Le rapport pour un nouveau plan anti-pesticides n’épargne pas l’industrie

Alors que le ministre de l’Agriculture dévoilera prochainement un nouveau plan pour réduire l’usage des pesticides, il devrait s’appuyer sur le rapport que vient de lui remettre le député Dominique Potier. Deux objectifs : retirer du marché certaines substances chimiques et innover en misant sur de nouvelles voies.

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Le rapport pour un nouveau plan anti-pesticides n’épargne pas l’industrie

Mercredi 7 janvier, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a annoncé qu’il présenterait, le 30 janvier, un nouveau plan de réduction de l’usage des pesticides. La raison ? Un rapport remis le 23 décembre au Premier ministre par le député PS Dominique Potier, concluant à l'échec du plan Ecophyto.

Ce plan, adopté dans le cadre du Grenelle de l'Environnement, ambitionnait de diminuer de moitié l'usage des pesticides entre 2008 et 2018. Or selon les derniers chiffres publiés par le ministère de l'Agriculture, leur utilisation a au contraire augmenté de plus de 9% en 2013 - une année perturbée par des conditions climatiques difficiles - et de 5% en moyenne entre 2009 et 2013.

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Retrouvez également notre enquête sur les pesticides : "Spécial Pollutec : quand la chimie tente de réinventer les pesticides".

Des ambitions revues à la baisse : diminuer de 25% d’ici à 2020

Dominique Potier n’a pas voulu se limiter au constat d’un échec. Entouré de cinq experts, il a donc planché durant quatre mois sur l’agro-écologie et auditionné 200 parties prenantes, parmi lesquelles des agriculteurs et industriels. Dans son rapport, qu’il présentait ce mercredi à la presse, il dévoile 68 propositions qu’il espère faire adopter par le gouvernement et les autorités européennes. Son ambition est plus ténue : parvenir à une diminution de l’usage des pesticides de 20 à 25% d’ici 2020. Plusieurs de ses propositions impliquent évidemment l’industrie des produits phytosanitaires.

Le rapport préconise d’aller vers un système européen d’Autorisation de mise sur le marché (AMM) des produits - c’est déjà le cas pour les substances actives - et non plus national. "Si les réglementations européennes ne changent pas, si nos voisins et notamment les Allemands continuent à utiliser des produits interdits chez nous, alors il y aura un problème" de distorsion de la concurrence pour les agriculteurs, estime Dominique Potier, lui-même agriculteur biologique. Il demande aussi à faire homologuer à l’échelle européenne des doses adaptées aux besoins, alors que chaque pays fixe encore des doses de produits phytosanitaires différentes. Il suggère aussi d’interdire les usages de pesticides ne répondant pas à un impératif sanitaire, comme les défoliants sur les vignes.

Vers une taxe sur le chiffre d'affaires des fabricants de pesticides

Le député préconise aussi la "remise en cause de l’autorisation de certaines molécules, même si ce champ échappe à notre mission. Là où il y a un doute, il faut accélérer les processus, notamment pour les néonicotinoïdes". Il demande donc aux autorités sanitaires d’accélérer le retrait des substances reconnues dangereuses pour la santé, comme l’époxyconazole, mise en cause depuis 2008 mais toujours présente dans des produits autorisés jusqu’en 2019 !

Toujours sur le plan de la sécurité, le rapport appelle à une véritable "phyto-pharmaco-vigilance" pour compléter l’évaluation des produits réalisée par l’autorité sanitaire française, l’Anses, avant qu’elle ne les autorise. Une taxe sur le chiffre d'affaires des fabricants de pesticides pourrait ainsi voir le jour pour financer sur le terrain le suivi des impacts réels dûs à l’utilisation des pesticides.

Favoriser le biocontrôle et les agro-équipements

Le rapport mise aussi sur l’innovation, en proposant de lancer "quatre programme sectoriels de R&D à forte visée opérationnelle". Sur le biocontrôle (des macro-organismes, micro-organismes et substances naturelles), "l’enjeu est de passer vraiment du stade artisanal au stade industriel, ce qui suppose avant tout de développer le bio-contrôle en dehors de niches étroites". L’objectif pour l’Anses est de donner la priorité à ces produits non chimiques dans le traitement des dossiers d’AMM, et d’identifier, par filière, les solutions de bio-contrôle existantes et les obstacles à leur diffusion.

Autre secteur d’avenir : les agroéquipements. Le rapport préconise de développer à grande échelle l’agriculture de précision, en associant innovations en matières d’acquisition de données (télédétection, technologie des capteurs) et de gestion de l’information, machinisme et aide à la décision. Troisième sujet : l’innovation variétale. Les semenciers pourraient se mobiliser pour mettre au point de nouvelles variétés résistantes, et réduire ainsi la dépendance aux pesticides sans effet négatif sur la production. Si le taux d’utilisation de telles variétés atteint déjà 50% des surfaces cultivées en grandes culture de colza et soja, il est seulement de 5% pour le blé et encore moins pour le maïs !

Dernière priorité selon le rapport : développer et diffuser une nouvelle génération d’outils d’aide à la décision pour "la maitrise des flores complexes dans les systèmes de culture" et rendre ainsi plus efficace les effets des interventions non chimiques, comme le désherbage mécanique et l’association d’espèces végétales. Reste à savoir si Stéphane Le Foll suivra ces conseils. Réponse le 30 janvier.

Gaëlle Fleitour

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