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Le robot français a de l’avenir

Aurélie Barbaux , , , ,

Publié le

en couverture Le gouvernement lance le plan France robots initiatives pour développer une filière robotique de service hexagonale. Tout reste à faire.

Le robot français a de l’avenir
comparée aux autres pays engagés dans la robotique, la France est relativement bien positionnée, avec un nombre d’entreprises compris entre 30 et 60.

Qui peut créer quelques dizaines de milliers d’emplois en France d’ici à 2020 ? Qui peut augmenter la compétitivité des entreprises ? Qui peut défier les industries coréenne, japonaise, allemande ? Le robot de service français. Enfin… si la filière, embryonnaire, se structure, s’organise et n’éparpille pas ses forces naissantes. Si les laboratoires publics apprennent à transférer leur savoir. Si les investisseurs se mettent à y croire. Si les grands industriels français pratiquent enfin une solidarité nationale avec leurs fournisseurs. Si on arrive à faire entrer des robots dans les PMI. Et, enfin et surtout, si toutes ces actions sont coordonnées.

Pour passer du conditionnel au futur, Arnaud Montebourg a annoncé un grand plan robotique, France robots initiatives, le 19 mars 2013, en ouverture de la troisième édition du salon Innorobo, à Lyon. L’objectif final affiché est ambitieux : faire de la France un leader de la robotique d’ici à 2020. Mais rien à voir avec le plan robotique coréen qui visait à faire du pays, d’ici à 2018, le leader de la robotique de service. Rien à voir non plus avec un grand plan robotique comme le plan informatique, qui avait permis de créer des clubs dans toutes les écoles, et dont rêvait Bruno Bonnell, le PDG de Robopolis, l’instigateur d’Innorobo et le président du syndicat Syrobo. Le ministère du Redressement productif ne s’engage ni sur des objectifs chiffrés ni sur un montant d’investissements. "Le plan va quand même permettre de mobiliser jusqu’à 100 millions d’euros. Cela suffit largement pour faire décoller la filière", assure Bruno Bonnell [lire page 37]. Mais dans les 100 millions d’euros, il compte les 60 millions du fonds Robolution Capital qu’il a lancé et dans lequel la CDC doit investir 15 millions d’euros. Le reste proviendrait d’appels à projets des investissements d’avenir. En réalité, il s’agit surtout de ne pas rater le coche. "Le marché mondial de la robotique de service atteint 18 milliards de dollars et pourrait être multiplié par trente en dix ans. Les entreprises françaises en capturent environ 10%", avancent les experts du cabinet d’Arnaud Montebourg. Mais pour suivre la croissance, il faut vite structurer la filière. Sinon, les emplois potentiels seront créés… ailleurs.

Les points clés du plan robotique français

  • Objectif Faire de la France un leader mondial en 2020.
  • Développement Mobilisation de l’achat public pour soutenir les innovations.
  • Financement 15 millions d’euros apportés par CDC-entreprises dans Robolution capital, un fonds de placement à risques, mobilisation du FSN PME.
  • Coordination Création d’un comité robotique, filière de demain, public-privé.
  • Valorisation Création d’une infrastructure de recherche dédiée, d’un concours de thèses, de projets public-privé dans Horizon 2020 (Europe), de cinq laboratoires mixtes PME-public.
  • Technologies Investissements d’avenir dans les logiciels embarqués et objets connectés, appels à projets de R&D, filière et lancement des "défis" de recherche.
  • Compétitivité Programme Robot start PME du Symop (robotiser 250 PME), programme spécifique pour la filière automobile.

Et presque tout est à faire. Aujourd’hui, en France, le nombre d’entreprises dont l’activité principale est la conception ou la fabrication de robots de service serait compris entre 30 et 60 pour un nombre d’emplois de quelques centaines de personnes très qualifiées : chercheurs, ingénieurs et techniciens majoritairement. C’est peu, mais pas si ridicule comparé aux autres pays [voir la carte ci-dessus]. Reste que, hormis quelques très rares leaders mondiaux, comme ECA dans les robots d’intervention nucléaire, les acteurs français demeurent de taille modeste, voire pour beaucoup des start-up qui cherchent leur marché, des investisseurs, et qui ont du mal à subsister.

Créer une filière d’excellence

Le défi robotique français consiste donc autant à multiplier ces entreprises qu’à les faire grandir. À leur donner par conséquent un marché. Et pour que ces nouveaux robots de service français soient aussi fabriqués en France, il faut impérativement constituer une filière structurée et solidaire. "Nous estimons que les emplois directs induits par la robotique de service à l’horizon de cinq à dix ans sont de quelques milliers à quelques dizaines de milliers", notent les auteurs du rapport Pipame, publié par le cabinet Erdyn Consultants en juin 2012 et sur lequel se fondent les services de Bercy. Charge au comité de filière, prévu dans le plan, de favoriser les collaborations et de soutenir le développement des entreprises de la robotique. Il devra aussi être capable de définir des domaines prioritaires d’action. "Il faut créer une filière d’excellence. Mais fédérer toute la robotique n’aurait pas de sens, il y a tellement d’applications différentes. Et nous avons besoin d’avoir des chefs de file par domaine", analyse Bertin Nahum, le PDG de Medtech [lire son portrait page 8], qui se verrait bien piloter celui qui concerne la santé.

Une compétition internationale déjà structurée

Corée Du Sud

Korean Robotics Basic Plan

La Corée Du Sud veut devenir le leader mondial de la robotique en 2018. Pour cela, le nombre d’emplois de la filière devra passer de 6 200 en 2008 à 80000 en 2018. Deux plans publics d’investissements ont donc été prévus : 720 millions de dollars pour 2002-2008 et 750 millions de dollars pour 2009-2013.

États-Unis

Plan robot Obama

en 2011, le président Obama a annoncé le lancement d’un plan de développement de la robotique de service professionnelle doté de 70 millions de dollars. Le pays investit également, via le département de la Défense (DOD), 41 millions de dollars dans le développement et les achats de drones.

Europe

Soutien à la recherche

L’Europe soutient principalement la recherche. Mais, en 2009, l’Allemagne et la France ont bénéficié de fonds européens non spécifiques (94 millions d’euros pour la première, 20 millions pour la seconde). À noter aussi, en France, le programme amont Drones de la DGA de 188 millions d’euros (1999-2008).

Japon

Investissements privés significatifs

Pas de grands plans publics au Japon, mais des entreprises qui investissent, comme Honda (100 millions de dollars) ou Kawada (300 millions).

Taïwan

 Soutien public à la filière

Taïwan a mis en place trois programmes de soutien public à la filière robotique : l’Intelligent robot industry development (3,4 milliards de dollars par an), l’intelligent robot technology development (6,8 milliards par an) et l’intelligent robot research (3,4 milliards par an).

Mais le principal atout de la robotique française, sa recherche académique, est aussi sa faiblesse. Car, question valorisation et transfert de technologie, la France peut vraiment mieux faire. Pourtant, la recherche en robotique est plutôt structurée, avec 1 300 chercheurs doctorants répartis dans une soixantaine d’équipes au sein du Groupement de recherche robotique, lui-même organisé en huit groupes de travail (robotique médicale, véhicules autonomes, robots humanoïdes…). Sans parler des grands laboratoires réputés, comme le Laas, l’Isir, le CEA-List… Mais cette recherche expérimentale est pénalisée par le manque d’ingénieurs et de techniciens dans les labos… et par la faiblesse de la culture technologique des chercheurs (comparée à celle de leurs collègues allemands notamment).

L’absence d’acteurs de poids en robotique industrielle ne favorise pas non plus les transferts. Contrairement à l’Allemagne, la France ne peut pas développer son industrie de robots de service en s’appuyant sur la robotique industrielle. Elle ne dispose d’aucun grand fabricant, mais juste d’un réseau d’intégrateurs (ils sont 400 et de toutes tailles), qui peine à faire entrer les robots dans l’entreprise. L’industrie française affiche toujours un déficit chronique de robots industriels.

Pour changer les mentalités, voire les cultures, "nous avons présenté aux investissements d’avenir le programme Robot Start PME, robotqui vise à réaliser des audits robot dans un millier de PME, pour robotiser, si possible, la production de 250 d’entre elles", indique Vincent Schramm, le directeur général du Symop. Une action similaire pour la filière automobile est prévue dans le plan. C’est indispensable. Bonne nouvelle cependant, les robotiques industrielle et de service convergent : "C’est émergent, mais la cobotique – ces machines intelligentes qui travaillent en cohabitant avec des humains – possède des briques technologiques communes avec la robotique de service, notamment dans les interactions homme-machine, les capteurs…", s’enthousiasme l’un des conseillers d’Arnaud Montebourg. Des technologies, où la France peut aligner des fournisseurs de pointe. La base d’une filière d’avenir.

 

Rien n’est joué sur le plan mondial...

Nombre d’entreprises industrielles dans la robotique personnelle et de service en 2012 (fourchette basse–haute)
Comparée aux autres pays engagés dans la robotique, la France est relativement bien positionnée, avec un nombre d’entreprises compris entre 30 et 60.

 

 

... Et La robotique de service est en plein boom

Services professionnels Robots personnels et domestiques

16408 robots vendus en 2011 (+9% par rapport à 2010)

3,6 milliards de dollars (+ 6% par rapport à 2010)

18 milliards de dollars en 2015*

2,5 millions de robots vendus en 2011 (+ 10% par rapport à 2010)

636 millions de dollars (+ 19% par rapport à 2010)

8 milliards de dollars en 2015*

Deux inventions françaises : ci-dessus, le robot rondier d’eos innovation. À droite, l’emox d’awabot, robot éducatif capable de détecter les émotions.

* projection erdyn consultants

 

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