Chimie

"Le recyclage mécanique n’est pas la seule voie pour les déchets plastiques", Suez et LyonDellBasell le prouvent

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LyondellBasell et Suez ont officialisé le 14 mars un partenariat inédit au niveau mondial dans le recyclage de déchets plastiques. Aux Pays-Bas, ils produiront ensemble des résines vierges à partir de déchets plastiques collectés et triés par Suez, pour servir le marché européen. Richard Roudeix, vice-président de LyondellBasell, détaille les objectifs de cet accord.

Le recyclage mécanique n’est pas la seule voie pour les déchets plastiques, Suez et LyonDellBasell le prouvent
Dans l'usine Quality Circular Polymers (QCP) à Sittard-Geleen aux Pays-Bas, Suez et LyonDellBasell vont régénérer des déchets plastiques en résines de qualité vierge.
© LyonDellBasell

Portrait Richard Roudeix, vice-président de LyondellBasellQu’est-ce qui a motivé ce partenariat inédit entre LyondellBasell et Suez?

La réflexion est née du constat que le plastique reste un matériau pour le futur. Parce qu’il est léger, résistant et économique, il peut se substituer à beaucoup d’autres matériaux. Mais un problème se pose sur sa fin de vie. Nous avons souhaité l’aborder en prenant en compte toute la chaîne de valeur. Afin de procéder à un recyclage mécanique, il faut s’assurer en amont de la qualité des matières premières. Or, les déchets plastiques, ce n’est pas notre métier. Nous sommes parvenus à la conclusion qu'il valait mieux constituer une joint-venture avec un partenaire spécialisé dans le domaine pour les identifier, les collecter, les trier et les préparer. Suez est un leader dans le management des déchets. Il approvisionnera Quality Circular Polymers (QCP), à Sittard-Geleen (Pays-Bas), qui prendra en charge la transformation technique des déchets plastiques en polyéthylène (PE) et polypropylène (PP) dans une qualité équivalente à une matière vierge. LyondellBasell gèrera et commercialisera les produits recyclés auprès des clients, en complément de nos gammes et technologies de production de plastiques vierges. Les demandes progressent du côté de donneurs d’ordres tels qu’Ikea, Procter & Gamble, Unilever, L’Oréal… Nous serons aptes à les satisfaire.

Comment s’est structurée cette joint-venture, et s'est-elle réalisée en réaction à l'arrêt des importations de déchets plastiques par la Chine?

QCP était détenue par des banques et sociétés privées hollandaises. Suez était déjà l’un des actionnaires, mais il a monté sa participation à 50% et LyondellBasell a acquis les autres 50%. Nous sommes désormais les deux seuls propriétaires. Aucun partenariat stratégique de ce type n’existe à ce jour dans ce domaine sur la planète. La décision de la Chine d’arrêter ses importations de déchets n’a en rien joué dans le processus. D’une part, nos discussions étaient déjà engagées, d’autre part, nous ciblons un marché européen.

En quoi ce partenariat peut-il répondre aux attentes et objectifs de l’Union européenne en matière de recyclage des plastiques?

Le recyclage mécanique est une voie, la plus mature, mais il n’est qu’une partie de la solution puisque le recyclage chimique représente une piste très prometteuse qui résoudrait la plupart des problématiques complexes auxquelles ce recyclage mécanique se heurte, comme la composition des produits à recycler, les risques de dégradation de qualité à chaque cycle… Dans le recyclage chimique, on récupère la matière, on la transforme en huile et on revient à la production de plastiques vierges avec des propriétés et des performances exactement identiques à une première fabrication. Mais aujourd’hui, si nous avons les bases, les applications et des pilotes semi-industriels, il reste à franchir d’autres étapes sur le plan industriel pour y parvenir durablement. Les deux filières se développeront à terme sur leurs propres atouts. Avec notre joint-venture, nous participerons à accroître la recyclabilité des produits et l’utilisation de matières premières renouvelables puisque notre partenariat repose sur un plan d’augmentation progressive de nos capacités. Aujourd’hui, l’usine produit 25 000 tonnes de PP et de polyéthylène haute densité (PEhd) recyclés. Nous souhaitons atteindre 35 000 tonnes en 2018, puis 100 000 tonnes en 2020 [Suez et LyonDellBasell refusent de dévoiler les montants investis, Ndlr]. Cette croissance contribuera à porter la compétitivité de la filière à des niveaux économiques comparables à la production de matières premières vierges. Quand nous aurons atteint l’objectif, nous entamerons un déploiement d’autres plates-formes en Europe, dans d’autres pays que les Pays-Bas. Nous nous inscrivons vraiment dans le long terme.

Propos recueillis par Jean-Christophe Barla

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