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L'Usine de l'Energie

"Le raffinage ne confisque pas la baisse des prix du pétrole", selon Philippe Sauquet de Total

Ludovic Dupin , ,

Publié le

Philippe Sauquet est directeur général de la branche Raffinage-Chimie de Total. Au premier semestre 2015, le raffinage du groupe a multiplié son résultat par trois grâce à la baisse des cours du pétrole. Ces bénéfices viennent en partie compenser la chute des résultats dans la production de pétrole.

Raffinerie Total de Gonfreville - Crédits : Pascal Guittet 

 

 

 

L'Usine Nouvelle : Quel est l'impact de la baisse du baril sur un groupe comme Total?
Philippe Sauquet : L’impact financier est important : nos prix de vente ont été divisés par deux avec un baril qui est passé de 100 dollars à 50 dollars. Chaque fois que le baril perd 10 dollars, cela représente deux milliards de dollars de cash en moins pour le groupe. Avec un baril à 50 dollars, on perd donc 10 milliards de dollars sur un an. Cette situation a demandé des décisions immédiates, notamment sur la baisse des investissements, le temps que l'équilibre offre-demande soit restauré.


En revanche, le raffinage bénéficie à plein de cette conjoncture...
Le cycle économique du raffinage est différent de celui de l'amont pétrolier. La marge de raffinage moyenne en Europe s'est située autour de deux dollars par baril pendant des années. Aujourd'hui, elle est à quatre dollars par baril. S’il est vrai que les marges de raffinage ont presque doublé, il est faux de dire qu’elles confisquent la baisse du prix du pétrole ! Mais, oui, l'environnement est plus favorable. La baisse des prix du baril a entrainé aux États-Unis une très forte hausse de la consommation. Depuis cinq ans, ce pays était exportateur d'essence et concurrençait les Européens en Afrique et Amérique Latine. Or, cet été, ils se sont remis à importer jusqu'à 10% de leur consommation d'essence. C'est considérable car les États-Unis comptent pour 40% du marché mondial des essences. La rentabilité des raffineries européennes en a donc bénéficié.


A quoi vont vous servir ces bonnes marges?
Pendant des années, quand le raffinage faisait des pertes, l'équilibre financier du groupe était assuré par les bons résultats de l'amont. Aujourd'hui, il y a presque un "renvoi d'ascenseur" de l’aval, ce qui démontre toute l’efficacité du modèle intégré de Total. Ces bonnes marges nous permettent de maintenir notre stratégie sur le moyen et long terme. On ne va pas modifier le principe de nos investissements à 20 ans sur la base d'un changement économique de six mois. On diminue l'investissement dans l'exploration-production, mais on ne l'arrête pas.


Comment prolonger au maximum cette période de bonnes marges ?
Total ne fixe pas les marges de raffinage ! Personne sur cette planète ne peut manipuler les marges de raffinage ! La seule chose que l'on peut faire est d'optimiser la production des raffineries, de décaler des phases d'entretien des sites (sans compromis sur la sécurité) et d'ajuster les capacités disponibles sur les marchés. Pour prolonger cette bonne période, il faudrait que le secteur s'abstienne d'investir dans de nouvelles capacités de production... Or c'est au moment où les marges et la demande sont les plus fortes que les gens tendent à investir. On croit souvent que le futur va ressembler au présent et on se trompe !


Est-ce que la conjoncture actuelle remet en cause le besoin de rationalisation du raffinage européen ?
Non, ce constat n'est pas remis en cause. Le phénomène majeur auquel nous devons faire face est la réduction de la demande en produits pétroliers en Europe. Cette réduction de la consommation est souhaitable et souhaitée par les consommateurs et les pouvoirs publics. Il est donc nécessaire d’ajuster les capacités en conséquence. La situation actuelle ne remet pas en cause la décision de Total de transformer sa raffinerie de la Mède en première bio-raffinerie française.

Le raffinage reste condamné donc...
Non ! Le raffinage est une industrie qui a beaucoup souffert mais ce ballon d'oxygène montre que c’est une industrie qui a un avenir… A condition d'être disciplinés en matière de maîtrise des coûts et d'être agiles et innovants pour pouvoir capter les bonnes marges sur les bons produits au moment où elles apparaissent. En maintenant ces efforts sans relâche, le raffinage européen aura toujours un avenir. En tout cas, nous y croyons chez Total et c'est pour ça que nous sommes le premier raffineur européen !

Propos recueillis par Ludovic Dupin

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