Le procès des Goodyear, épilogue d'un gâchis social

Le jugement à l'encontre des huit salariés de Goodyear, accusés de la séquestration de deux cadres à Amiens (Somme), est rendu ce matin 11 janvier 2016. Le verdict devrait clore dix années de conflit social.

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Le procès des Goodyear, épilogue d'un gâchis social
Goodyear Amiens .

En matière d'échec du dialogue social, l'exemple de l'usine Goodyear d’Amiens (Somme) est un cas d'école. Le verdict qui sera rendu le 11 janvier au matin à l'encontre des huit ex-salariés accusés d'avoir séquestré, pendant une trentaine d'heures, le directeur et le responsable des ressources humaines du site, en marquera sans doute le triste épilogue.

En octobre, la cour d'appel d'Amiens avait requis 24 mois de prison avec sursis à leur encontre. Une peine sévère, mais toutefois moins lourde que celle prononcée en première instance où les salariés ont été condamnés à neuf mois de prison ferme. Ce jugement - historique - avait suscité un vif émoi dans le monde syndical et politique. En plein dénouement d'une autre affaire - celle de la "chemise arrachée" à Air France - plusieurs milliers de personnes étaient venues à Amiens, apporter leur soutien aux "huit Goodyear" et manifester contre le verdict, symbole de la "répression syndicale" exercée, selon eux, à l'encontre des syndicalistes français.

Coup de colère

En première instance, les salariés ont, pour leur défense, invoqué "un coup de colère", face à "l'absence de dialogue" avec la direction du groupe, "insensible à la détresse sociale" des 1 143 salariés et de leur famille. En réalité, la séquestration des cadres n'a été qu'un épisode supplémentaire d'une longue série de blocages de l'usine, de la zone industrielle d'Amiens Nord, et de manifestations, parfois violentes, organisés par la CGT. Dès le début du conflit, le syndicat et son leader, Mickaël Wamen, persuadés de la volonté de l'Américain de fermer le site, ont choisi de "ne rien lâcher", selon l'expression du syndicat. Quitte à rendre impossible tout dialogue.

En écho, la fermeté affichée de la direction et la multiplication de ses ultimatum, n'ont fait qu'aggraver la crise. Les tentatives de médiation de l'Etat n'ont eu aucun impact. Pas plus que les suppliques d'Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, qui exhortait les deux parties "à mettre de l'eau dans leur vin". Le conflit a tourné au dialogue de sourds, au point de tuer dans l'œuf, l'unique projet de reprise d'une partie de l'activité, en l'occurrence celui porté par le fantasque Maurice Taylor. Là encore, les invectives du patron du groupe Titan à l'égard des Français et de leur rapport au travail, n'ont fait que renforcer l'intransigeance de la CGT, scellant définitivement le sort de l'usine.

Un ratage historique ?

Une issue d'autant plus incroyable qu'initialement, la volonté affichée du groupe Goodyear était de développer l'ensemble du site alors constitué par l'usine d'Amiens Nord (Goodyear) et par celle d'Amiens Sud (Dunlop). Pour ce faire, celui-ci a, très maladroitement, tenté d'imposer un plan réorganisant le temps de travail et supprimant quelque 450 emplois. En échange, il s'engageait à investir 52 millions d'euros pour produire des pneumatiques à haute valeur ajoutée. Pour l'industriel, l'enjeu était également de faire fonctionner son site 350 jours par an, contre 326 auparavant. Ce plan avait été massivement rejeté par les salariés d'Amiens Nord, mais finalement accepté par ceux d'Amiens Sud. Depuis 2009 et cet accord, le groupe y aurait investi 52 millions d'euros. Début 2016, la CFTC, syndicat majoritaire sur le site, annonçait que la production allait être portée à 3,9 millions d'unités. Une croissance de 15 % par rapport au niveau de 2015.

Guillaume Roussange

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