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L'Usine Aéro

Le Rafale catapulté par l’Égypte

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Analyse Les 24 avions de combat commandés par Le Caire permettent de pérenniser la supply chain de Dassault Aviation. Et laissent espérer de nouveaux contrats plus significatifs. La commande porte aussi sur une frégate et des missiles.

Le Rafale catapulté par l’Égypte

Enfin ! L’avion que Dassault Aviation et la France n’avaient jamais réussi à vendre à l’étranger brise la malédiction. « Les autorités égyptiennes viennent de me faire savoir ce jour leur intention d’acquérir 24 avions de combat Rafale », a pris soin d’annoncer François Hollande le 12 février. L’Égypte achète ces appareils à l’avionneur mais également une frégate à DCNS et des missiles air-air à MBDA pour un montant total estimé à plus de 5 milliards d’euros. Dépêché au Caire, le 16 février, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, ne ménage pas ses efforts pour faire la promotion des armements français. Il lui revenait de parapher le contrat final au côté du président égyptien, le général Abdel Fattah al-Sissi.

Trois décennies d’aventures
 

1983 : Charles Hernu, alors ministre de la Défense [à dr. sur la photo], lance le programme d’un avion de combat expérimental, l’ACX

1985 :  Présentation en décembre du premier démonstrateur

1986 : Premier vol

1992 : Lancement de la production en fin d’année

2000 : Livraison du premier exemplaire à la marine française

2002 : Premiers échecs à l’export en Corée du Sud et aux Pays-Bas Entrée en service dans la Marine nationale

2004 : Première livraison à l’armée de l’air française

2005 : Échec à l’export à Singapour

2006 : Entrée en service dans l’armée de l’air

2007 : Échec à l’export au Maroc Déploiement du Rafale en Afghanistan

2011 : Échec à l’export en Suisse Déploiement du Rafale en Libye

2012 : L’Inde entre en négociations exclusives avec Dassault pour la livraison de 126 appareils

2013 : Nouvel échec à l’export au Brésil

2014 : Contrat de modernisation du Rafale signé par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian Lancement du programme franco-britannique d’avion de combat du futur, successeur du Rafale Engagement du Rafale au Mali et en Irak

2015 : L’Egypte achète 24 exemplaires du Rafale

Trois mois ont suffi pour boucler les discussions, qui se sont accéléré après le tête-à-tête entre le président de la République et son homologue égyptien en marge des obsèques du roi Fahd d’Arabie saoudite, le 24 janvier à Riyad. Les négociations exclusives avec l’Inde pour l’achat de 126 appareils durent, elles, depuis trois ans… Le financement de cette commande par un pays endetté et sans marge de manœuvre a nécessité une garantie exceptionnelle de la part de la Coface [lire ci-dessous]. Pressée de répondre aux menaces djihadistes, l’Égypte compte sur des livraisons à partir de 2018. Trois Rafale prélevés sur la chaîne de montage de Mérignac (Gironde) devraient participer en août à la parade prévue pour l’inauguration du canal de Suez élargi.

Ce premier succès à l’exportation repose sur une certaine chance et une bonne dose d’opportunisme, deux ingrédients qui ont longtemps fait défaut aux équipes commerciales de Dassault Aviation. Les multiples échecs subis par l’avionneur après des négociations « réussies » incitent, toutefois, à la prudence. Un contretemps, voire une remise en cause, comme avec le contrat brésilien en 2013, ne sont pas à écarter. À l’usine de Biarritz (Pyrénées Atlantiques), les compagnons qui montent les dérives et les tronçons arrière en matériaux composites de l’avion de combat français sont partagés entre la joie et la méfiance. « Cela fait vingt-cinq ans que nous sommes échaudés », explique Pierre Etchegoyen, le représentant de la CGT. 

Fournisseur depuis les années 1970

Les premières exportations de Rafale étaient plutôt attendues vers l’Inde, le Qatar, voire l’Arabie saoudite, déjà en négociations commerciales avancées. Un événement majeur a changé la donne : le choix de l’Égypte de diversifier ses sources d’approvisionnement en équipements militaires et de ne plus dépendre de l’aide américaine estimée à plus de 1 milliard d’euros par an. Une réponse aussi à l’embargo sur certaines technologies militaires décidé par les États-Unis après les répressions violentes menées par les militaires dans la foulée de la destitution du président Mohamed Morsi. De quoi ouvrir des opportunités aux Russes et aux Français… déjà fournisseurs depuis les années 1970 de Mirage 5, d’Alpha Jet et de Mirage 2000.

Le Rafale est comparable aux meilleurs avions de combat [lire aussi page 28]. Le bimoteur est capable d’un grand nombre de missions : sécurité du territoire, renseignement, appui aérien de troupes au sol, tir dans la profondeur, jusqu’à la frappe nucléaire. De quoi prêter le flanc aux critiques d’une « sursophistication » qui le rendrait trop coûteux et trop complexe pour bon nombre d’armées étrangères. L’engagement de la France dans plusieurs conflits a changé la donne. Entre 2007 et 2011, le Rafale a été équipé en Afghanistan de missiles air-sol, de bombes guidées par laser et de son canon de 30 mm. En 2011, en Libye, près d’une trentaine d’appareils ont multiplié les frappes de précision sur des centaines de cibles militaires (chars, dépôts de munitions…). Nouvelle démonstration de la polyvalence de l’appareil en 2013, au Mali, où la France intervient seule. Après un périple de près de 10 heures depuis leur base de Saint-Dizier (Haute-Marne) et cinq ravitaillements en vol, quatre Rafale ont frappé 21 cibles de sites djihadistes avant d’aller se poser à N’Djamena, au Tchad.

Des relations stratégiques et commerciales

En quelques années, le Rafale a fait ses preuves. Ses qualités, toutefois, ne suffisent pas. Encore fallait-il que la France se montre plus offensive dans le domaine de la diplomatie militaire. Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, multiplie depuis sa nomination, il y a deux ans et demi, les rencontres avec ses homologues dans les pays du Golfe, en Asie du Sud-Est, en Pologne…

Ces rencontres visent avant tout à bâtir une relation stratégique d’État à État mais peuvent aussi déboucher sur des contrats d’armement. « La logique que je développe depuis que je suis en fonction, ce n’est pas d’abord une logique de vendeur ou d’agent commercial ou de petit représentant de telle entreprise française. La logique que je développe, c’est d’abord la confiance et le partenariat stratégique, l’appréciation commune des situations conflictuelles et des menaces (…) », précisait le ministre de la Défense le 8 février sur les ondes d’Europe 1. Les industriels peuvent le remercier. La France a enregistré l’an passé sa meilleure performance à l’exportation de matériels militaires depuis le début des années 2000, avec un montant de commandes supérieur à 8 milliards d’euros [lire page 30].

40 appareils à exporter d’ici à 2019

Ironie du sort, cette performance a été atteinte sans vendre le moindre Rafale. Le ministre lui-même n’est pas sans savoir l’enjeu de ses déplacements : la loi de programmation militaire qu’il a fait voter, non sans mal, repose sur des ventes à l’exportation de 40 Rafale d’ici à 2019. Avec le contrat égyptien, plus de la moitié du chemin est aujourd’hui parcourue ! Le soutien de l’État au Rafale est également financier. Pour rester compétitif face aux avions de dernière génération comme le F35 américain, l’avion de Dassault Aviation, entré en service en 2004, doit rester au goût du jour. Jean-Yves Le Drian a signé en janvier 2014 un chèque de 1,3 milliard d’euros à l’avionneur et ses partenaires, Thales pour l’avionique et Safran pour le moteur, pour qu’ils modernisent l’appareil.

De nouveaux équipements comme le radar à antenne active de Thales, qui permet de détecter des cibles encore plus furtives, constituent un argument fort à l’export. De quoi aussi générer une charge de travail significative pour les différents bureaux d’études jusqu’en 2018. Le contrat égyptien, quant à lui, assure la pérennité à court et moyen terme de la chaîne d’assemblage de Mérignac et de la supply chain du Rafale. Au total, plus de 500 entreprises françaises et plus de 7 000 emplois sont concernés. En 2011, Gérard Longuet, alors ministre de la Défense, avait évoqué un possible arrêt programmé de l’activité en cas d’absence de contrats à l’export.

« Dans l’immédiat, ce contrat, même s’il est relativement modeste, est une excellente nouvelle pour la filière Rafale. Il peut permettre de faire la transition avec de futurs contrats plus significatifs comme ceux attendus avec l’Inde et le Qatar », explique Philippe Plouvier, chargé de l’aéronautique au Boston consulting group. En sortant un exemplaire par mois, la chaîne du Rafale tourne à son minimum vital. Mais il n’est pas sûr que la commande des 24 appareils assure un surcroît de charge industrielle vu que la France a décidé de réduire autant que possible son rythme de commandes. « Les Égyptiens vont acheter leurs 24 appareils directement sortis de chaîne, se félicite à Biarritz Pierre Etchegoyen. La production devrait être totalement réalisée en France. »

Seul un second contrat pourrait changer la donne sur le plan industriel et permettre d’envisager des cadences plus élevées. Peut-être ne faudra-t-il pas attendre trop longtemps ? Le Premier ministre indien, Narendra Modi, est attendu à Paris en avril. Après trois années, les négociations exclusives pour la livraison des 126 avions de combat pourraient enfin trouver leur épilogue. Pour le Rafale, tous les espoirs sont désormais permis.

Les concurrents du rafale


F35, Il se fait attendre ! 

Pays : Etats-Unis

Fabricant : Lockheed Martin

Industriels associés : Northrop Grumman, BAE Systems, Rolls-Royce, General Electric, Pratt & Whitney, Alenia Aeronautica

Il a effectué son premier vol en 2008 et doit entrer en service en 2016 dans l’armée américaine. Une dizaine de pays participent au financement du programme qui a accumulé force retards, conduisant le Canada à geler ses financements, se réservant la possibilité de recourir à un autre avion. Deux mille exemplaires devraient être produits.
 

JAS 39 Gripen, Le chasseur bon marché

Pays  : Suède

Fabricant  : Saab

Industriels associés  : General Electric

L’avion a remporté les contrats en Suisse et au Brésil au nez et à la barbe du Rafale. Cet appareil multirôle développé dans les années 1980 et mis en service en 1996 a l’avantage d’être beaucoup moins cher que le Rafale. Il existe plusieurs variantes dont le NG destiné à l’export avec une nouvelle avionique, choisie par la Suisse.
 

Typhoon, Le faux frère européen

Pays  : Royaume-Uni, Allemagne, Espagne, Italie

Fabricant  : Eurofighter

Industriels associés  : Airbus, Alenia Aeronautica, BAE Systems

Le programme européen d’avion de combat, mis en service en 2004, a enchaîné les retards et les surcoûts, notamment à cause de la production sur quatre sites. L’avion, dont Eurofighter entame la troisième et dernière phase de production (qui se terminerait en 2018), devrait être bientôt équipé d’un nouveau radar de combat. Il est commandé à plus de 600 exemplaires.
 

Sukhoï SU 35, Le chasseur russe

Pays  : Russie

Fabricant : Sukhoï, filiale du groupe OAK

Industriels associés  : NC

Mis en service en 2012, l’avion est la version export du S-27 créé pour les forces aériennes russes. Le prototype a été achevé en 2007. L’avion, vedette du Salon du Bourget en 2013, a été candidat sur plusieurs appels d’offres, notamment au Brésil et en Suisse. Il est pour l’instant vendu à 88 exemplaires aux forces russes.
 

J31, Le nouveau venu

Pays  : Chine

Fabricant  : Avic

Industriels associés  : NC

Le J31 (aussi appelé FC31) a été l’une des principales attractions du salon aéronautique de Zuhai en Chine en novembre 2014. L’industriel Avic a développé ce concurrent du F35 américain avec une motorisation dérivée de celle des MIG russes. À l’export, l’avion sera d’ailleurs équipé de moteurs russes. La Chine pourrait s’équiper de près de 600 appareils. L’Iran et le Pakistan pourraient aussi être intéressés par cet avion.

 

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