Le PS fait une place à l’industrie pour 2012

A treize mois de l’élection présidentielle de 2012, le Parti socialiste publie son programme le 5 avril. Pour l’occasion, L’Usine Nouvelle revient avec Guillaume Bachelay, secrétaire national à l'industrie et un des auteurs du programme, sur les pistes du PS pour l’industrie.

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Le PS fait une place à l’industrie pour 2012

L'Usine Nouvelle - Le Parti socialiste va présenter le 5 avril son programme pour 2012. Quelle place accorde-t-il à l’industrie ?
Guillaume Bachelay - Une belle place, puisque nos propositions pour l’industrie se trouvent au début du programme. L’objectif du Parti est de stopper la désindustrialisation grandissante en France et redémarrer l’économie par l’industrie. Un renouveau de productivité en quelque sorte.

Quelles sont donc vos propositions phares pour ce secteur ?
Tout d’abord, la création d’une banque publique d’investissement. L’objectif est d’y regrouper tous les outils dédiés à l’accompagnement des entreprises et à leur financement. Je pense par exemple au Fonds stratégique d’investissement, à la Cour des comptes, à Oséo ou à la banque postale. Tous sont aujourd’hui séparés, éparses, ce qui provoque dédoublement de fonctions et perte d’efficacité. Cette banque publique d’investissement aura une pesée financière digne d’un fonds souverain à la française. Son but sera d’investir dans la recherche et l’innovation, de soutenir les PME et PMI et de prendre part dans des activités stratégiques et des filières industrielles d’avenir.

Comment fonctionnera-t-elle ?
Nous allons la décliner sous forme de fonds régionaux au plus près du tissu économique des régions, des agglomérations, des pôles de compétitivité. Car lorsqu’on regarde l’industrie aujourd’hui, on réalise que c’est là que cela marche. Il n’y a qu’à voir l’efficacité des pôles de compétitivité ou des filières régionales. Cette création de Jean-Pierre Raffarin est la dernière bonne idée qu’on a eu en France pour l’industrie car elle développe une action collaborative.

Le programme privilégie-t-il certains secteurs ?
Il y a cinq filières sur lesquelles la banque publique d’investissement orientera ses priorités. Il s’agit des mobilités (aéronautique, automobile, espace), des énergies, de la santé et des biotechnologies, l’agroalimentaire et les agro ressources et enfin les réseaux qu’ils soient réels (transport fluvial) ou virtuels (fibre optique, digital). Reste un sixième segment clé : celui de la gestion et la maîtrise des risques industriels et technologiques.

Qu’est-ce que ce dispositif est amené à changer dans l’industrie française ?
Il a deux avantages. Il devrait favoriser les synergies entre grands groupes et PME d’excellence française et permet la création ainsi de davantage d’entreprises intermédiaires. Notamment par la reprise ou la transmission d’entreprises. Le second avantage, c’est que toutes ces filières répondent aux besoins des pays émergents où se trouve la nouvelle croissance.

Sur le plan fiscal, on a vu paraître notamment la proposition de créer un grand impôt progressif prélevé à la source. Y-a-t-il des mesures fiscales davantage tournées vers l’industrie ?
J’en vois deux principales. La première porte sur la relance de l’investissement par la modulation de l’impôt sur les sociétés. Ainsi, les entreprises qui réinvestiront leurs bénéfices dans l’innovation, dans les salaires ou dans des projets collaboratifs, verront l’impôt sur les sociétés passer de 33 à 20%. A l’inverse, celles qui distribueront leurs bénéfices aux actionnaires verront l’impôt croître à 40%. Ceux qui feront le choix de spéculer à outrance seront affectés dans la fiscalité. Cela fait dix ans qu’on multiplie les aides aux grands groupes sans effet sur l’emploi, au détriment des PME. Pour ceux qui feront un mix des deux, le parti socialiste mettra en place un barème progressif par décret. Ce système se fait en toute neutralité fiscale.

Et quelle est la seconde proposition ?

Une réorientation du crédit impôt recherche (CIR) vers son objectif initial. Soit soutenir et financer les PME innovantes. Nous proposons donc d’arrêter d’en faire un outil d’optimisation fiscale pour les grands groupes et de le recentrer pour les PMI de moins de 500 salariés avec des idées de R&D.

Vous parlez souvent des PMI. D’autres mesures les concernent-elles directement dans votre programme ?
Oui. Nous voulons par exemple faciliter leur accès aux commandes publiques, car seulement 30% de marchés publics leur sont ouverts actuellement. Nous devrions proposer à la Commission européenne une sorte de Small Business Act sur ce thème. Nous voulons aussi rendre plus équitable les relations entre les PMI et les grands groupes en simplifiant par exemple les recours juridiques et en diminuant les délais de paiement à 45 jours. Il faut sortir de la dialectique actuelle de maître à esclave.

Au moment où le débat sur le nucléaire est au cœur des débats, avez-vous des pistes de réflexion arrêtées sur le sujet ?
Nous prônons un mix énergétique avec la nécessité d’une sécurisation des installations nucléaires existantes et le développement de filières en matière d’énergies renouvelables. Mais là encore, nous préconisons sur le plan européen une réflexion sur la stratégie nucléaire et une coopération renforcée. Par exemple avec la création d’une commission européenne dans l’énergie. Une mesure d’avant-garde comme l’a été l’euro.

A l’heure où la France fait partie de l’Europe, ne pensez-vous pas qu’il est un peu d’arrière garde de défendre une industrie française ?
Il n’y a pas de politique industrielle nationale sans réorientation de celle de l’Union européenne c’est certain. L’UE doit réorienter l’investissement productif et l’innovation. Elle doit donc émettre des emprunts européens pour financer l’investissement et créer des champions industriels européens de demain. Car notre dernière réussite industrielle européenne remonte à EADS. C’était il y a dix ans ! Il faut s’inspirer de ce retour d’expérience pour tous les secteurs.

L’Europe doit aussi protéger son industrie en augmentant ses droits de douane sur les produits venant de pays qui ne respectent pas les normes internationales dans les domaines sociaux et environnementaux en particulier. On se dirige vers une bataille de réciprocité à l’OMC. Mais le parti socialiste français travaille sur ces thèmes avec le SPD allemand.

A travers vos propositions, on sent que l’industrie française souffre. Quel est votre diagnostic sur son état de santé ?
Il est paradoxal. Car la situation de la France aujourd’hui, c’est la désindustrialisation. Mais l’avenir de l’industrie se tourne vers des mutations profondes. Dans ce cadre, le rôle des puissances publiques n’est pas d’agir à la place des entrepreneurs mais de les accompagner, anticiper et faciliter les mutations.

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Actuellement nous sommes plutôt dans une phase de désindustrialisation autant dans les chiffres que sur le terrain. Avec la perte de deux millions d’emplois dans l’industrie en 30 ans mais de plus d’un demi-million depuis 2007.

D’où vient cette tendance ?
De tendances longues et moins longues. Nous sommes dans une société du tout service, de financiarisation de l’économie. A cela s’ajoute le problème des délocalisations, un processus massif vers les pays émergents mais également vers les pays d’Europe de l’Est ou frontaliers avec l’union européenne. Enfin, les orientations politiques de l’Union européenne sont favorables à la concurrence mais défavorables à la croissance et l’investissement productif. Autant de tendances lourdes présentes depuis des années et qui ne cessent de croître.

Comment comptez-vous changer le regard des Français sur l’industrie ?
Si on veut une industrie compétitive, il faut une main d’œuvre hautement qualifiée et mobilisable localement. Il faut donc revaloriser son image dès l’éducation. Tout l’enjeu de la formation intervient alors. Le pays ne donne pas assez de places aux filières technologiques et professionnelles. Il faut valoriser ces filières et les visages novateurs de l’industrie, en mettant en place des passerelles entre écoles et entreprises. Je plaide entre autres pour que chaque élève ait dans son cursus scolaire à effectuer au moins un projet en lien avec une entreprise industrielle.

Plus globalement, il faut arrêter d’écumer le futur de la France comme celui d’une nation muselée dans la tradition. Il faut rénover une fierté industrielle et mettre le paquet sur l’attractivité de l’industrie pour conserver une avance technologique. Ainsi, nous repasserons dans le peloton de tête.

Note : retouvez dès le 5 avril les pistes de réflexion de Danièle Giazzi, responsable UMP, pour l'industrie sur usinenouvelle.com


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