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L'Usine Matières premières

Le recyclage, victime collatérale de la crise des matières premières

Myrtille Delamarche

Publié le

Les recycleurs dénoncent une forme de "dumping" des matières premières fossiles, produites et vendues à perte par leurs producteurs depuis la fin du supercycle. La chute des prix du pétrole et du minerai de fer écrase leurs marges, sur un marché de plus en plus contesté.

Balles triées de briques alimentaires. © Franck Stassi - L'Usine Nouvelle

Que se passe-t-il quand le prix du pétrole s’effondre ? Les utilisateurs qui ont la liberté d’arbitrer entre matières fossiles et recyclées reprennent leurs mauvaises habitudes. C’est par exemple le cas dans la plasturgie, où les prix des résines vierges sont repassés sous ceux de leurs équivalents recyclés, ou dans une partie des aciéries, qui peuvent jouer sur la dose de ferrailles intégrées dans certains process.

Réunis à Paris le 10 février pour un débat avec la députée (PS) des Deux-Sèvres Delphine Batho, les membres de la Fédération des entreprises du recyclage (Federec) ont dénoncé cette compétition qu’ils considèrent comme déloyale avec les compagnies minières et pétrolières. Ces dernières extraient - souvent à perte - des matières fossiles qui concurrencent de manière accrue les matières recyclées proposées par les recycleurs à l’industrie. Si les prix d'achat des déchets varient un peu, les coûts de production dans le recyclage sont fixes. Lorsque les prix de vente sont tirés à la baisse par ceux des matières vierges, ce sont les marges des recycleurs qui se contractent, "quand elles ne sont pas devenues négatives", alerte le président de Federec Jean-Philippe Carpentier.

"C’est une situation catastrophique : la hausse mécanique des prix des matières premières dûe à leur raréfaction est battue en brèche. D’où ce paradoxe, entre la réussite de la COP 21 et cette situation où les entreprises reviennent en arrière sur leur choix de participer à l’économie circulaire pour des raisons de rentabilité !", réagit Delphine Batho.

L’économie circulaire, une transition cahotante

L’économie circulaire est "un projet de civilisation basé sur un modèle économique à empreinte positive", qui permet pourtant de sortir de l’impasse entre deux modèles intenables, selon Delphine Batho : "celui de la croissance à l’ancienne, qui se heurte aux limites physiques de notre environnement, et celui de la décroissance, qui serait un grand bond en arrière". La députée défend "une vision systémique globale, qui intègre tous les paramètres, de l’éco-conception au réemploi" mais qui ne se limite surtout pas "à la gestion des déchets et au recyclage".

"Ce nouveau modèle économique a du mal à émerger, car comme toute rupture celle-ci se fait par à-coups" ajoute Jean-Philippe Carpentier. Face à ces difficultés conjoncturelles et exogènes, le président de Federec plaide pour des mesures d’accompagnement. Il salue par exemple la mise en place rapide du dispositif Orplast, pour soutenir financièrement l’intégration de matières plastiques recyclées et qui selon lui "fonctionne bien". Les recycleurs plaident pour la multiplication de ces dispositifs qu’il faudrait selon leur président "savoir lancer rapidement mais aussi savoir arrêter quand les prix remontent, car aucun de nous ne souhaite vivre de subventions".

Sortie du statut de déchet et taxe carbone

Outre des aides ponctuelles pour passer la crise, les recycleurs militent en faveur d’une taxe carbone élargie favorisant leur filière et d’une sortie du statut de déchet des matières qu’ils traitent pour réduire les freins réglementaires à leur utilisation. Sur ces questions, "tout se joue dans les 6 mois", affirme Delphine Batho, évoquant le nouveau paquet économie circulaire actuellement à l'étude à la Commission européenne. Elle rappelle l’engagement de la présidence néerlandaise sur ce dossier. "Tous ceux qui ont une capacité d’expertise dans les détails doivent vite s’organiser pour faire remonter les informations avant le mois de juin.", exhorte la députée.

A Bruxelles, justement, les avantages liés aux tonnes de carbone économisées grâce à l’emploi de matières recyclées font l’objet d’une bataille intense entre les utilisateurs et les recycleurs. "L’utilisateur veut s’approprier le carbone attaché aux matières recyclées pour abaisser ses coûts, nous savons qu’à Bruxelles les lobbies industriels sont très actifs sur la question, mais c'est un mauvais combat. Je pense que nous devons travailler ensemble sur la meilleure façon d’intégrer une chaîne de valeur", explique Jean-Philippe Carpentier.

Certes, la taxe carbone pénalisera une filière sidérurgique et des aciéries déjà mal en point, reconnaît le président de Federec. Mais "l’enjeu est de créer d’autres emplois, plus nobles car participant de cette économie circulaire. Le nombre global d’emplois sera préservé, même si nous sommes conscients que ce transfert ne sera pas facile."

Pour Delphine Batho comme pour les recycleurs présents dans la salle, la réponse est dans la mobilisation et le lobbying. D’une part parce que leurs concurrents ont des capacités bien supérieures aux leurs dans ce domaine, d’autre part parce que "la transition vers l’économie circulaire ne se fera pas seule, sans volonté politique forte."

Myrtille Delamarche

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4 commentaires

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22/02/2016 - 03h05 -

L'europe , le monde , l'argent , mais le pole Nord fait 0° avec tous vos taxe, des études au principe de l'économie circulaire .
Arrêter de travailler pour ces industries messieurs les députés, taxé la source qui détruire mon planètes a petit feu.
Posez-vous la questions
qui décide vous ou les industries.
Qui taxé auriez vous LES DÉCIDEURS
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18/02/2016 - 00h44 -

Qui ça "on" ? Au cas où cela vous aurait échappé, le marché des matières premières est mondial. Il est extrêmement difficile d'agir au niveau de la seule Europe, c'est juste impossible au niveau de la France seule. Malheureusement, taxer plus, aussi éthique que cela soit, entrainerait au contraire à la fois une délocalisation industrielle accrue et une exportation encore plus forte de la pollution générée par notre consommation vers des contrées moins vertueuses. L'idée reste bonne mais ne peut se concevoir qu'au niveau mondial. Voyant la lenteur des progrès sur le CO2, il n'est pas interdit d'y ouuvrer, mais il reste urgent de trouver des solutions plus pragmatiques à court terme.
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16/02/2016 - 15h34 -

Si l'on profitait de la baisse du prix des matières premières pour instituer une taxation à bonne hauteur de leur coût social ? Pour taxer leur part d'émission de GES très élevée du fait de leur transport ? Pour pénaliser les importations depuis les pays moins-disants sur les plans sociaux et environnementaux ? Cela permettrait à la fois de relocaliser les industries sur notre sol, d'impulser des comportements d'innovation positive conformes aux principes de l'économie circulaire, et de desserrer l'étreinte sur les agents économique asphyxiés par la taxation du travail, de l'investissement et de la consommation.

L' "effet rebond" n'est pas une calamité si l'on fait en sorte de le canaliser non pas vers le passé, mais vers des pratiques "soutenables".
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16/02/2016 - 09h52 -

je tiens à vous signaler que la collecte des emballages est à améliorer à la source : les containers sont vides parce que, entre autre chose, il n'est pas possible d'ouvrir le couvercle avec les pieds, pour les personnes agées et les actifs aux deux mains occupées (téléphone, cigarettes....)
autre chose, les entreprises de recyclage touchent de l'argent public, des subventions, alors que ce sont des sociétés privées qui réalisent des bénéfices!
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