Le retour des sacrifices

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" Je multiplie 45 par 6,59... Ça fait... " Pascal, l'un des informaticiens, sortit la tête de son calcul : " Un euro, c'est bien 6,59 ? " Joëlle, sa collègue, s'approcha en souriant : " Non, c'est 6,55957... Mais, tu sais, il y a des sites qui te font la conversion automatiquement...
2809_balaton - Ouais, ouais, je sais ", marmonna Pascal. Le regard fixé sur son écran d'ordinateur, il ajouta : " Tu es sûre ? J'ai dû me tromper...
- Non, c'est ça... Mais qu'est-ce que tu calcules ?
- Le montant de mon augmentation de salaire ", répondit Pascal d'un air lugubre.
" C'est si terrible que ça ?
- A peine 300 francs...
- Et ta prime ? "
Pascal fit la grimace : " Pas de prime.
- Comment ça, pas de prime ?
- Non, non. Rien de plus. "
Pascal se mit alors à singer Isabelle Softelle, sa chef de service : " Non, mais, vous comprenez, Pascal, on est dans une conjoncture difficile... Balaton doit faire face à une concurrence plus rude... On verra dans six mois, quand on aura passé ce mauvais cap... "
Il reprit sa voix normale : " J'en ai marre, qu'on me raconte des histoires... L'année dernière, j'ai juste eu une prime parce que Balaton faisait de gros investissements... Et pas trop grosse parce que j'avais encore des progrès à faire... Et, cette année, Isabelle me soutient que ce que j'ai fait, c'est parfait, mais qu'elle n'a pas pu obtenir plus... "
Joëlle soupira : " Qu'est-ce que ça va être pour moi... "
Comme s'il n'avait pas entendu, Pascal poursuivit : " Et puis, à côté de ça, elle me dit qu'il faut que je sois motivé... Parce qu'on a un gros chantier à mener d'ici à la fin du premier semestre... Elle croit quoi ? Que ses sourires suffisent à ma motivation ?
- Ne te plains pas trop... A côté, l'ambiance est catastrophique : non seulement ils ont plus de boulot et pas d'augmentation, mais Lambert trouve encore le moyen de chipoter quand ils veulent prendre une demi-journée de RTT... Et puis, qu'est-ce que tu veux faire ? Aller chercher du boulot ailleurs ? C'est pas les postes qui courent les rues... "

Etre très sélectif

Pour Françoise Dissaux-Doutriaux, directrice du cabinet K Personna, les managers doivent être sincères : " Ils peuvent être tentés de rendre la situation plus laide qu'elle ne l'est pour montrer qu'ils ne peuvent rien faire. Or, il ne faut pas faire de catastrophisme car les gens ne sont pas dupes. "

Il leur faut éviter les doubles discours : " Ils doivent être très vigilants et très sélectifs sur le peu d'augmentations qu'ils accordent. Et ne pas chercher de fausses excuses telles que dire à quelqu'un qui ne mérite pas une augmentation que c'est à cause de la situation économique. "

Ils peuvent tenter de trouver des compensations : " Dans les petites PME, cela peut être de passer aux trente-cinq heures par anticipation, car il y a une forte attente. Mais cela peut aussi être un peu plus de souplesse au niveau de la qualité de la vie, par exemple sur les petites absences. Plus encore qu'en temps ordinaire, le manager ne doit pas faire porter l'angoisse par son équipe. "

Reste, ensuite, à remotiver les gens : " Si l'on souhaite lancer un nouveau projet dans cette situation, il faut qu'il soit bien monté pour que chacun y trouve son compte : dans l'intérêt du travail ou par l'accroissement de compétences ou de responsabilités. "

Conclusion

" Les " belles années " ont surtout profité aux nouveaux arrivants ou aux actionnaires des entreprises et beaucoup moins aux salariés fidèles, reprend Françoise Dissaux-Doutriaux. Du coup, aujourd'hui, ces salariés ont le sentiment de n'être jamais payés de leurs efforts. Même s'il y a peu de revendications, car les gens ont peur pour leur emploi. Seules les entreprises qui ont su faire des efforts pour leurs salariés pendant les bonnes années n'ont, à présent, pas de difficultés à expliquer la détérioration de la conjoncture. "

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