètres, que nous avons divisée en carrés de 50 mètres de côté », précise Alain Bouillard. Une approche méthodique couronnée de succès le 1er mai : l'enregistreur de vol est découvert. Le robot était passé trois fois au-dessus de cette pièce de la taille d'une bouteille sans l'identifier !

La pince du Remora arrache l'enregistreur aux sédiments pour la déposer dans un casier métallique que le robot accrochera sous son ventre. Au bout de trois heures de treuillage, l'enregistreur est à bord. Un gendarme le plonge dans un bain d'eau douce pour éviter toute oxydation au contact de l'air. Le lendemain, l'enregistreur phonique du cockpit est trouvé et récupéré de la même manière. Le 7 mai, le patrouilleur « La Capricieuse » de la Marine nationale récupère les boîtes noires. Le 11, elles sont à Cayenne, le 12 à Paris. Le Remora continue de remonter des dizaines de débris pouvant aider les enquêteurs. Pour l'instant, seuls deux corps, sur la cinquantaine qui se trouvent dans l'épave, ont pu être ramenés à la surface.

Spécialiste des profondeurs

La récupération des boîtes noires du Rio-Paris par 3 900 mètres de fond a-t-elle été difficile ? « Au risque de paraître présomptueux, c'est notre quotidien », répond Steve Saint-Amour, le directeur commercial de Phoenix International, une entreprise américaine d'ingénierie sous-marine basée dans le Maryland. Phoenix s'est fait une spécialité de la récupération d'épaves d'aéronefs. « Nous en avons remonté une soixantaine en douze ans : missiles, satellites, hélicoptères, avions de chasse ou de ligne... » En février 2010, Phoenix a récupéré, pour le Bureau d'enquêtes et d'analyses, les boîtes noires de l'Airbus de Yemenia Airways qui s'était abîmé au large des Comores le 30 juin 2009. Sous contrat avec la marine américaine, Phoenix entretient et opère le matériel de recherche et de secours de la Navy. C'est l'une des deux ou trois entreprises commerciales à disposer d'un robot capable de descendre à 6 000 mètres. Phoenix a conçu et a construit ses Remora 6 000. Elle n'en possède plus que deux depuis qu'elle en a vendu un au réalisateur James Cameron, qui l'a envoyé sur le « Titanic »...

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