Le réveil de la gare de l'Est

Rénovée de fond en comble pour accueillir le TGV Est européen, la gare de l'Est, à Paris, va connaître un sursaut d'activité. Cette ouverture sur de grandes villes européennes devrait rejaillir sur tout le quartier.

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Le réveil de la gare de l'Est

La gare de l'Est entre dans une nouvelle époque avec sa verrière restaurée, ses 150 écrans plasma, sa couverture Wi-Fi et de nouveaux services. La SNCF a voulu faire de cette cinquième gare parisienne un outil high tech dans un écrin architectural. Car le TGV Est européen met Paris à environ 4 heures de Francfort, Stuttgart ou Zurich, contre 6 heures avec les anciennes rames. Pour séduire la clientèle d'affaires et de tourisme, la SNCF a investi 80 millions d'euros pour rénover les façades et l'intérieur de la gare, avec la création d'un local d'avitaillement de 3 000 mètres carrés, doté d'une chambre froide, et l'extension des parkings qui passent de 160 à 380 places.

Grâce à l'ouverture, en coeur de gare, d'une zone d'exploitation inutilisée, l'espace public de circulation passe de 6 000 à 7 500 mètres carrés. Ce hall agrandi améliore la fluidité, tandis que la nouvelle ligne devra apporter 4,5 millions de voyageurs supplémentaires, pour une fréquentation totale annuelle de 31 millions de personnes (dont 10 % de non-voyageurs). Les passagers arrivant du métro déferleront par huit escaliers mécaniques, au lieu de trois auparavant. Répartis dans toute la gare, les écrans plats informent, depuis mai 2006, les passagers sur les horaires des trains, en temps réel. « Ils n'ont pas été faciles à adopter en interne, le tableau général de départ ayant une forte valeur symbolique, note Jean-Claude Durand, chef de programme à la SNCF. Mais, à présent, ces écrans plats sont pour nous une évidence. »

Le quartier des deux gares en quête de renouveau

Les retombées attendues du TVG Est suffiront-elles à redynamiser le 10e arrondissement ? Une étude de l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur) observe que la tendance est au renforcement du pôle des gares du Nord et de l'Est. Il recense 32 000 emplois dans le quartier, avec près de deux emplois par actif résident. La SNCF, avec ses 6 000 collaborateurs, reste sans conteste le premier employeur. Les services aux entreprises regroupe 8 200 salariés. L'Apur relève toutefois que le nombre d'emplois de l'arrondissement a diminué dans la période 2002-2004, pour retrouver son niveau de 1999. Entre 2003 et 2006, six agences d'intérim ont mis la clé sous la porte, laissant la place à des fournisseurs de services spécialisés dans la téléphonie.


Autre nouveauté : l'accès facilité pour les handicapés avec, d'ici à fin 2007, le déploiement de bandes podo-tactiles pour les aveugles, de boucles audio permettant de diffuser la sonorisation des gares sur un appareil auditif pour les malentendants, ou de bornes audiovisuelles utilisant le langage des signes. « Ces équipements seront testés dans les gares du TGV Est, avant d'être adoptés dans d'autres gares », assure Jean-Claude Durand. Quant aux commerces, leur superficie est étendue de près de
70 % et passe à 5 500 mètres carrés, pour un investissement de 10 millions d'euros, financé par Altaréa. Car la clientèle ferroviaire reste de quarante à soixante minutes en gare, et consomme ! En comparaison, les Franciliens s'attardent rarement plus de dix minutes sur place.

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La mixité sociale remise en cause


Tony Dreyfus
Maire du 10e arrondissement de Paris


« Le TGV Est est un plus économique évident. Nous allons aménager le parvis de la gare de l'Est, comme cela a été fait pour la gare du Nord. A proximité, vous aurez les mêmes enseignes qu'à l'aéroport d'Orly. On ne trouve plus de cristalleries, ni de fourreurs dans le 10e. Mais les publicitaires, les producteurs de films, les architectes sont de plus en plus nombreux... Ma seule inquiétude : la mixité sociale risque d'être remise en cause avec le développement du quartier et la hausse prévisible de l'immobilier. Peut-être devrait-on mener des actions pour préserver la diversité commerciale. Avec l'implantation, dans la gare de l'Est, d'une grande enseigne (Virgin), que deviendront les trois librairies indépendantes du quartier des gares ? »

Propos recueillis par Chrystelle Carroy


La rénovation de cette gare centenaire porte aussi la promesse d'un réveil. La plate-forme, qui a perdu deux millions de voyageurs depuis l'inauguration du RER E, en 1999, devrait voir son dynamisme encore renforcé grâce au Charles-de-Gaulle - Express, qui doit la relier, en 2012, à l'aéroport de Roissy en vingt minutes. Et les architectes de l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur) imaginent déjà une nouvelle « gare arrière », adossée à la gare de l'Est, partant de l'hypothèse d'un important développement du quartier des gares, conséquence du projet CDG - Express et des extensions de réseaux à grande vitesse. « A plus court terme, ce saut en qualité va renforcer la gare », s'enthousiasme Jean-Claude Durand.

Et tout le quartier devrait en profiter. Le 10e arrondissement de Paris a déjà entamé sa métamorphose, marquée par l'arrivée en gare du Nord de l'Eurostar en 1994 (Londres en moins de 2 heures) et du Thalys en 1996 (LGV vers Bruxelles, Amsterdam et le nord-ouest de l'Allemagne). Le quartier a vu sa population progresser de 3 % en une décennie, pour atteindre 93 000 habitants.

Un nouveau quartier BOBO ?

Les nouveaux arrivants changent l'image des faubourgs populaires du 10e. BETC, l'agence publicitaire d'Euro RSCG, a quitté les Hauts-de-Seine pour y installer, fin 2000, son siège social sur 4 800 mètres carrés. Et elle compte bien y rester. Mi-2005, la société investissait 1 300 mètres carrés supplémentaires. Elle rassemble aujourd'hui 450 emplois et n'exclut pas de s'agrandir encore, toujours dans le 10e, moins onéreux que les quartiers centraux. « Il nous semblait paradoxal d'être à Levallois-Perret, explique Miranda Salt, la directrice de la communication de BETC. A cette ville financière, nous avons préféré le coeur de la capitale qui nous donne une meilleure compréhension de l'opinion. » Autre avantage du quartier, sa bonne desserte : « Près de 70 % de notre chiffre d'affaires provient de l'international. Et pour se rendre à Londres, le fait de se trouver à moins de dix minutes de la gare du Nord, c'est idéal ! », conclut-elle.

Chrystelle Carroy

101 millions d'euros investis

  • 80 millions d'euros pour rénover et restructurer la plate-forme (SNCF).
  • 11 millions pour le rehaussement des quais et les abris de quai(RFF).
  • 10 millions pour porter les surfaces commerciales de 3 200 à 5 500 mètres carrés(Altaréa).

Le boom des voyageurs

  • 4,5 millions de voyageurs supplémentaires par an grâce au TGV Est, sur un total de 27 millions.
  • 780 emplois dans la gare aujourd'hui.

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