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Le réseau unique, bientôt une réalité

Hassan Meddah ,

Publié le

Pour faire converger leurs réseaux - fixe, mobile et web -, les opérateurs misent sur le protocole internet. La connexion s'affranchit ainsi totalement du service proposé et du terminal d'accès.

Les entreprises citées

Les opérateurs sont dos au mur. Ils se retrouvent aujourd'hui avec des réseaux de télécommunications dépassés par le développement effréné des nouveaux usages. Conçus à l'origine pour fournir un service spécialisé, leurs réseaux doivent toujours en faire plus : offrir la téléphonie illimitée, voire gratuite, supporter l'internet haut débit, diffuser des chaînes de télévision, et même converger entre réseaux fixe et mobile !

Or les architectures actuelles n'ont pas été étudiées pour répondre intelligemment à cet empilement des tâches. « Pour les offres "Triple Play" combinant téléphonie, télé-vision et accès internet, les opérateurs gèrent en fait autant de réseaux qu'il y a de services. Chacun avec ses mécanismes de facturation, d'authentification, de gestion des ressources... Tout cela est loin d'être unifié aujourd'hui », explique Frédéric Potter, directeur technique de Cirpack, une filiale de Thomson.

S'affranchir de la complexité des réseaux

Résultat : l'utilisateur est de plus en plus amené à jongler avec la complexité et la multitude des réseaux. Une évolution que reconnaît Matt Bross, directeur technique de l'opérateur britannique BT, qui pose la question... sûr de la réponse : « De combien de messageries différentes disposez-vous ? » Malheureusement trop, quasiment une par usage : à la maison, sur le lieu de travail, sur le GSM, sans oublier les boîtes aux lettres électroniques professionnelles comme privées... Bref, au lieu de simplifier la vie de l'utilisateur, les télécoms finissent par la compliquer. « C'est au réseau de vous trouver et de vous fournir le message de la façon la plus appropriée, et non l'inverse », poursuit Matt Bross.

Il parle en connaissance de cause. BT s'est lancé depuis avril dernier dans la construction d'une infrastructure d'un nouveau genre, basée sur le protocole internet, les technologies de trans-ports optiques, et surtout sur une nouvelle architecture télécoms. « Auparavant nous avions de multiples réseaux, spécialisés en fonction des services. Un pour la téléphonie, et plusieurs pour les services de données en fonction des technologies (ATM, Frame Relay...). C'était de plus en plus compliqué à gérer. Demain, nous nous appuierons sur un réseau unique », explique le responsable britannique.

La grande majorité des opérateurs cherchent aussi à simplifier leurs infrastruc-tures télécoms. La solution passe par un coeur de réseau unique, capable d'interagir avec tous les types d'infrastructures d'accès existants : cellulaires (GSM, 3G), sans-fil (Wi-Fi, WiMAX), filaires (fibres optiques, ADSL). Ce qui paraissait une chimère auparavant devient possible aujourd'hui. Les équipementiers sont en effet en passe de normaliser une nouvelle architecture basée sur le protocole internet (IP) baptisée IMS (IP Multimedia Subsystem).

L'IMS tire d'abord parti du protocole IP, et de son aptitude à transporter tout type de trafic. Corrigeant ses défauts de jeunesse, il s'est perfectionné et sait en effet se charger des trafics les plus sensibles aux délais de latence, comme la téléphonie. « La voix ne sera plus qu'une application parmi d'autres sur notre réseau », promet le directeur technique de BT. L'objectif est évidemment d'aller bien plus loin qu'une banale communication téléphonique, en combinant tous les média. Tout en conversant à deux ou à plusieurs, les utilisateurs pourront par exemple partager sur leurs portables des vidéos ou naviguer sur le même site internet. « Grâce à ces nouveaux services multimédia, les opérateurs considèrent aujourd'hui l'IMS comme l'un des principaux moyens pour générer de nouveaux revenus », explique Nicolas Mercouroff, expert en convergence pour Alcatel.

Une mutualisation totale

Mais la véritable rupture dépasse la simple généralisation du protocole IP. Les opérateurs seront capables de tirer un trait sur le fonctionnement en silo de leurs réseaux - à chaque service son réseau - grâce à une architecture inédite : la séparation totale entre les services et l'intelligence du réseau qui permet de gérer les communications de bout en bout. Ces deux parties étaient auparavant étroitement imbriquées, comme les faces d'une même pièce, l'une n'allant pas sans l'autre.

Dorénavant, la manière dont sont établis l'appel et la signalisation dans le réseau n'est plus dépendante du service offert. La téléphonie fixe ou mobile, la messagerie, la visioconférence, la télévision à la demande... sont désormais logées à la même enseigne et embarquées sur des serveurs d'applications.

Pour renforcer cette architecture, les équipementiers ont prévu une mutualisation totale des fonctions essentielles du réseau. Ainsi, la mise à disponibilité des ressour-ces du réseau, la base d'abonnés, la facturation, l'authentification des clients... auparavant dupliquées par service, sont mutualisées et rattachées à la couche de contrôle du réseau.

L'IMS, boîte à outils des opérateurs...

L'IMS va aussi permettre un enrichissement des communications grâce à des fonctions supplémentaires : la localisation des abonnés, la synthèse vocale, la gestion des listes de contacts, l'indicateur de présence... Rien de neuf a priori, si ce n'est qu'elles sont elles aussi mutualisées et exploitables par chacun des services. Développées une fois, ces fonctions sont ré-utilisables à volonté pour bâtir de nouvelles offres. L'opérateur pourra par exemple enrichir un service de jeu en réseau sur téléphones mobiles avec l'option de localisation des joueurs. La combinaison des fonctions de présence et de listes des contacts, jusqu'ici réservées aux adeptes des services de messageries instantanées par internet, est également promet-teuse. Un abonné mobile pourra à tout moment faire savoir à ses contacts privilégiés s'il est disponible ou non, et sur quel terminal le joindre de préférence. Il lui suffit d'en informer le réseau qui poussera l'information aussi bien vers les PC que les portables qui figureront parmi ses contacts.

Bref, l'opérateur disposera ainsi d'une boîte à outils pour construire de nouveaux services ! « A chaque introduction d'un nouveau service, il n'est plus nécessaire de réinventer la roue. On divise environ par deux le temps nécessaire au lancement », estime Bertrand Lalanne, responsable marketing chez Ericsson France.

Et cerise sur le gâteau, ses briques de bases communes fonctionnent aussi bien avec des infrastructures fixes que mobiles. « L'IMS constitue un big bang pour les opérateurs de télécommunications. Elle permettra de lancer des services réellement multimédia et de faire un grand pas vers la convergence fixe-mobile », souligne Didier Gorius, responsable marketing coeur de réseau chez Nokia.

... au prix d'un important investissement

Pour tirer pleinement parti de l'IMS, les terminaux devront savoir parler IP dès l'origine ! Autrement dit, ils doivent embarquer un logiciel appelé SIP (Session Internet Protocol) qui permet d'établir et de terminer des sessions entre plusieurs participants sur une infrastructure IP. Une homogénéisation qui fait tomber les barrières inter-réseaux. Concrètement, un abonné internet depuis son PC pourra établir une visiotéléphonie avec un client muni d'un mobile 3G ! Ou envoyer un SMS à partir de son ordinateur ou de sa ligne fixe. Certes, une partie de ses usages hybrides sont aujourd'hui possibles mais au prix de « bricolages ». Les opérateurs doivent déployer des équipements et développer des protocoles qui font le pont entre les infrastructures. Avec la conjugaison de l'IMS dans le réseau et du logiciel SIP dans les terminaux, l'interopérabilité est naturelle.

La refonte d'un réseau pour un opérateur historique est toutefois un investissement considérable. BT va débourser 10 milliards de livres (près de 15 milliards d'euros) sur cinq ans pour son projet. Toutefois, il estime que le jeu en vaut la chandelle et envisage des économies de fonctionnement de l'ordre de 1 milliard de livres par an !

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