"Le réseau électrique court à la catastrophe", alerte Thierry Lepercq d'Engie

La production décentralisée des énergies renouvelables, l’autoconsommation et l’arrivée massive prochaine des véhicules électriques menacent la résilience du réseau électrique, explique Thierry Lepercq, le fondateur de Solairedirect, aujourd’hui directeur recherche, technologie et innovation d'Engie. Développer des plates-formes numériques permettant un équilibrage à la milliseconde est crucial.

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Thierry Lepercq, directeur recherche technologie et innovation d'Engie

L'Usine Nouvelle - On parle d’un internet de l’énergie, pour quoi faire ?

Thierry Lepercq - Dans la révolution énergétique, on assiste au grignotage de la production électrique centralisée par la production décentralisée des énergies renouvelables, l’autoconsommation, qui autorise une injection non contrôlée et chaotique sur le réseau et l’arrivée massive prochaine des véhicules électriques, qui va créer des tensions extrêmes sur le réseau. Dès à présent, il y a des signes qui montrent que le réseau électrique ne peut pas absorber cette combinaison d’explosion de fournitures, de productions d’électricité décentralisées et de consommation plus puissante avec la mobilité. On court à la catastrophe. Cette situation est le résultat d’un comportement irresponsable de tous les acteurs, à commencer par ceux qui ont dérégulé sans regarder l’impact systémique à la Commission européenne.

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Irresponsabilité aussi des opérateurs centralisés, qui sont dans la plupart des cas dans une approche défensive et demandent à être protégés. Et enfin irresponsabilité de tous les autres acteurs, y compris les producteurs d’énergies renouvelables, qui veulent avoir accès au réseau, éventuellement obtenir des subventions et se moquent de l’équilibre du réseau. Or il faut continuer à assurer l’équilibre du système.

Qui peut assurer cet équilibre du réseau ?

Le système se fragilise lorsque l’on n’a plus assez de machines tournantes, centrales nucléaires, centrales à charbon ou à gaz, pour maintenir l’inertie. Et s’il s’effondre cela va être très difficile de le redémarrer à très grande échelle. Mais la résilience et la stabilité du réseau électrique ne peuvent que se construire localement. C’est-à-dire en créant des poches de stabilité pour le réseau. Et il faut que tous les gens qui vont opérer ces réseaux qu’ils soient fournisseurs d’énergie, y compris via une petite installation solaire, ou consommateurs soient soumis à une exigence d’équilibre. Il existe déjà en France environ 200 responsables d’équilibre. RTE leur demande d’équilibrer qu’à la demi-heure. Mais avec plus d’installations non tournantes, il va falloir équilibrer à la milliseconde.

Comment va-t-on équilibrer le réseau à la milliseconde ?

Il faut développer des plates-formes basées sur des infrastructures de puissance et de télécommunication comme la 5G et des algorithmes de big data et d’intelligence artificielle. Seul, ce type de plates-formes pourra éviter le chaos vers lequel on se précipite et qui devrait terrifier les régulateurs et les responsables des systèmes énergétiques. Elles seules permettront de tenir les promesses incroyables de cette énergie renouvelable abondante. Et là, on ne parle pas de smart grid, mais d’infrastructures de traitement de données, qu’il faudra capter en temps réel. Pas simplement pour les traiter mais pour agir sur la distribution, le contrôle commande et la télécommunication montante et descendante. Certes, il y a un risque de Big Brother extrême. Il est intéressant et inquiétant, que les Chinois s’y intéressent. Un système comme celui-là sera très exposé aux cyberattaques. La cybersécurité sera essentielle.

Qui peut développer ces plates-formes ?

Nous avons un mur technologique devant nous pour que cette promesse des énergies renouvelables décentralisées puisse se matérialiser. On n’a pas le choix. Le phénomène est lancé. Or aujourd’hui, les régulateurs, les opérateurs de réseau et les grands énergéticiens, les acteurs des énergies renouvelables, les territoires sont tous dans une forme d'ignorance. Il faut leur dire "Réveillez-vous !". Mais il n’y aura pas de grand plan. Un système équilibré ne peut se faire qu’au niveau local. Il s’agira de parler de mettre en place des opérateurs de distribution virtuels. Le français Schneider Electric et le Chinois Envision y travaillent.

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