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L'Usine de l'Energie

Le retour de l’atome français

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Enquête Après cinq ans de vaches maigres, la filière tricolore a vendu six réacteurs nucléaires en 2013. Mais il reste encore beaucoup à faire pour provoquer une véritable réaction en chaîne.

Le retour de l’atome français
Areva a renforcé la capacité de son usine de Chalon–Saint-Marcel, en Saône et Loire, qui produit notamment des générateurs de vapeur.

La France n’a jamais autant questionné la place de son nucléaire, sa pertinence et les dépenses qu’il entraîne. En janvier, l’Assemblée nationale a lancé une commission d’enquête sur "les coûts passés, présents et futurs de la filière". Voulue par les parlementaires d’Europe Écologie-Les Verts, celle-ci dénoncera, à coup sûr, les coûts prohibitifs de l’atome, les dérapages de l’EPR et la non-prise en compte de la facture du démantèlement. Critiquée et vilipendée dans son pré carré, l’industrie nucléaire française retrouve des couleurs hors de ses frontières.

En mai 2013, après cinq ans de disette commerciale, un consortium japonais comprenant GDF Suez comme opérateur a vendu à la Turquie quatre réacteurs Atmea, développés par Areva et Toshiba, pour un montant total de plus de 15 milliards d’euros. En octobre, c’est EDF qui s’est entendu avec Londres pour construire deux EPR à Hinkley Point, pour 18,9 milliards d’euros. Soit le plus gros investissement au Royaume-Uni depuis la Seconde Guerre mondiale. Enfin, en novembre, Areva a décroché un contrat de 1,25 milliard d’euros au Brésil pour terminer la construction du réacteur Angra 3, interrompue trente ans auparavant.

L’année 2013 a marqué la fin de l’effet post-Fukushima. "L’accident au Japon a eu un impact important, mais ça n’entraîne pas de conséquences à long terme sur les nouvelles constructions", analyse Charles Hufnagel, le directeur de la communication chez Areva. Selon le Département américain de l’énergie, le marché mondial s’élèvera à 750 milliards d’euros (constructions, services, combustibles) au cours des dix ans à venir.

L’un des premiers bénéficiaires des succès de la filière tricolore à l’étranger est Areva, qui charge ses usines du Creusot (pièces forgées) et de Chalon–Saint-Marcel (cuves, générateurs de vapeur…), en Saône-et-Loire. Près de 5 000 salariés seront mobilisés. Les retombées seront également sensibles pour Alstom, Bouygues… et un grand nombre de fournisseurs. Cela aidera-t-il les PME françaises du nucléaire qui n’ont pas encore réussi à s’implanter à l’étranger "La pérennité de la filière passe par la conquête à l’international, assure Céline Cudelou, déléguée générale du Groupe intersyndical de l’industrie nucléaire (Giin). D’autant plus que les investissements sur le marché national sont incertains, en particulier le grand carénage des réacteurs d’EDF."

En 2014, les quatre premiers EPR sont toujours en cours de construction en Chine, en Finlande et en France. Les deux EPR chinois de Taishan devraient connaître, comme prévu, leur première divergence (réaction en chaîne) à la fin de l’année, mais rien n’est arrêté pour les deux EPR européens. "Les contretemps à Flamanville (Manche) et Olkiluoto (Finlande) sont derrière nous. Il ne faudrait pas que d’autres retards nuisent à ces vitrines du nucléaire français", prévient Cyril Crocq, consultant Énergie chez Sia Partners.

 

La Chine et l’Arabie saoudite, cibles prioritaires

La filière tricolore s’active pour décrocher des contrats en Pologne et en Finlande. Mais aussi en Inde, où Areva avait signé, en 2009, un pré-contrat pour la vente de deux EPR, assortie d’une option pour quatre autres réacteurs de nouvelle génération… Deux pays sont des cibles prioritaires cette année. En premier lieu, la Chine. "À l’occasion de la visite du président Xi Jinping en France, la conclusion d’un contrat pour deux EPR supplémentaires à Taishan serait un magnifique symbole du cinquantième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays", remarque Gérard Kottmann, le président de l’Association française des industriels français exportateurs du nucléaire (Aifen) et directeur général de Valinox Nucléaire. Autre priorité : l’Arabie saoudite et ses possibles 16 réacteurs nucléaires à construire. En décembre, Areva et EDF ont signé des accords avec cinq partenaires saoudiens (Zamil Steel, Bahra Cables, Riyadh Cables, Saudi Pump Factory, Descon Olayan). Les premiers appels d’offres du royaume wahabite pourraient être lancés dès cette année.

Pour engranger des contrats, la filière tricolore doit s’adapter au nouveau monde nucléaire multipolaire. "Il faut s’ouvrir à d’autres horizons. Rosatom est un acteur majeur pour l’avenir et nous devons l’accompagner", souligne ainsi Céline Cudelou. GDF Suez a sans doute prêché par l’exemple. En Angleterre, l’énergéticien vient de s’associer au nippo-américain Toshiba Westinghouse pour vendre des AP1000, concurrents de l’EPR français. Certains y voient une fracture dans le nucléaire hexagonal. Gérard Mestrallet, le PDG d’EDF Suez, s’inscrit en faux : "Lorsque GDF Suez est retenu dans un projet à l’étranger, c’est la France qui gagne."

Du côté des sous-traitants, on se réjouit. "L’association de GDF Suez avec Westinghouse en Grande-Bretagne est une opportunité de plus pour les entreprises françaises de fournir des produits et des services à un nouveau client", commente Céline Cudelou. Ces dernières pourront par ailleurs trouver d’autres opportunités sur le plan international à l’occasion du World nuclear exhibition, le premier salon international de l’énergie nucléaire, organisé par l’Aifen, au Bourget (Seine-Saint-Denis) du 14 au 16 octobre prochains. De quoi plonger toute la filière tricolore dans le grand bain de la compétition ! 

Des spécialistes et des leaders

Les grands donneurs d’ordres EDF, GDF Suez, Areva, CEA, Andra.

Amont (mines, enrichissement, conversion) 242 entreprises, dont Cnim, Air liquide, Daher, Comete, Reyes Groupe.

Construction 230 entreprises, dont Alstom, Bouygues, Reel, Fives, Jeumont, Valtimet, DCNS, Aubert & Duval, Cefival, Loire Industrie.

Exploitation et maintenance 221 entreprises, dont Comex Nucléaire, Spie, Assystem, Technip, Samsic, Altran, Ponticelli, NFM Technologies, Sica Nucléaire.

Aval (recyclage, démantèlement) 168 entreprises, dont Endel, Veolia, Quille, Nuvia, SNC-Lavalin, Astrium.

Sources : PwC, Aifen, entreprises

"Capitaliser sur le contrat avec la Grande-Bretagne"

Gérard Kottmann, président de l’Association des industriels français exportateurs du nucléaire (Aifen) et directeur général de Valinox nucléaire

Comment le nucléaire français peut-il continuer sur sa bonne lancée de 2013 ?

Tout d’abord, il faut capitaliser sur toute l’expérience acquise avec le contrat en Grande-Bretagne, s’inspirer de tout ce qui a été mis en place. Ensuite, il faut que les acteurs français participent massivement au premier World nuclear exhibition, en octobre au Bourget.

Quel est cet exemple anglais que vous évoquez?

C’est toute l’architecture du projet qui est exemplaire, avec EDF à la manœuvre, Areva chargé de l’îlot nucléaire, Alstom des turbines, le tout avec un fort soutien de l’État français. Et puis, il y a tous ces sous-traitants qui construisent en France, mais qui vont nouer des partenariats outre-Manche.

Comment lutter face aux nouveaux concurrents?

Du point de vue de la technologie et de la sûreté, la France est en bonne position. Mais notre handicap sur certains marchés est le financement. Avec des taux d’intérêt jusqu’à deux points supérieurs à ceux de nos concurrents, c’est intenable. 

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